Témoignage
Lucienne a hébergé un multirécidiviste genevois. Elle raconte sa vie «ordinaire»
Par Sophie Roselli. Mis à jour le 16.07.2012 1 Commentaire
Leur amitié, confie Lucienne en serrant sa tasse de thé, s’est transformée en amour: «On va se marier à la fin de l’année.»
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La trajectoire du détenu genevois
24 mars 2007: Pierre (prénom fictif) s’empare de la caisse d’un loto dans le canton de Fribourg. Arrêté, il est condamné à deux ans de prison.
20 mars 2009 : Alors que le détenu s’apprête à sortir, le Tribunal pénal de la Glâne lui inflige une mesure institutionnelle en milieu fermé. En clair, il doit suivre des soins en prison. Pierre s’évade de l’établissement de Bellechasse (FR).
Trois ans de cavale: Il reconstruit sa vie à Genève, travaille comme serveur, vit chez une retraitée.
24 avril 2012: Contrôle routier à Vernier. Il s’échappe en sautant dans le Rhône.
30 juillet 2012: Réunion prévue avec les autorités pénitentiaires pour examiner son dossier. S.R.
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Lui, le Genevois de 48?ans, condamné six fois, évadé de la prison de Bellechasse à Fribourg, en cavale pendant trois ans, arrêté en avril (comme nous l’écrivions dans notre édition de samedi ). Elle, veuve par deux fois, grand-mère et arrière-grand-mère de 81?ans, toujours active malgré sa difficulté à marcher. Ces deux vies cabossées que tout sépare ont fini par se croiser. Pierre* a trouvé refuge chez Lucienne*, résidant à Onex, jusqu’à ce que la police frappe une nuit à sa porte. La dame au caractère bien trempé, à l’esprit vif, accepte de nous raconter leur histoire incroyable.
«Je l’ai rencontré à mon anniversaire, au restaurant où il travaillait, à Onex. On s’est lié d’amitié», commence Lucienne, assise à la table de la cuisine face à la photo de son protégé. En 2010, Pierre cherche un logement. La retraitée a de la place dans son appartement, alors elle accepte de lui rendre service. Il fait de même. «Il me sortait avec le fauteuil roulant, faisait mes courses, s’occupait de mon chien.» C’est «un garçon charmant, dévoué, toujours prêt à rendre service», décrit-elle. Pendant deux ans, «nous avons vécu une vie ordinaire».
«Il a payé largement»
Son lourd passé, lui en a-t-il parlé? «Pratiquement tout de suite», avec une bonne dose de persuasion tout de même. «Il a été franc. Il m’a dit qu’il avait fait des bêtises durant sa jeunesse…», dit-elle un peu gênée. Une énorme, celle d’avoir tué un jeune homme. «Il a payé largement, répond-elle. On peut changer, reprendre le droit chemin.»
Reste qu’il a fui en 2009 une décision de justice liée à une affaire de brigandage commis à Fribourg. Lucienne tente de le convaincre de se rendre. En vain. Le dénoncer? «Ah non! stoppe l’ancienne cadre d’une entreprise horlogère. Cela ne me serait pas venu à l’idée.» Elle ne le sait pas, mais elle risque d’être poursuivie pour entrave à l’exécution pénale.
Pas fou, impulsif
L’étau se resserre sur Pierre le?24 avril de cette année. Lors d’un banal contrôle routier à Vernier, il prend la fuite en sautant dans le Rhône. Fin de la cavale.
«Le lendemain, à 2?h, on frappe à la porte. Il est arrivé avec quatre flics…» Les policiers interrogent alors la logeuse et se font remettre en place fermement. Pierre doit prendre des vêtements avant son retour à la case prison. «Il faut bien qu’il y ait une fin, qu’il exécute sa sanction», souffle-t-elle en levant les épaules. Il s’agit de la fameuse mesure thérapeutique institutionnelle en milieu fermé. «Il est loin d’être fou. Il est juste un peu impulsif», précise-t-elle, avec l’affection d’une mère.
Mariage dans l’année
En trois ans, Pierre estime avoir prouvé qu’il a changé. Alors, il veut bien se plier aux soins imposés, mais en ambulatoire, espèrent-ils tous deux. Voilà qui leur faciliterait la vie. Car leur amitié, confie Lucienne en serrant sa tasse de thé, s’est transformée en amour: «On va se marier à la fin de l’année.» Anticipant notre réaction, elle ajoute aussitôt: «Cela fait jaser tout le quartier, sourit-elle. Forcément, on a trente ans d’écart.» Trente-trois exactement. «Dans la vie, tout peut arriver», glisse la dame.
Ce conte de fées déplaît fortement à certains membres de sa famille, craignant la manipulation guidée par l’attrait financier. «Jalousie», rétorque-t-elle, en racontant comment son amoureux lui a offert de bons restaurants, des bijoux, des vêtements, avec son salaire. Pas question non plus de passer pour sénile. Son certificat médical rangé à ses côtés atteste de sa «pleine possession de sa capacité de discernement».
Le drôle de couple avance sur un chemin encore bien tortueux. Qu’importe. Aujourd’hui, Lucienne n’hésite pas à parcourir 300?km aller-retour pour rendre visite à son «gamin» chaque dimanche.
Une histoire incroyable, donc. «Eh oui, c’est vrai», reconnaît-elle, les yeux levés au ciel.
* Identités connues de la rédaction (TDG)
Créé: 16.07.2012, 06h42
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La rédaction
1 Commentaire
Que voulez vous dire avec cet article?Qu'un assassin, menteur de surcroit, aurait droit à notre bienveillance parce qu'il a entortillée une vieille femme qui pourrait largement être sa mère? Répondre
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