Flückiger veut que les étudiants aient les mains dans le cambouis

UniversitéLe recteur d'UNIGE a signé un accord avec l’Université chinoise de Tsinghua. Une école d’été a été créée, un master suivra.

Yves Flückiger, recteur de l’Université de Genève: «Depuis Jean Piaget, on sait que l’apprentissage par la pratique stimule la créativité, mais on l’avait un peu oublié.»

Yves Flückiger, recteur de l’Université de Genève: «Depuis Jean Piaget, on sait que l’apprentissage par la pratique stimule la créativité, mais on l’avait un peu oublié.» Image: Georges Cabrera

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L’Université de Genève (UNIGE) mise sur le développement durable. Un choix stratégique et ambitieux, dont l’originalité réside dans l’ouverture à la Chine. L’alma mater a en effet noué un accord avec l’Université de Tsinghua, présentée comme «le MIT chinois» (en référence au Massachusetts Institute of Technology, l’un des meilleurs du monde en sciences et technologies). Le Centre Tsinghua-Genève se spécialisera dans l’innovation et la quête de solutions concrètes, par le biais de divers programmes d’enseignement que l’UNIGE a présentés à la Tribune de Genève en avant-première.

L’idée d’un centre sino-genevois est née… à Davos. En janvier, en marge du World Economic Forum, le recteur genevois Yves Flückiger a rencontré le président de l’Université de Tsinghua, Qiu Yong. Au moment même où le milliardaire Jack Ma, fondateur du site de vente en ligne alibaba.com et membre du «Board» de l’université chinoise, venait d’être nommé ambassadeur du développement durable par les Nations Unies. «De part et d’autre existait un intérêt pour élaborer et financer un programme autour des Objectifs du développement durable. Au printemps, je suis allé en Chine signer l’accord. Tout est allé très vite», se félicite Yves Flückiger.

«Les mains dans le cambouis»

Mais pourquoi conclure un tel partenariat? L’UNIGE indique, d’abord, vouloir répondre aux aspirations de nombreux étudiants désireux de s’impliquer dans la résolution d’enjeux majeurs pour nos sociétés. Ensuite, en s’alliant à une institution chinoise, elle leur ouvre l’esprit et les sort «de leur zone de confort», tant intellectuellement que matériellement. Enfin, s’unir à un institut technique permet de développer une forme de pédagogie tournée vers l’innovation et la résolution de problèmes concrets. «Depuis Jean Piaget, on sait que l’apprentissage par la pratique stimule la créativité, mais on l’avait un peu oublié. Nous voulons que les étudiants aient les mains dans le cambouis!» lance Yves Flückiger.

Summer school

Dans chacun des programmes prévus, le Centre Tsinghua-Genève favorisera donc les liens entre la théorie et le concret, le monde académique et l’économie réelle. La première réalisation du centre a pris la forme, en juillet, d’une école d’été. «Nous avons reçu une centaine de candidatures chinoises. Nous avons finalement retenu 40 étudiants – 15 Chinois, 15 Suisses et 10 étudiants de l’University College London», indique le recteur. Après une semaine à Genève, où il a visité des organisations internationales (OI), reçu un enseignement théorique et imaginé des projets d’innovation, le groupe est parti en Chine, développer ses idées pendant deux semaines.

Un master dès 2017

Ce n’est qu’un début. A la rentrée 2017, l’UNIGE lancera un master en innovation, développement humain et durabilité. L’idée est de former les acteurs qui, demain, devront mettre en œuvre les 17 ODD. Les 60 étudiants sélectionnés vivront un an à Genève et un an à Tsinghua. Sur les rives du Léman, ils acquerront un savoir théorique en sciences, en économie et en sciences sociales, complété par des ateliers de projets. En Chine, la formation sera orientée sur les développements technologiques. Tout au long du master, des «hackatons» (rassemblements de développeurs cherchant à produire un prototype en quelques jours) permettront aux étudiants de collaborer avec des experts et des professionnels.

«Accélérateur» de projets

De plus, afin de favoriser la transition entre le monde académique et l’économie, les quatre projets d’innovation les plus prometteurs de l’année – issus de l’école d’été, du master ou des «hackatons» – seront soutenus pendant dix-huit mois dans un programme d’accélérateur. «L’idée est d’offrir un coaching soutenu pour arriver sur une exploitation pratique, explique le recteur. Certains projets pourront prendre la forme d’une start-up, d’autres devenir un produit ou un service qu’une OI ou une organisation non gouvernementale (ONG) pourrait intégrer.»

