Serge Dal Busco: «Il est normal que notre budget ne ravisse personne»

Finances Le ministre des Finances assure que son budget n’est pas un cadeau à la gauche. Il appelle les partis à s’unir pour la suite de la législature.

Le ministre genevois des Finances, Serge Dal Busco, appelle de ses vœux une fin de législature plus sereine.

Le ministre genevois des Finances, Serge Dal Busco, appelle de ses vœux une fin de législature plus sereine. Image: Georges Cabrera

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Le ministre genevois des Finances, Serge Dal Busco, termine l’année sur une note positive. Son budget a été accepté par le parlement la semaine passée, même si les critiques du PLR sur l’absence de réformes structurelles lui restent sur l’estomac. Mais d’autres échéances se profilent. Il appelle les partis à privilégier l’intérêt général. Interview.

Alors Serge Dal Busco, quand le PLR ou l’UDC vous reprochent d’avoir fait passer un budget de gauche la semaine passée, que répondez-vous?

Quel budget de gauche? La fonction publique était sur la Treille et manifestait contre son austérité durant nos séances! Comme souvent, la vérité est entre deux: bien que ce ne soit pas un budget d’austérité, il n’ouvre effectivement pas les vannes des dépenses. C’est pourquoi personne n’en est ravi. Pas même le Conseil d’Etat, car il n’est jamais satisfaisant de présenter un déficit. Mais sur le fond, l’adoption du budget 2017 est une bonne nouvelle pour Genève. Après le rejet de celui de 2016, on ne pouvait pas se permettre d’échouer encore une fois.

En tout cas, votre budget aura fait exploser l’Entente…

Il a été validé à l’unanimité par le Conseil d’Etat et les partis ont été longuement consultés. Il me semblait d’ailleurs avoir compris qu’un déficit de 80 millions était admissible pour le PLR au vu des circonstances. J’ai dû me tromper… J’estime cependant que les partis gouvernementaux devraient avoir des postures moins idéologiques, être plus pragmatiques. Se rappeler par exemple qu’entre 2015 et 2016, la dette a diminué de 800 millions. Que les charges de personnel sont maîtrisées, comme les dépenses générales. Bien sûr, il y a une augmentation des dépenses contraintes liées aux dépenses sociales et de santé. Mais on voit bien en même temps que la précarité augmente et que la population vieillit.

A droite, on vous reproche l’absence de réformes structurelles pour redresser les finances de l’Etat dans la durée.

C’est faux. Je peux parfaitement admettre qu’on trouve nos mesures insuffisantes. Mais pas qu’on ne fait rien. Depuis 2015, nous avons pris des mesures qui ont amélioré les finances du Canton de 350 millions et dont les effets durent. Il s’agit pour deux tiers de baisses de charges, contrairement à ce qui a été dit, et l’effort continuera. On vise à économiser plus de 30 millions supplémentaires en 2018 dans le cadre de l’objectif d’économies sur les dépenses de personnel. C’est peut-être plus spectaculaire de changer des lois et de couper dans des prestations, mais c’est aussi plus long et plus discutable, et on arrive à de bons résultats aussi en agissant plus finement sur nos coûts, avec des économies durables à la clé. Laissez-moi maintenant formuler un vœu: qu’en 2017, en gardant la tête froide, les différentes forces politiques réussissent à établir un dialogue aussi constructif sur la réforme de l’imposition des entreprises (RIE III) que sur le budget, en priorisant l’intérêt général à long terme. Car pour RIE III, comme pour le budget, tout le monde doit consentir quelques concessions: la gauche doit admettre une baisse d’impôt pour les entreprises locales et la droite doit accepter d’en tolérer les conséquences pendant cinq ans dans les budgets. Ce n’est pas rien.

Il paraît que les partis font pression sur le PS pour signer une convention sur le volet cantonal de RIE III. Il risque de refuser. Pourquoi prendre ce risque?

Moi, je ne fais pression sur personne. Mais depuis avril dernier, date du début des discussions de la table ronde sur RIE III, je me suis beaucoup impliqué pour créer un climat de dialogue favorable. Sur le fond, il serait normal que les partis qui discutent aujourd’hui entre eux en paraphent le résultat et puissent porter ce consensus devant leurs assemblées. En ce moment, c’est sans doute compliqué pour le PS, qui s’oppose au volet fédéral de RIE III. Mais le volet cantonal dont les partis discutent est parfaitement équilibré et adapté à notre canton. Il prévoit de nombreuses améliorations importantes au bénéfice de notre population. J’imagine mal que cela n’intéresse pas la gauche!

Avec RIE III, le Canton admet un déficit de 350 millions, soit le montant du manque à gagner prévu. Pour absorber la hausse des autres dépenses supplémentaires, va-t-on étrangler la fonction publique?

Les mesures d’économies vont se poursuivre, mais nous comptons aussi sur l’augmentation de notre base fiscale, qui nous donnera des moyens supplémentaires. Ce n’est pas impossible, car la conjoncture donne des signes favorables. Mais oui, c’est un sacré pari car nous ne maîtrisons pas l’évolution du monde. Quoi qu’il en soit, il faut mettre en œuvre cette réforme au plus vite. Car si RIE III est refusée au plan fédéral, je ne pense pas qu’on obtiendra à Berne un nouveau projet plus intéressant pour Genève. Je suis même sûr du contraire!

(TDG)

Créé: 21.12.2016, 18h35

L’heure de la CPEG va bientôt sonner

Quand et comment allez-vous affronter les difficultés de la Caisse de prévoyance de l’Etat de Genève (CPEG)?

Nous aurons dès janvier des discussions avec les syndicats de la fonction publique. Puis, au printemps, avec le Grand Conseil, dans le cadre de la Commission des finances. Nous allons avoir besoin d’un climat apaisé et pragmatique pour traiter correctement ce dossier dans toute sa complexité.

Vous envisagez une recapitalisation?

A la création de la CPEG, il avait été prévu une longue convalescence qui aurait permis la recapitalisation progressive de la caisse. Mais les perspectives de rendement à long terme sont désormais trop basses pour y parvenir. Beaucoup de scénarios sont possibles pour redresser la situation. Cependant, il est trop tôt pour en parler. Le Conseil d’Etat veut les examiner en premier lieu avec les représentants du personnel. Pour les employés actifs qui cotisent, ce n’est évidemment pas facile de devoir assumer une grosse part de l’effort alors que les prestations des pensionnés sont protégées par le droit fédéral.

Quelle que soit l’option choisie, ne pensez-vous pas qu’elle sera combattue?

Comme nous sommes à Genève, il y aura très certainement un référendum. Je souhaite néanmoins un débat le plus serein possible car c’est une condition indispensable pour réussir. Il nous faut à la fois agir vite, pour éviter que le coût n’augmente, et ne pas prendre des décisions intempestives, insuffisamment réfléchies.

En général, il ne se passe plus rien en fin de législature. Cela ne va pas être le cas cette fois.

Mais le dossier RIE III avance selon le calendrier prévu, et le Conseil d’Etat a toujours suivi de très près celui de la CPEG. Quand j’ai souhaité prendre la responsabilité du Département des finances, je savais parfaitement que ce ne serait pas tous les jours fête!
Eric Budry

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