«Des parents ont peur de la toute-puissance de leurs filles»

VIOLENCE | Claudine Gachet, directrice de l’association Face à Face, considère que le phénomène s’amplifie chez les jeunes femmes.

Claudine Gachet
© Pascal Frautschi | Claudine Gachet. «Si certaines jeunes filles semblent ébranlées quand la justice s’en mêle, d’autres ne plient pas. Se sentant toutes-puissantes, elles manipulent tout le monde, menacent, rackettent, piquent des téléphones portables…»

LAURENCE BÉZAGUET | 13.06.2009 | 00:01

Une jeune fille de 17 ans a récemment envoyé son père à l’hôpital; la Tribune de Genève l’a révélé hier. A la mi-mai, deux jeunes femmes s’étaient si violemment crêpé le chignon qu’elles en étaient arrivées à se déchirer les fringues… sous le regard médusé de nombreux badauds, devant la gare Cornavin. Début mai, une baston entre filles avait, elle, littéralement dégénéré au Cycle d’orientation des Voirets. Deux collégiennes avaient été
transportées aux Urgences et la police était intervenue pour disperser les 150 ados, rassemblés pour l’occasion au Grand-Lancy.

Ces affaires en attestent: les femmes ne sont pas en retrait quand il s’agit de sortir les poings. Considérée comme la «Julie Lescaut» de la banlieue genevoise, Valérie (ndlr: cette sous-brigadière ne souhaite pas médiatiser son nom de famille pour préserver ses proches) confirme que les coups sont plus fréquents: «Avant les filles se mettaient des claques ou se tiraient les cheveux. Aujourd’hui, elles se battent effectivement comme les garçons.»

«Il y a beaucoup de mimétisme. Et le phénomène s’amplifie», considère Claudine Gachet, directrice de l’association Face à Face (www.face-a-face.info) qui prend en charge les femmes et les jeunes gens violents. «Certaines ados sont des as de la provocation gratuite; surtout quand elles sont en bande. Elles cherchent des embrouilles par des propos grossiers, injurieux et blessants.» Valérie en atteste: «Le langage des filles est en général beaucoup plus ordurier que celui des garçons.» Enfants du «tout, tout de suite», leur seuil de tolérance ne cesse de faiblir, poursuit Claudine Gachet:

«Si certaines semblent ébranlées quand la justice s’en mêle, d’autres ne plient pas. Se sentant toutes-puissantes, elles manipulent tout le monde, menacent, rackettent, piquent des téléphones portables… Totalement désemparés, leurs parents en ont peur.» La directrice de Face à Face se dit surprise par le manque de contrôle émotionnel: «Un bête conflit à la base et tout peut vite déraper.»

«Mordre avant d’être mordues»

A la police genevoise, Patrick Pulh observe que le nombre de filles ayant participé à des agressions a légèrement augmenté entre 2007 et 2008, passant de 12 à 15,1%.

Les forces de l’ordre ne sont pas alarmistes pour autant. «Notre programme, basé sur le respect de la hiérarchie et de l’autorité, consiste à leur faire prendre conscience de la gravité de leurs agissements, explique Claudine Gachet. Ayant souvent elles-mêmes subi des violences, les jeunes femmes doivent faire part de leurs blessures, de leur colère, sans agresser les autres.» L’environnement violent, dans lequel vivent les jeunes, est montré du doigt. «Certaines préfèrent ainsi mordre avant d’être mordues», avance la directrice de Face à Face.

Délégué à la jeunesse de la Ville de Genève, Claudio Deuel est lui aussi d’avis que, «dans une société aussi violente, les jeunes ne font que copier les dérapages de leurs aînés. Et les filles n’échappent pas à la règle.» Il considère cependant qu’il n’y a pas plus de violence, mais que les actes de violence deviennent, eux, de plus en plus extrêmes: «On frappe une personne à terre, on sort plus facilement un couteau. Les bagarres de filles sont également devenues plus violentes.»

 


 

Police pas alarmiste

«Quand elles se battent, les jeunes femmes peuvent être très jusqu’au-boutistes. Quitte à montrer leur force, elles veulent monter qu’elles sont vraiment fortes», estime Patrick Pulh. Mais le porte-parole de la police précise que «si certaines sont dorénavant prêtes à en découdre physiquement comme les mecs, les bagarres entre filles restent marginales par rapport à celles entre garçons».

Et de relever que 10 à 15% des jeunes délinquants sont de sexe féminin: «Selon la  Brigade des mineurs, les délits chez les adolescentes sont plutôt à la baisse, par rapport à il y a trois ou quatre.» Pour rappel: sur 2000 procédures examinées par le Tribunal de la jeunesse, en 2005, 500 concernaient des filles. «Attention aux statistiques de la police, réagit Claudine Gachet. Beaucoup de victimes n’osent pas déposer une plainte, de peur des représailles. Une femme, extrêmement violentée par son conjoint et sa bande, m’a déclaré que si elle alertait la police, il ne lui restait plus qu’à quitter Genève!» 

A l’école aussi, la violence reste principalement masculine, selon Dominique Gros, directeur adjoint au Service de la recherche en éducation: «Soit 65,7% des cas recensés en 2007-2008, contre 13,6% de cas féminins; les 20,7% restant concernant des auteurs non identifiés.»


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