La vague sud-coréenne déferle sur la piste du Village du Soir

Nuits genevoisesSamedi soir, les amateurs de musique K-pop s’étaient donné rendez-vous dans la boîte de la Praille. Reportage.

Des fans de K-pop au Village du Soir forment des «minis cœurs» avec leurs doigts.

Des fans de K-pop au Village du Soir forment des «minis cœurs» avec leurs doigts. Image: Laurent Guiraud

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Du haut de son perchoir, DJ Dinh observe la marée humaine. Sous ses yeux, le public ondule au son des tubes américains. Les sourires sont de rigueur, la bonne humeur au rendez-vous de cette soirée «All Style». Rien d’exceptionnel: un samedi minuit classique au Village du Soir, la nouvelle boîte de nuit aux abords du stade de la Praille. Prochain morceau? Clap your hands de 2NE1.

La transition se fait en douceur. Les profanes ne remarquent rien. Ils ne connaissent pas le tube, et alors? Une nouveauté probablement… A leurs côtés, une onde se propage à la surface du dancefloor. La tension monte. Les enceintes crachent les premières paroles coréennes de la soirée. Aussitôt accueillies par des cris et sauts d’une partie du public. L’énergie des lieux vient de changer. Il est 00h22 et DJ Dinh – venu pour l’occasion de Paris – peut se réjouir: la vague K-pop (Korean pop) vient de s’abattre sur le Village du Soir.

En Malaisie aussi

«Nous avons lancé ces soirées dans la salle communale du Grand-Lancy en 2011, commente Stephan Yan, fondateur de l’événement. Déjà à l’époque, on sentait qu’il y avait une demande. On peut dire que nous ne nous sommes pas trompés.» Aujourd’hui, la petite communauté compte quasi 1200 adhérents sur sa page Facebook et chacune des six soirées annuelles réunit en moyenne 300 participants. «Ils viennent de toute la Romandie, de France voisine, parfois même de Lyon ou Paris», souligne Stephan Yan.

Jiasin, 24 ans, a elle fait le déplacement depuis la Malaisie. Etudiante en échange à Genève, elle n’est guère surprise de la thématique de l’événement: «Je ne sais pas comment c’est perçu ici, mais la Corée du Sud exerce aujourd’hui une influence culturelle très forte sur toute l’Asie. Dans mon pays, rares sont les fêtes sans K-pop.»

Une déferlante musicale, mais aussi cinématographique et télévisuelle — la Corée est un très grand producteur de séries — commencée dans les années 90 avec le soutien de l’Etat et connue sous le nom de Hallyu, signifiant «vague culturelle sud-coréenne». Selon le Service coréen de la culture et de l’information, le revenu des exportations de produits culturels est passé de quelque 487 millions de francs au début des années 2000 à 3,9 milliards en 2011. L’enjeu est aussi touristique. Entre 2006 et 2016, le nombre de visiteurs en Corée est passé de 6,15 à 17,2 millions. Une conséquence directe de la vague sud-coréenne. Au Village du Soir, les fans interrogés ne font pas exception. Ils rêvent tous de découvrir Séoul.

Visuellement travaillé

Loin de ces considérations économiques, DJ Dinh continue d’enchaîner les tubes. C’est l’heure de Hands Up de 2PM. En réponse, les amateurs se lancent dans des chorégraphies visiblement travaillées. «On le fait par mimétisme, à force de regarder des clips sur YouTube, analyse Lizandra, 19 ans. C’est la grande force de cette musique. Elle propose un produit très abouti, aussi bien musicalement que visuellement.»

Cheveux décolorés ou encore teints en rouge, les fans empruntent d’ailleurs volontiers au style de leurs idoles. Mais c’est surtout par leur jeunesse qu’ils se différencient du reste de la salle. Beaucoup n’ont pas 20 ans. «Il y a quelque chose de générationnel dans la K-pop, analyse Stephan Yan. Ils sont tombés dedans parce qu’on en parle à l’école, parce qu’ils suivent leurs groupes préférés sur les réseaux sociaux. Ça dure un moment, puis les anciens s’éloignent de notre communauté.»

Au point d’imaginer la fin du phénomène? «La vague japonaise débutée dans les années 80 n’est jamais retombée, rappelle Stephan Yan. Je prévois à la Corée le même avenir.»

(TDG)

Créé: 18.06.2017, 19h31

«Un intérêt fort de la part des étudiants»

L’effet de la vague sud-coréenne ne s’arrête pas au monde de la musique. A l’Université de Genève, les étudiants passionnés par le pays sont aujourd’hui demandeurs d’un cursus plus complet, soit d’un bachelor consacré au pays et à la langue. «La Corée a récemment gagné en visibilité et en intérêt, confirme Sung-Mi Kim, chargée d’enseignement de langue coréenne. Nous le ressentons toute l’année au contact des étudiants. Mais la création d’un tel cursus demande des moyens que nous n’avons pas pour le moment.»

Alors que la Chine et le Japon disposent aujourd’hui de masters qui leur sont consacrés, les études coréennes sont abordées comme une option libre. Un cours hebdomadaire de quatre heures de langue durant vingt-huit semaines, couplé à deux heures de civilisation. Ils étaient 25 en 2017 à avoir suivi l’intégralité de la formation.

«C’est une initiation solide que nous sommes heureux de pouvoir offrir à nos étudiants, souligne Sung-Mi Kim. Mais nous regrettons parfois de voir partir les plus motivés vers la France ou d’autres pays afin de poursuivre leurs études dans le domaine.»

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