Des banquiers mouillent leur chemise à l’Allondon
VOLONTARIAT | Une trentaine d’employés du Credit Suisse ont arraché des arbres envahissants.

© LAURENCE NAEF | Leçon de botanique au bord de l’Allondon. Claudia Steinacker (à gauche) détaille les caractéristiques du buddleia (au premier plan) afin que les volontaires de la banque puissent les arracher sans les confondre avec d’autres plantes.
LAURENCE NAEF | 06.10.2008 | 00:00
Equipés de gants de jardinier, de bonnes chaussures, voire de bottes, une bonne trentaine de collaborateurs du Credit Suisse se sont attaqués, par un beau jour d’automne, aux plantes envahissantes de la plaine de l’Allondon. Dans ce vallon protégé, véritable joyau de la nature genevoise, sévit le buddleia, cet arbre aux papillons qui n’a rien à faire chez nous et ne permet à aucune chenille de se développer.
La direction de la Nature et du Paysage (Département du territoire) agit régulièrement pour tenter d’éradiquer cette plante invasive qui entre en concurrence avec les espèces indigènes et la caractéristique alluviale de la rivière: soit avec des engins (adaptés mais agressifs), soit avec des chevaux (plus écolos mais moins efficaces face à la quantité). Des interventions absolument nécessaires mais coûteuses.
Découverte d’un biotope
Ce jour-là, les volontaires ont fait ce que l’on appelle «la repasse»: ils ont arraché les petites pousses de buddleias, de préférence sans fleurs fanées pour éviter que les graines ne se répandent au sol, ce qui aurait rendu le travail inutile.
9 h. Rassemblement dans le parking en bas de l’église de Malval. La brume commence à se lever. Il fera beau. La bonne humeur est de mise. Qui, parmi les employés du Credit Suisse qui consacrent ce jour à la collectivité, est déjà venu à l’Allondon? Cinq. C’est donc une journée de travail, mais aussi une journée de découverte. Répartis en deux groupes, sur chaque rive du cours d’eau, ils reçoivent d’utiles indications d’Yves Bourguignon, technicien en gestion des milieux naturels, et de Claudia Steinacker, ingénieure en gestion de la nature.
Il faut apprendre à connaître la plante pour ne pas confondre. Se mettre en ligne et avancer ensemble pour ne rien rater.
Au bord de l’Allondon, les employés du Credit Suisse découvrent une autre néophyte qui procure beaucoup de souci: le solidage ou gerbe d’or. En fleurs, c’est beau. Mais plus envahissante, ce n’est guère possible! D’un côté, les hommes s’arc-boutent et arrachent: «On est dehors pour travailler, faire des efforts. Le plus on en tuera, le mieux», assurent-ils en empilant des brassées de plantes sorties de la prairie sèche. Les femmes, elles, sont curieuses de tout ce que leur enseigne Claudia Steinacker. «C’est super de passer un jour hors des bureaux, d’avoir l’occasion de nous rencontrer, nous qui travaillons dans des sites parfois différents», témoigne une employée de l’agence nyonnaise.
«Mais ce qui nous réunit avant tout, c’est l’envie de s’engager pour la collectivité, donner de son temps», affirment-elles en chœur. Un jour de congé par an, offert par l’entreprise. A choix: la nature ou le social. D’autres employés du Credit Suisse ont donné leur jour à Foyer-Handicap et à Clair Bois.
Une tradition pour les entreprises
Des journées au service de la collectivité, des journées de solidarité telles que celle que le Credit Suisse a offert à l’Allondon sont devenues monnaie courante dans les grandes entreprises installées à Genève.
Novartis a été précurseur, rappelle Bettina FerdmanGuerrier, fondatrice de Philias, fondation qui œuvre en faveur du partenariat entre entreprises et institutions à but non lucratif. KPMG a baptisé cet engagement citoyen annuel «Make a different day». Firmenich propose ces journées de solidarité (en faveur des handicapés, des sans-abri, de l’environnement) depuis trois ans. Chez HSBC, c’est une «Team for tomorrow» qui a donné de son temps pour l’environnement (notamment un sentier didactique castors, le défrichement de bas-marais pour Pro Natura) ou pour les enfants. Procter and Gamble, British American Tobacco, City Bank (liste non exhaustive) ont adopté le principe d’une journée de volontariat.
«Lorsque l’entreprise s’est engagée, ce sont environ 20% des employés qui sont intéressés, affirme Bettina Ferdman-Guerrier. D’une part, cela nourrit les valeurs de l’entreprise. D’autre part, cela répond au besoin individuel de se sentir utile et de participer au monde associatif.» Sans parler de ce que cela peut représenter en termes financiers pour les associations bénéficiaires.