Afin de favoriser les échanges entre Genevois et Chinois, cinq bourses seront offertes chaque année à des professeurs issus de différentes disciplines. Cinq autres bourses permettront d’accueillir des jeunes de moins de 40 ans – pas forcément des universitaires – voulant développer un projet prometteur. De son côté, l’Université de Tsinghua s’engage à accueillir des innovateurs suisses au sein d’un programme analogue.

Outre l’école d’été, le master, l’accélérateur de projets et les bourses, l’UNIGE investit le champ de la formation continue. Dans un premier temps, dès le printemps 2017, des Chinois seront invités à Genève pour mieux comprendre le rôle des OI dans la poursuite des ODD. L’idée est de donner aux participants, par le biais d’une formation d’un mois, des outils leur permettant de lancer une politique de développement durable dans une ville, une région, une entreprise ou une organisation. «A terme, nous accueillerons quatre classes de 20 personnes pendant un mois chaque année», assure Yves Flückiger.

Les «Geneva Trialogues»

Afin de mettre en lumière la création de ce nouveau centre, l’UNIGE va lancer, dès novembre prochain, des rencontres baptisées «Geneva Trialogues». Sur une base biennale, cet événement est destiné à réunir des personnalités du monde académique, des OI et de l’économie privée. «A l’avenir, ce type de rencontres permettra de faire évoluer les programmes du centre grâce aux retours d’expériences et aux exemples que donneront d’autres acteurs du domaine», indique l’UNIGE. Et pour diffuser mondialement ce qui se fait à Genève, l’alma mater s’engage à créer des MOOCs (cours online gratuits) dans le domaine du développement durable.

Installé à Pinchat?

On l’aura compris: l’UNIGE voit grand. Pour abriter toutes ces nouvelles activités, elle rêve d’investir un lieu emblématique, qui lui servirait de carte de visite, tant au niveau régional qu’international. Elle a songé à la Maison de Pinchat, dans la prolongation du site de Battelle. La demeure, qui lui appartient, héberge pour l’heure des groupes de recherche en optique. En cours d’inscription à l’inventaire du patrimoine architectural, elle offrirait le cachet et la surface dont l’UNIGE a besoin. L’alma mater la trouve idéalement située, dans un quartier où des logements étudiants doivent être construits – ce qui permettrait d’accueillir les étudiants chinois participant au projet.

Mais cet idéal se heurte aux coûts importants de la rénovation du bâtiment, estimés par l’UNIGE à 20 millions de francs. «Au vu de ce montant, nous avons souhaité avoir une analyse plus détaillée des différentes options. D’autres pistes ont été envisagées, notamment en partenariat avec le Global Humanitarian Lab du Comité international de la Croix-Rouge», indique Yves Flückiger.

Deux comités séparés

Qui financera et dirigera le centre? Le recteur indique qu’une fondation privée genevoise, désirant rester anonyme, «a octroyé un montant important qui permet de lancer les deux premières années du projet. Côté chinois, nos partenaires cherchent à équilibrer la donation que nous avons obtenue par une contribution équivalente.»

La stratégie du centre sera définie par un «Advisory Board», composé de personnalités du monde international, ainsi que du recteur de l’UNIGE et du président de Tsinghua. Il se réunira annuellement. Par ailleurs, deux comités de pilotage, un par institution, se chargeront de l’administration et des budgets locaux – il n’est pas prévu de budget commun. Sur le plan académique, ces comités devront s’assurer de la cohérence globale du projet et de l’atteinte des objectifs fixés.

Retombées pour Genève

Au moment d’être lancé, ce projet reflète les ambitions de l’UNIGE. En resserrant les liens entre les OI, les ONG, les cercles académiques et le monde de l’entreprise, l’alma mater veut donner plus de consistance à la Genève internationale et l’ancrer davantage dans la cité. «En s’engageant dans une culture de l’innovation économique et sociale, l’Université entend participer au développement du canton», souligne Yves Flückiger. Au-delà, il ajoute que cet accord renforce les liens entre la Suisse et la Chine.

(TDG)

Créé: 11.10.2016, 19h42

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