Vote électronique: «Une fraude est toujours possible»

GenèveAlexis Roussel surveille le dépouillement des scrutins électroniques depuis l’été dernier. Interview à l’approche des élections municipales.

Alexis Roussel au siège de sa société de négoce de bitcoins, dans le quartier des Pâquis.

Alexis Roussel au siège de sa société de négoce de bitcoins, dans le quartier des Pâquis. Image: Patrick Gilliéron Lopreno

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L’ancien président du Parti pirate suisse Alexis Roussel est membre de la commission électorale centrale depuis mai 2014. Il participe à l’ouverture, au dépouillement et à la fermeture de l’urne électronique lors des votations genevoises. Lors des élections municipales, les 14 avril et 10 mai prochains, 29 des 45 communes proposeront ce mode de scrutin. L’entrepreneur de 37 ans a consulté le code source du système. Il est en faveur d’une solution qui permette aux électeurs de surveiller eux-mêmes leur vote, avec un système comparable au bitcoin. Lui-même a une société de négoce de cette monnaie virtuelle.

Alexis Roussel, comment contrôle-t-on le dépouillement d’un scrutin électronique?
Pour le scrutin papier, on peut vérifier que des bulletins de vote n’ont pas été écartés ou mal comptés lors du dépouillement. Il est nettement plus compliqué d’inspecter le dépouillement du scrutin électronique: on ne peut pas observer les bulletins envoyés par Internet, mais seulement tester le système. Pour ce faire, les membres de la commission votent dans une commune fictive et s’assurent que le résultat est correct. Concrètement, l’urne est une base de données contenant des milliers de lignes. Chaque ligne contient le nom de la commune, la date, le vote et un numéro qui correspond au votant. Ce dernier est supprimé lors de l’ouverture de l’urne par un procédé de brassage.

Qu’est-ce qui empêche de voter avec le matériel d’un autre?
Presque rien: c’est comme le vote papier, pour lequel 5% des signatures sont vérifiées par téléphone. Mais le système demande quelques informations qui ne sont pas fournies sur la carte de vote, notamment la commune d’origine.

Une fraude massive serait possible?
Une attaque est toujours possible avec un système centralisé. Pour le moment, ce qui permet de détecter une éventuelle fraude massive, c’est qu’un maximum de 30% de la population du canton reçoit le matériel de vote électronique. On peut donc vérifier statistiquement qu’il n’y ait pas eu fraude. Pour aller plus loin dans le contrôle, il faudrait ouvrir une partie du processus.

Sur le principe de l’open source?
Oui. Cela ne concernerait pas seulement le logiciel, mais surtout le protocole. On pourrait publier le fichier de l’urne sur Internet. La fraude électronique serait alors beaucoup plus difficile: en tout temps, chaque citoyen pourrait vérifier que son vote est encore là.

C’est délicat du point de vue sécuritaire…
Non, cela revient à accepter que la sécurité s’obtient par la transparence et la distribution. De plus, il y aurait une somme de contrôle, comme dans le partage de fichiers de pair à pair (peer to peer).

Comment les services bancaires en ligne peuvent-ils être si développés en comparaison?
Ils ne nécessitent pas d’anonymat. La personne est identifiée de bout en bout. Dans le cas du vote électronique, vous devez casser le lien entre le votant et son vote pour en garantir la confidentialité.

Quelle évolution attendez-vous du vote électronique?
Il faut qu’il soit maîtrisé et atteigne le même niveau de confiance que le vote papier. Pour cela, il doit devenir un véritable outil démocratique pour le citoyen, et non un outil de l’administration pour l’administration, comme c’est encore trop le cas aujourd’hui. Cette maîtrise passe par une «alphabétisation numérique» de la société et par la mise en place d'une protection de l'intégrité numérique des individus.

Au risque d’être fichés?
Il devra y avoir des règles, comme la possibilité de changer d’identité. Aux Etats-Unis, le Delaware a déjà défini juridiquement l’identité numérique, mais seulement à partir de la mort: lorsqu’une personne décède, l’exécuteur testamentaire a le droit d’avoir accès à ses avoirs numériques pour les transmettre aux descendants (ndlr: le Fiduciary Access to Digital Assets Act, signé en juillet par le gouverneur du Delaware, est effectif depuis le mois d’août). Pour humaniser Internet, il faudra mettre en place une telle identité numérique. Chaque citoyen devra pouvoir en disposer, non seulement à sa mort mais pendant sa vie, et avoir le droit de la contrôler.

(TDG)

Créé: 30.03.2015, 17h58

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