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Enquête

La sécurité privée coûte 5,5 millions aux communes

Par Sophie Roselli. Mis à jour le 04.10.2012 10 Commentaires

Quelque 80% des collectivités locales recourent à une police privée pour faire surveiller leurs bâtiments et prévenir les cambriolages. Certaines communes vont plus loin. Trop?

Moins chers, plus flexibles, les agents de sécurité se révèlent attractifs pour les communes.

Moins chers, plus flexibles, les agents de sécurité se révèlent attractifs pour les communes.
Image: Olivier Vogelsang

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Qu’elles soient de droite ou de gauche, fortunées ou pas, l’écrasante majorité des communes genevoises, 80% exactement, recourt à des sociétés de sécurité privée. C’est le résultat d’une enquête menée par la Tribune de Genève auprès des 45 communes genevoises. Globalement, elles dépensent au moins 5,5 millions de francs par an (3,3 millions pour la seule Ville de Genève) pour sous-traiter leur sécurité. Les missions confiées au privé dépassent la simple surveillance de bâtiments telle que définie par le Concordat sur les entreprises de sécurité. Jusqu’où les communes sont-elles prêtes à déléguer l’ordre public au privé?

Les polices municipale et cantonale ne peuvent pas tout. Les gardes privés ont été davantage appelés en renfort depuis le début des années 2000 par les collectivités locales, répondant ainsi à l’inquiétude croissante de leurs citoyens craignant les cambriolages et les incivilités. Et ce alors que de plus en plus de particuliers souscrivent déjà des contrats avec ces entreprises.

Avec un seul agent de police municipale (APM) et le poste de gendarmerie de la Pallanterie fermé la nuit et le week-end, Vandœuvres a choisi depuis deux ans d’ajouter un maillon dans son filet de protection en engageant Guardian protection (GPA). «S’ils voient quelque chose de suspect durant leur patrouille, les agents le signalent à la police cantonale. Si c’est anodin, ils en réfèrent à notre policier municipal», précise la maire PLR de Vandœuvres, Catherine Kuffer. Payés pour ouvrir les yeux et passer le relais, ces hommes ont l’interdiction de demander une pièce d’identité ou d’arrêter un suspect. «Leur rôle est complémentaire à celui des APM et de la police cantonale.»

Moins chers, plus flexibles

Un point de vue partagé par la conseillère administrative socialiste d’Onex, Carole-Anne Kast: «Pourquoi demander à un APM, formé à la médiation de rue par exemple, de contrôler des bâtiments la nuit? Nous employons Securitas pour ce genre de tâches.» La surveillance du domaine public fait pourtant partie des missions de la police municipale dans le canton. Mais tout est question de priorité. Elle doit aussi effectuer des contrôles de sécurité routière, lutter contre le bruit, les incivilités, l’insalubrité comme les tags et les déjections canines.

A Veyrier, les hommes au brassard «Patrouille privée Veyrier» surveillent cinq heures par jour tout le territoire, même sur des chemins privés. Et cela, en voiture, à pied ou avec un chien. «Nous investissons dans la sécurité privée l’équivalent de 1,5 poste d’APM, et grâce à cela, nous avons une surveillance de nuit et le week-end, relève le maire PLR Thomas Barth. Nos six APM, même s’ils sont deux de plus depuis 2007, ne peuvent pas assurer une présence 24 h/24.»

Moins chers, plus flexibles, les privés se révèlent attractifs. Au détriment de la police municipale? «Les activités des personnes les plus dérangeantes surviennent entre 2 h et 5 h, remarque Thierry Apothéloz, conseiller administratif socialiste chargé de la Sécurité à Vernier. Comme nous avons augmenté le nombre d’APM, nous pouvons parfois pousser leurs horaires jusqu’à 2 h. A l’avenir, notre objectif est d’étoffer le corps des APM et de renforcer la collaboration avec la police cantonale.»

Des agents privés au bout du fil

En Ville de Genève, on cherche à réduire le nombre de mandats accordés aux privés pour la surveillance régulière ou ponctuelle des manifestations, des musées, des préaux d’école, des chantiers, de certains immeubles. Le Conseil administratif affiche sa volonté de créer 25 postes d’APM l’an prochain, pour atteindre le nombre de 157 policiers à l’horizon 2014. «La sécurité privée ne doit jamais se substituer au maintien de l’ordre public, mais dans des endroits spécifiques, elle est un appui», estime la magistrate socialiste Sandrine Salerno. Un vœu pieux si l’on en croit certaines pratiques.

A Chêne-Bourg, comme à Collonge-Bellerive, une permanence téléphonique vise à répondre aux inquiétudes des habitants, liées à des problèmes de voisinage par exemple. Au bout du fil, on parle à des APM en journée et à Protectas la nuit. Est-ce vraiment de la compétence des privés? «On ne va pas trop loin, rétorque la magistrate PLR Beatriz de Candolle. Cette centrale peut aiguiller la personne. En cas de gros problème, la police cantonale est alertée.»

A Bellevue, où l’unique poste d’APM n’a pas pu être maintenu, on évoque avec fierté une démarche novatrice de tournées à vélo quotidienne par un agent de Protectas. «Les patrouilleurs de «City Bike» sont toujours les mêmes et créent des liens avec les habitants (…). Ceci permet de créer une proximité rassurante et sympathique entre les Bellevistes et Protectas», indique la mairie. A Plan-les-Ouates et Thônex, les rondes incluent des interventions pour discuter et calmer d’éventuels groupes à risque.

Des «dérives» dénoncées

«Cela me surprend négativement! réagit Daniel Salvan, président de l’Association des agents de la police municipale des communes genevoises. Cela va au-delà des prérogatives des agents privés et pose la question des compétences, de la formation. Quel message délivrent-ils lors de situations conflictuelles?» Pour le syndicat des gendarmes (UPCP), il s’agit de «dérives». «Les sociétés privées qui patrouillent dans les rues pour observer les incivilités se substituent au rôle des APM et des gendarmes. La sécurité du territoire doit rester aux forces de l’ordre publiques», relève son président Christian Antonietti.

Et ce n’est pas Charles Zaugg, vice-président de l’Association des sociétés de sécurité privée, regroupant un grand nombre des 111 entreprises basées à Genève, qui le contredira. «Ce genre de mandat est extrêmement sensible, à la limite de nos missions, réagit-il avec embarras. Les entreprises privées de sécurité ne doivent pas s’occuper de l’ordre public. Notre métier consiste à ouvrir les yeux et tirer la sonnette d’alarme.»

Sophie Roselli (TDG)

Créé: 04.10.2012, 07h31

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10 Commentaires

Ana Roch

04.10.2012, 08:59 Heures
Signaler un abus 16 Recommandation 0

Si "Les activités des personnes les plus dérangeantes surviennent entre 2?h et 5?h" pourquoi les horaires de "vos" correspondants de nuit s'arrêtent à 2h du matin ? Répondre


Frédéric Bastiat

04.10.2012, 09:48 Heures
Signaler un abus 11 Recommandation 1

Quelques chiffres uniquement pour la commune de la Ville de Genève: Subventions distribuées 234 millions (197 millions en argent et le reste en avantages en nature comme des réductions de location de salles, etc.). Les salaires des fonctionnaires c'est 455 millions. Quand les subventions pèsent la moitié de la masse salariale, il faut pas s'étonner qu'il y ait un déficit de service public. Répondre



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