Virus Zika: «Il est impossible de prédire les épidémies»

Après la grippe H1N1 et Ebola, le virus Zika mobilise l’OMS. Avec quels effets? Analyse.

Une échographie au Guatemala. A Genève, les femmes enceintes revenant de zones touchées par l’épidémie se verront proposer une prise de sang et un suivi échographique régulier.

Une échographie au Guatemala. A Genève, les femmes enceintes revenant de zones touchées par l’épidémie se verront proposer une prise de sang et un suivi échographique régulier. Image: Reuters/Josue Decavele

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Début février, succédant à d’autres alertes, le virus Zika est devenu une «urgence de santé publique de portée internationale» pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dont le siège est à Genève. Que comprendre de ces mobilisations à répétition? Si elles permettent le déploiement de ressources sur le moment, elles ne sont pas pour autant couronnées de succès. L’analyse de deux médecins montre qu’il est vain de vouloir prédire les épidémies. Mieux vaudrait, peut-être, renforcer les systèmes de santé locaux.

Avant Zika, l’OMS a déclaré trois urgences de portée mondiale: en 2009 pour la pandémie du H1N1, en mai 2014 pour la polio puis en août 2014 pour Ebola. On se souvient d’autres alertes pour la grippe aviaire, le virus H5N1 ou le SRAS… Avec quels effets? Dans le cas du H1N1, on a reproché à l’OMS une dramatisation excessive. Pour Ebola à l’inverse, sa réaction tardive a été très critiquée. Des décès auraient pu être évités. L’OMS elle-même s’est dite débordée et a reconnu la nécessité de se réformer.

L’impact des images

Et aujourd’hui, exagère-t-on ou tarde-t-on? «Il est trop tôt pour le dire. La maladie n’est pas virulente, mais elle est spectaculaire. Notre perception de la gravité est liée aux images. Voir ces bébés à petite tête ébranle quelque chose en nous. On oublie que la dengue, cousine du Zika, a touché plus de 300 millions de personnes en 2014», répond Laurent Kaiser, chef du service des maladies infectieuses aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Pour l’heure, Zika a touché 33 pays, dont le Brésil avec 1,5 million de cas et plus de 4000 naissances de bébés microcéphales (contre 147 en 2014).

Que changera l’alerte OMS? Elle va permettre de «prendre des mesures de surveillance de la maladie, de créer des partenariats entre experts pour proposer des solutions, des vaccins, des tests de diagnostic et de mobiliser des fonds pour la riposte», indique Fadela Chaib, porte-parole de l’OMS. Malgré l’urgence, l’organisation estime qu’«il ne doit y avoir aucune restriction imposée aux voyages ou aux échanges commerciaux avec les pays» touchés. Curieux. Les médecins conseillent précisément aux femmes enceintes d’éviter les zones à risques.

Les intérêts économiques priment-ils? «De manière générale et sans pointer l’OMS, une alerte se déclenche lorsque les économies du Nord sont menacées», déclare le professeur Vinh-Kim Nguyen, médecin urgentiste et professeur au département d’anthropologie de l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID). Le chercheur note que «l’OMS n’a pas de pouvoir coercitif et reste soumise aux pressions des Etats qui ont tendance à cacher les choses, comme la Chine l’a fait pour le SRAS au début.» Vinh-Kim Nguyen imagine un système mondial de veille sanitaire, où les pays partageraient les informations de manière transparente et efficace.

Actuellement, l’alerte arrive, par définition, trop tard: «On se prépare continuellement à la prochaine épidémie qui n’arrive pas. Puis on réagit face à un mal qu’on n’attendait pas. C’est illogique», regrette le médecin anthropologue. Peut-on faire autrement? «On ne sera jamais capable de se protéger contre toutes les épidémies, répond le virologue Laurent Kaiser. Les meilleurs spécialistes n’auraient jamais parié il y a cinq ans sur Ebola ou Zika, même si on connaissait ces virus. Comme nul ne pensait que le sida, connu dès les années 20, exploserait dans les années 80.» Trop de facteurs entrent en jeu pour prédire une épidémie et ses complications.

Des gestes simples

Sur Zika, beaucoup reste à découvrir: «On ignore si 0,1%, 1% ou 10% des femmes infectées ont des bébés mal formés; des études nous éclaireraient. Pour l’heure, les choses vont un peu lentement», note Laurent Kaiser, qui ajoute que l’élaboration d’un vaccin prendra des années. En attendant, «les conseils sont un peu dérisoires: éviter les moustiques ou retarder une grossesse».

De son côté, Vinh-Kim Nguyen préconise d’investir dans les systèmes de santé locaux. Contrôler le moustique Aedes permettrait non seulement de combattre Zika mais aussi la malaria, la dengue ou le chikungunya. «On peut le faire sans épandage d’insecticides mais simplement en éliminant l’eau qui stagne dans les égouts et les pneus.» Il rappelle que lors de l’épidémie d’Ebola, les hôpitaux étaient si peu équipés qu’ils ont été des vecteurs de transmission. «On aurait pu éviter bien des cas en les dotant de javel, de gants et de savon.» Et de souligner que ces pays ont été affaiblis par des politiques néolibérales: en 1994, la Sierra Leone a renvoyé plus de 5000 employés d’hôpitaux, sur les conseils de la Banque mondiale. (TDG)

Créé: 11.02.2016, 21h35

Zika: cinq cas diagnostiqués aux HUG

Les HUG ont diagnostiqué cinq cas d’infection au Zika depuis novembre 2014. Ces cas ne sont pas tous genevois, les HUG recevant des échantillons de tout le pays. «Notre laboratoire, centre de référence des maladies virales émergentes, fut le premier à disposer d’un test moléculaire en Suisse», note le Pr Kaiser. Ce test, délicat à réaliser, ne se fait pas aux Urgences et il faut attendre 24 h à 48 h pour en connaître le résultat. Les personnes qui reviennent de voyage peuvent s’adresser au Service de médecine tropicale et humanitaire, au Département d’obstétrique et de gynécologie ou au Service des maladies infectieuses. Une ligne est ouverte pour les médecins 24 h/24 h (par la centrale téléphonique 022 372 33 11). S.D.

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