Mauro Poggia, le «héros» des assurés, rallie le MCG

POLITIQUE | Me Mauro Poggia quitte le PDC et se lance au Grand Conseil.

© Pierre Abensur | Me Mauro Poggia

MARC BRETTON | 15.07.2009 | 00:00

Le Mouvement citoyens genevois (MCG) enregistre un ralliement de poids. Me Mauro Poggia, connu pour ses batailles contre les assurances maladie, quitte le PDC pour le rejoindre. Le prix du transfert? Une place dans les trois premiers sur la liste du MCG. Interview.

Me Poggia, vous ralliez le MCG. Vous trouvez qu’il y a trop de frontaliers à Genève?
Absolument pas. Notre combat a été mal compris. Genève ne serait pas ce qu’elle est sans les frontaliers. En même temps, leur augmentation, liée aux accords bilatéraux, pose des problèmes. Un employeur peut être tenté de recourir à cette main-d’œuvre, payée en dessous de ses compétences, au détriment des Genevois. Il faut une solution.

Les accords bilatéraux interdisent la discrimination. Vous avez une solution?
Il faut compter sur l’esprit civique des patrons et les aider financièrement à donner la priorité au marché local.

Vous dites du bien des frontaliers, mais le journal du MCG les vomit. Qui croire?
Ce discours doit changer. La xénophobie n’a pas de sens et tel n’est pas le discours du MCG tel que je le conçois. Il y a un problème, il faut le résoudre. Le MCG doit être le parti qui pose les problèmes que les autres ne posent pas. Le MCG a maintenant une base, mais ne doit pas être le parti du «non», mais celui du bon sens. A droite en matière économique. A gauche en matière sociale. Il y a beaucoup à faire. Par exemple pour les droits des patients.

Vous étiez membre du PDC. Pourquoi le quitter?
J’ai 50 ans, et à mon âge et avec mon parcours, on n’adhère pas pour rien à un parti. Faire les corvées pendant vingt ans avant d’être élu, très peu pour moi. Je voulais être candidat au Grand Conseil. Le président était ravi, tout allait bien. Mais au printemps, on me convoque pour me dire que ma candidature n’est pas acceptable car je suis opposé au CEVA! Il est possible aussi que ma candidature n’ait pas enthousiasmé certains… Le PDC a évoqué ensuite d’autres possibilités, comme le Conseil municipal de la Ville. Mais franchement… Et en plus, un candidat au Conseil administratif très médiatique trépigne déjà…

Tandis que le MCG était là. Alors vous avez pensé à lui…
J’ai une longue carrière derrière moi et pas mal d’ennemis. Je ne suis jamais entré dans les chapelles, donc je n’aurais eu aucune chance de percer au Parti libéral. Pas plus qu’au Parti radical. Le MCG, lui, était ouvert et j’ai une chance d’être élu. Mais je n’ai pas changé. Je suis aujourd’hui le même Poggia qui a adhéré au PDC il y a un an. Et je crois que les Genevois veulent élire des gens intègres.

Le MCG semble parfois n’exister que pour et par Eric Stauffer. Jouer les seconds couteaux vous tente?
Je ne suis pas une doublure et je ne sers pas la soupe. Je conçois mes relations avec lui comme égalitaires et respectueuses. En cas de désaccord, je lui en ferai part. J’ai beaucoup discuté avec Eric et pas en seul à seul. Il travaille énormément, mais je rappelle que c’est lui qui est venu me chercher. Il est prêt à se décharger d’une partie de son activité sur quelqu’un.

Le MCG défend souvent des lobbies relativement étroits, les taxis, les anti-CEVA, les policiers. Vous vous reconnaissez dans ces combats?
Le MCG défend de petits lobbies contre des grands intérêts. C’est un peu ce que je fais dans mon métier où je défends les personnes contre les grandes institutions.

Un membre de votre famille possède un immeuble et, en 2005, vous avez donné le congé à certains locataires. C’étaient plutôt eux les petits, non?
Certains appartements ont été libérés pour y placer des proches, mais aucune personne démunie ou dépourvue de logement n’a été mise dehors.

 


 

Le PDC regrette

La démission de Mauro Poggia est accueillie avec déception au PDC. «Nous avons reçu récemment un courrier nous informant de sa décision, signale sa secrétaire générale, Sonia Gatti. Nous la regrettons profondément. Il y avait une place au PDC pour M. Poggia, même si un siège de député n’était pas le plus approprié.»

Est-il vrai que vous avez refusé sa candidature au nom de son opposition au CEVA?
C’est vrai. Le PDC lutte en faveur du projet depuis des années. La position de Me Poggia contre ce projet est bien connue et arrêtée. Nous ne pouvions pas compter sur sa neutralité en la matière. C’était aller droit dans le mur que de le proposer à la députation.

Ses rapports délicats parfois avec l’Hôpital, dirigé notamment par des représentants du PDC, ont-ils favorisé votre décision?
Absolument pas!

Les ponts avec Me Poggia sont-ils coupés?
Nous avions encore le projet de le rencontrer.
(mbn)

 


 

Biographie

Un avocat connu
- Mauro Poggia est né en 1959. Marié, père de trois enfants, il est d’origine italienne.

- Il entre à l’Université à la fin des années 70 en Faculté de droit. Et entame une procédure de naturalisation pour se voir gratifier à la fin de la procédure de son passeport et d’un ordre de marche pour rejoindre l’école de recrues!

- Président de l’Association suisse des assurés, l’avocat a défendu des causes retentissantes, de «l’affaire Favre» aux hémophiles contaminés en passant par de nombreuses victimes d’erreurs médicales. Depuis quatre ans, il défend également le MCG dans diverses procédures.
MBn


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