«Va, vis et reviens», l'extraordinaire histoire de Moussa Daou

RencontreLe Malien est le premier chirurgien plasticien formé d'Afrique de l'Ouest. Il parachève sa formation à Genève avant de rentrer travailler dans son pays.

Le plasticien voue sa vie à la lutte contre le noma. Il constitue actuellement son équipe en vue de son retour au Mali.

Le plasticien voue sa vie à la lutte contre le noma. Il constitue actuellement son équipe en vue de son retour au Mali. Image: Laurent Guiraud/Tribune de Genève

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Le sang des Bobos, «une ethnie de guerriers fiers», coule dans les veines de Moussa Daou. À l’âge de 7 ans, le «guerrier» malien est arraché du village maternel pour commencer l’école. Seul. Il est devenu, vingt-huit ans plus tard, le premier chirurgien plasticien formé d’Afrique de l’Ouest. Sa campagne d’études s’achève actuellement aux Hôpitaux universitaires de Genève, où il a rejoint en mai le service de la professeure Brigitte Pittet, un centre de référence mondial sur le noma. L’homme a choisi de consacrer sa vie à cette maladie méconnue qui ravage les visages. Sa nièce en est morte, faute de diagnostic. «Hawa avait 3 ans.»

Dans sa chemise sans un pli, Moussa Daou raconte sa vie. En douceur. L’homme, pudique, s’est construit à force d’abnégation. Son entrée à l’école l’a profondément marqué: «J’ai ressenti le poids qui m’incombait lors de mon premier jour de classe.» Réussir pour rendre sa maman heureuse. A tout prix, y compris ne la revoir que quelques jours en douze ans. «Le téléphone n’existait pas, alors on s’écrivait pour se dire que tout allait bien.» Ces petits mensonges n’entachent pas sa scolarité: l’élève est doué. Le bac en poche, il gagne Bamako, la capitale. Direction: la Faculté de médecine.

«Venir du néant et réussir»

Vite remarqué, il fait partie d’une sélection de 50 étudiants invités par le régime castriste à poursuivre leurs études à Cuba. Il ne verra jamais l’île. «Un fils de pauvre ne peut pas payer pour obtenir la bourse.» Alors il enchaîne les semestres. En 2004, une rencontre va bouleverser sa vie. Son grand frère Adama se marie dans la capitale. Parmi les invités, Catherine, «ma marraine». Cette Française perçoit le volontarisme de l’étudiant et décide de l’aider financièrement. Elle améliore son quotidien, sécurise sa destinée. «On peut venir du néant et réussir», sourit Moussa Daou. A côté des cours, il s’engage bénévolement au sein de missions humanitaires consacrées au noma, apprend et se fait connaître des médecins européens. «Ils m’ont beaucoup encouragé.»

En 2007, il est diplômé de la Faculté de médecine et opte pour la chirurgie plastique réparatrice. «Ma marraine m’a dit de choisir un pays où effectuer ma spécialisation. J’ai su ce jour que j’y arriverais, j’étais transporté de joie.» Il s’installe au Maroc. Il y découvre un autre monde, «des installations avec des moyens techniques bien plus développés qu’au pays». Le racisme aussi.

Un périple de Bamako à Genève

Sa marraine Catherine l’invite en Europe. Il voyage, passe par la Suisse. Il en profite pour contacter la professeure Brigitte Pittet, cheffe du Service de chirurgie plastique reconstructive des HUG. Ils se ratent de peu, mais le lien est établi à son retour sur le continent africain. «Elle m’a guidé au Maroc, en m’indiquant le plan d’études à suivre.» Deux ans plus tard, Moussa Daou obtient un stage d’observation dans son service à Genève. Il y rencontre le docteur Pascal Castus, qui deviendra son «ange gardien en chirurgie». Son réseau s’agrandit. Lors d’un congrès à Paris, le professeur français Jean Vendroux le repère dans la salle. «J’étais le seul Noir.» Tout s’accélère. L’Etat malien lui propose un contrat de travail, en échange du financement de la fin de sa formation. Il accepte et gagne Bruxelles. Nouveau déracinement. «J’ai mis ma vie personnelle de côté, souffle Moussa Daou. C’est dur, mais je m’y suis habitué. Je pense à mon objectif et l’horizon s’éclaircit.» Il intègre le service du professeur Benoît Langelé, l’un des chirurgiens de la première greffe faciale.

A Genève, il participe à des interventions sur des cas extrêmes d’enfants atteints du noma. Dans quelques mois, il retrouvera définitivement le Mali et sa mère. «J’ai gravi la pente, maintenant, il va falloir redescendre.» Lui n’éprouve aucun vertige face au manque de moyens techniques et d’argent, dans ce pays où tant reste à construire. «C’est mon histoire, elle suit son cours.» (TDG)

Créé: 06.10.2014, 19h16

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