David Bourgoz, l’homme au cœur des violences familiales
SOCIAL | Le bureau du délégué aux violences domestiques a mis en place un numéro d’urgence.
© Lucien Fortunati | David Bourgoz
CHLOÉ DETHURENS | 21.12.2009 | 00:00
Victimes et auteurs. Coups, insultes ou humiliations. Depuis une dizaine d’années, David Bourgoz évolue dans l’univers des drames familiaux. Il y a trois ans, ce psychologue a été nommé délégué aux violences domestiques. Un rôle de coordinateur qui ne l’empêche pas de continuer le travail de terrain.
C’est en 1996 que cet ancien éducateur spécialisé dans la toxicomanie reprend des études de psychologie. La même année, il rejoint Vires, l’institution d’accueil destinée aux auteurs de violences conjugales. Pourquoi cet intérêt pour la brutalité? «Dans mon environnement familial, très impliqué dans le social, nous étions toujours très soucieux de comprendre ce qui se passait dans les couples et dans les familles. J’avais également très envie de travailler avec mon père, qui est d’ailleurs le cofondateur de Vires. J’ai eu la chance de vivre cette expérience durant dix ans, jusqu’à son décès. Bizarrement, ce travail en commun a pu paraître suspect dans le monde du social, alors que le travail en famille est plutôt un gage de qualité dans d’autres domaines professionnels, par exemple dans la boulangerie ou dans la boucherie. Nous avons beaucoup ri de ces réactions!»
Le travail avec des toxicomanes a également sensibilisé l’actuel délégué aux violences dans le couple: «J’ai constaté que nombreux sont ceux qui ont été violentés ou abusés sexuellement dans l’enfance ou l’adolescence.»
Contacts déstabilisants
Les premiers contacts avec les auteurs de sévices sont souvent déstabilisants pour David Bourgoz: «Certains tentent de prouver qu’ils ne sont pas les véritables responsables des coups qu’ils ont donnés. Dans ces cas-là, il faut veiller à ne pas se faire «retourner» par l’auteur en adhérant à son point de vue, ce qui légitimerait ses actes de violence.»
Durant ses années de terrain, David Bourgoz est également amené à s’occuper des victimes de violences recueillies aux HUG, entre deux et trois par jour. Le psychologue se retrouve alors face à des personnes terrorisées, blessées à coups de couteau ou de machette, lacérées, brûlées, mordues ou agressées sexuellement. Les scènes ne font plus dans l’abstrait: «Si je n’avais pas pu travailler sept ans aux HUG, ma vision aurait été partielle et je n’aurais pas pu occuper mon poste actuel. Là-bas, j’ai pu constater la souffrance physique et psychique des victimes, mais aussi la complexité des relations entre conjoints, souvent ambivalentes.»
Police, justice et soins
Aujourd’hui au poste de délégué aux violences domestiques, David Bourgoz est attentif à la bonne marche des institutions de soins et de prévention. La tâche n’est pas aisée: «Mon rôle actuel ne se limite pas aux soins, explique cet habitant des Pâquis, qui a toujours vécu à Genève. Je travaille en étroite collaboration avec la police qui, en quelques années, a amélioré ses prestations dans ce domaine. Le nombre d’arrestations d’auteurs de violences domestiques est en nette augmentation depuis 2004. Son action est relayée par celle de la justice qui n’hésite plus à prononcer des condamnations.»
«Plus ouverts à d’autres formes de violences»
A 41 ans, David Bourgoz s’épanouit pleinement dans son rôle. Et ce malgré les critiques essuyées lors de sa nomination en 2006: «Certains voyaient d’un mauvais œil le fait que je sois un homme et que je travaille à Vires. Mais je n’ai jamais voulu entrer dans cette polémique car je souhaite que les critiques portent sur les actions menées par le bureau et non sur ma personne.»
A l’entendre, son poste deviendrait même plus intéressant au fil des années: «Aujourd’hui, on est ouvert à d’autres formes de violence, on s’intéresse de plus en plus aux violences faites sur les personnes âgées ainsi que celles subies ou perpétrées par les enfants et adolescents.»
Un numéro pour se confier
Le bureau de David Bourgoz a mis en place, en novembre dernier, une nouvelle permanence téléphonique. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept, des personnes formées à l’écoute active reçoivent les appels de victimes, auteurs ou témoins de violences domestiques. Ces interlocuteurs ne sont ni des psychologues ni des spécialistes, mais connaissent parfaitement le réseau d’aide dans ce domaine à Genève. Ils écoutent, évaluent et orientent, au besoin, la personne à l’autre bout du fil.
Au 0840 110 110, les appelants peuvent se confier de façon anonyme sur ce qu’ils vivent, sans risquer ainsi de trop lourdes conséquences. Une sorte de premier pas, pouvant par la suite aider à franchir le palier d’une institution de soutien.
(chd)