La ville sur les rives du lac et au milieu, le pont

Projets non-réalisés (6/8)En 1990, un collectif propose de rééquilibrer Genève en dédensifiant son centre. Objectif: gagner en qualité de vie.

La dessinatrice genevoise Léonie Bischoff a imaginé une vue nocturne et illuminée des bords du lac et du pont suspendu.

La dessinatrice genevoise Léonie Bischoff a imaginé une vue nocturne et illuminée des bords du lac et du pont suspendu. Image: Léonie Bischoff

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Penser l’agglomération différemment. Cesser de «construire la ville en ville»* mais la développer en continuité là où il fait bon vivre; arrêter de tenir la zone agricole pour un ultime sanctuaire, en déclassant les terrains lorsque l’expansion de la cité l’exige. Ce que préconise le collectif opportunément baptisé «Genève, 500 mètres de ville en plus» (500 MVP), n’est rien d’autre que de prendre la politique d’urbanisation déployée par l’Etat et la Ville à contre-poil.

Composé d’une quinzaine de membres, militants dans l’âme, vétérans des luttes syndicales ou de quartier et pour la plupart architectes-urbanistes de métier, le groupe se fait connaître en 1990 par un projet d’extension de Genève présenté comme une alternative radicale au plan directeur cantonal de 1989. Dans son Plan général pour 500 mètres de ville en plus, il entend créer quelque 30 000 logements, principalement en urbanisant les coteaux de Pregny et Cologny. Pour relier ces nouveaux quartiers, le collectif imagine un pont haubané de trois kilomètres de long, suspendu à 45 mètres au-dessus du Petit-Lac. Un troisième pôle de développement est installé sur le plateau de Vessy-Pinchat, dans le prolongement de Carouge.

Chasser les élites des rives du lac

«Notre idée était de décentrer une ville trop dense et de la déployer en la rééquilibrant sur les deux rives, explique Philippe Brun, cofondateur de 500 MVP. Il semblait évident d’établir cette extension de la cité là où les conditions de vie sont les plus propices. Ce n’est pas pour rien que les élites se sont approprié les bords du lac!» Le mouvement propose ainsi de chasser le grand capital de ces collines cossues pour y ériger des barres d’immeubles de six étages, «perpendiculairement aux lignes de pentes, donnant ainsi un dégagement visuel à chaque logement et espace de travail»*.

Car pas question d’ériger des cités-dortoirs. L’urbanisation est conçue dans sa globalité: outre le locatif et les bureaux, les nouveaux morceaux de ville comprennent de vastes parcs publics et les activités commerciales et culturelles essentielles à l’art de vivre citadin. Défendant l’idée du territoire comme bien commun, le groupe 500 MVP vise à rompre avec les projets qui engorgent le centre et accroissent la spéculation, tels les surélévations et le remplissage des cours. «Genève, depuis des décennies, pratique le bourrage systématique sous la pression des milieux immobiliers, affirme l’ancien collaborateur à la direction de l’aménagement du Canton. On asphyxie la ville alors qu’il faut la desserrer.»

La réalisation de ce dessein contestataire passe aussi par le déclassement mesuré de terrains agricoles. «Ces zones sont les nouvelles murailles de l’agglomération, argue Philippe Brun. Admettre qu’il faut y toucher pour étendre la ville serait aussi reconnaître qu’une croissance existe. En attendant, les conditions de vie se dégradent: l’éparpillement urbain prospère et la congestion du trafic s’aggrave.»

D’ailleurs, la question de l’engorgement des routes est abordée par le plan de 1990, qui inclut la création d’une moyenne ceinture comprenant le nouveau viaduc sur la rade dont le tablier, «réalisé à la même altitude que la gare des Eaux-Vives et l’aéroport, permettrait le passage d’un RER voir d’un TGV»*. «On prévoyait quatre voies de routes avec le chemin de fer au milieu, précise l’architecte-urbaniste. L’ouvrage permettait de se raccorder au réseau autoroutier via des tunnels sous les collines de Cologny et du Grand-Saconnex.»

Sacrifier leur aimable logis

Largement discuté dans la presse et les milieux politiques, le plan d’extension de 500 MVP fut toutefois remisé dans le tiroir des utopies. En tout état de cause, on imagine qu’il eut été délicat de convaincre les propriétaires pregnotes ou colognotes de sacrifier leur aimable logis sur l’autel du bien urbanistique commun. Mais le caractère ambitieux et provocateur du projet eut le mérite de susciter la discussion.

Quant au collectif, il poursuit, depuis trente ans, sa réflexion. En 2004, il étend son concept à l’agglomération transfrontalière, conservant l’essence du programme de 1990 en lui rajoutant le principe de «cité linéaire»* le long du pied du Salève, du Jura et des Voirons. «Notre méthode s’oppose à l’approche technocratique du territoire dans laquelle l’Etat se fourvoie, argumente Philippe Brun. Nous connaissons chaque once de terrain pour l’avoir arpenté lors de nos safaris urbains. A nos projets, Genève ne doit pas échapper!»

* «Genève, projet pour une métropole transfrontalière», Groupe Genève 500 mètres de ville en plus, Ed. L’Age d’Homme, 2013 et geneve500m.com (TDG)

Créé: 09.08.2014, 09h44

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Projet d'extension urbaine 1990

Projet d'extension urbaine 1990 Les plans pour 500 mètres de ville en plus

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