Nouveau parlement: la majorité dépendra des absents
ANALYSE | Le succès du MCG modifie les équilibres politiques au Grand Conseil.
© Laurent Guiraud | Le Grand Conseil 2009-2013
MARC BRETTON | 10.11.2009 | 00:00
Vendredi, la première «vraie» séance de travail du nouveau Grand Conseil a été riche d’enseignements. L’essentiel? Il n’y a plus de bloc majoritaire dans le parlement élu le 11 octobre. Plus encore que sous la précédente législature, les décisions dépendront d’alliances mouvantes suspendues à une poignée de voix. Les députés devront donc être présents ou perdants.
Vendredi donc, le Conseil d’Etat propose au parlement de l’autoriser à présenter un budget déficitaire (–364,6 millions) sans que le frein à l’endettement ne s’enclenche. C’est que le gouvernement dispose d’une réserve de 744 millions qu’il entend dissoudre dès les comptes connus pour couvrir le déficit. En commission, la majorité suit d’abord le gouvernement. Mais en plénière, l’Entente et l’UDC retournent leurs vestes. Le bras de fer sur l’utilisation de la réserve et l’enclenchement du frein aux déficits s’engage. Le PDC propose un compromis. Refusé par le MCG, les Verts et le PS, qui l’emportent face à l’Entente et l’UDC par 48 voix contre 46.
«Présents à 100%»
Ce refus, c’est un changement. Sous la législature précédente, il y avait deux blocs: l’Entente, 47 siège, et l’Alternative, 33 sièges. Avec l’UDC, l’Entente atteignait 58 sièges. Pour gagner, l’Alternative devait donc convaincre le MCG, 9 sièges, et un parti de l’Entente. Ou encore décrocher le soutien des deux petits partis de l’Entente. Dans les faits, cette majorité hétéroclite était le pivot du parlement. Aujourd’hui, la différence, c’est que l’Entente et l’UDC se sont effritées et n’ont «plus que» 51 voix, alors que l’Alternative et le MCG peuvent en rassembler 49. «Le président du Grand Conseil étant à droite pour les deux ans à venir et ne pouvant pas voter sauf égalité des voix, la majorité tient en réalité à deux députés absents à droite», souligne la cheffe de groupe socialiste Anne Emery-Torracinta.
Ainsi vendredi, l’Entente comptait cinq députés excusés, contre un seulement pour l’Alternative et le MCG. Dans les groupes, le mot d’ordre est donc désormais clair. «Pour gagner, il faudra être présent à 100% dès le début des séances», signale le chef de groupe libéral Ivan Slatkine. «Il faudra serrer les rangs», ajoute l’UDC Eric Bertinat. «Fini les absences des avocats!»
Plus encore que naguère, il faudra négocier, négocier et négocier encore pour trouver des alliés. Les majorités vont varier. «Sur l’ouverture et les institutions républicaines, on devrait voir l’axe centriste (Verts, PS, PDC et radicaux) se constituer», souligne le député Vert Christian Bavarel. «Sur la sécurité, l’asile, l’UDC, l’Entente et le MCG seront unis. Sur le budget et le statut des fonctionnaires il devrait y avoir de la place pour une majorité Alternative et MCG.» Un paradoxe, si la majorité du Conseil d’Etat est reprise par l’Entente ce dimanche.