Au contact des jeunes, Gérard Castella retrouve la joie d’entraîner
SamediPortrait | Engagé par l’Association suisse de football, il a fêté le titre au Nigeria avec les «moins de 17 ans».
© Keystone | Gérard Castella sur le banc de Servette, en 2008
XAVIER LAFARGUE | 21.11.2009 | 00:00
Il est le dernier entraîneur à avoir mené Servette au titre national. Il y a dix ans déjà… Dimanche, Gérard Castella a à nouveau ressenti, dans la chaleur nigériane, le frisson que procurent ces instants magiques. Ce pur produit du football genevois faisait partie du staff technique qui a encadré l’équipe de Suisse des moins de 17 ans, désormais championne du monde.
Il tempère: «J’étais là pour observer les futurs adversaires, analyser leur jeu, faire part de mes remarques à l’équipe suisse avant les matches. Le grand mérite de ce titre revient aux joueurs et à leurs entraîneurs. C’est l’aboutissement d’un travail de trois ans.»
Pouvoir travailler sur le long terme, c’est justement ce qui a poussé Gérard Castella à accepter l’offre de l’Association suisse de football. Un tournant dans sa carrière. Le 1er septembre, en effet, il a repris l’équipe de Suisse des moins de 20 ans. Et pas seulement. «Avec Pier-Luigi Tami, nous encadrons le groupe de joueurs du concept Futuro 1, explique-t-il. Il s’agit de jeunes âgés de 17 à 21 ans. Nous les suivons dans leur carrière, les soutenons dans leur vie de footballeur, entretenons des relations avec leurs clubs. Cet encadrement est très important, car le risque majeur, pour ces jeunes talents, c’est de se griller les ailes en partant trop tôt à l’étranger.»
Son travail, qu’il a étrenné par un succès sur l’Allemagne (3-2) avant de s’envoler pour le Nigeria, le passionne. «J’ai retrouvé le goût d’entraîner, mais c’est très différent de l’époque où je dirigeais une équipe de club. Les jeunes, eux, ne trichent pas, ne spéculent pas. Ils sont motivés, ils t’écoutent et ils bossent!»
L’entraîneur y a gagné le bien le plus précieux: le temps. Pas dans sa vie privée, non. Père de deux fils, l’ancien milieu de terrain servettien, né le 2 mai 1953, n’en finit pas de courir. Stage de formation ici, match à visionner là, entraînements… Il est rentré mardi du Nigeria, où il a passé un mois.
Mercredi, il suivait des tests à Macolin. Jeudi, il partait pour un stage d’instructeur au Tessin. Pas le temps de souffler. «En revanche, avec l’équipe, je ne travaille plus dans l’urgence. Dans les clubs, au contraire, c’est un jour tu gagnes et tu es un héros, le lendemain tu perds et tu es un zéro!»
Né dans une famille nombreuse (quatre garçons et six filles, le cadet, Gilbert, ayant aussi fait carrière dans le foot), mordu de ballon rond dès son plus jeune âge, Gérard Castella n’est pas un boute-en-train. Entraîneur méticuleux, il a voué sa vie au football et porté son regard d’acier sur de nombreux terrains. Comme entraîneur, dès 1982 à Carouge, puis Vevey, UGS et Meyrin. Il a donc fêté le titre avec Servette et été limogé en 1999.
Passages à Carouge, Saint-Gall, Lausanne et Neuchâtel, avant de revenir à Servette. A la Praille, et non au défunt stade des Charmilles. La nouvelle enceinte ne lui a pas davantage porté chance. Quoique! Son nouveau limogeage de Servette, en avril, a agi comme un déclic. «Il était temps que je quitte le monde des clubs. Un monde où il n’y a plus beaucoup de respect, de la part des joueurs comme des dirigeants. Je n’ai ni regrets ni frustration. En avril, sur le moment, oui, j’ai eu beaucoup de rancœur. Je n’oublie pas, mais j’ai tiré un trait.»
La page servettienne serait-elle tournée? Dans son cœur coulera toujours du sang grenat. «Ça reste mes couleurs», avoue Gérard Castella. Avant d’ajouter: «Le métier d’entraîneur n’est pas facile, je l’accepte tel qu’il est. Ce qui m’importe, c’est de me lever le matin en étant bien. Et j’ai la conviction d’être au bon endroit aujourd’hui.»
Questionnaire de Proust
La qualité que vous préférez chez un homme?
L’honnêteté. Même si ce n’est pas facile dans le foot. L’important est de rester soi-même.
Qu’appréciez-vous le plus chez vos amis?
La franchise. Qu’ils osent me dire ce qu’ils pensent sans me passer la pommade.
Vos héros dans la fiction?
Aucun, je n’aime pas la fiction.
Un chanteur favori?
Freddie Mercury.
Votre dernier livre?
«Faire aujourd’hui ce que tous feront demain», de Thierry Schneider, ancien joueur pro.
Un film?
«I’m a Legend», de Francis Lawrence.
Votre juron sur la touche?
«Scheisse!» Eh oui, je jure parfois en allemand.
Etat présent de votre esprit?
Serein. C’est aussi dû à mon âge et au fait que j’ai retrouvé un travail qui me plaît.
XL
Bravo au journaliste qui a choisi la photo, on voit vraiment que Gérard Castella retrouve la joie d’entraîner ... il a vraiment la banane !