Refoulés du palais de l’ONU parce qu’ils sont Taïwanais

Nations UniesUne professeure et ses élèves n’ont pas pu assister à une conférence. Les Nations Unies ne reconnaissent pas leur passeport.

Pour entrer au palais, il faut montrer un titre délivré par les autorités d’un pays reconnu par les Nations Unies, ce qui n’est pas le cas de Taïwan, île revendiquée par la Chine.

Pour entrer au palais, il faut montrer un titre délivré par les autorités d’un pays reconnu par les Nations Unies, ce qui n’est pas le cas de Taïwan, île revendiquée par la Chine. Image: Keystone

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Depuis 2014, Liuhuang Li-chuan, professeure au département des relations du travail d’une université de Taïwan, emmène ses élèves assister à des conférences au Palais des Nations Unies durant cinq jours, dans le cadre de l’un de ses programmes d’études. Lundi, l’enseignante et trois de ses étudiants devaient justement assister à l’une de ces conférences, «un débat sur la question des réfugiés et de la traite d’êtres humains, l’un des sujets de mes recherches». Mais ils n’ont jamais pu entrer. En cause: leur passeport taïwanais. La sécurité leur a refusé l’entrée car, pour entrer au palais, il faut montrer un titre délivré par les autorités d’un pays reconnu par les Nations Unies, ce qui n’est pas le cas de Taïwan, île revendiquée par la Chine comme l’une de ses provinces.

«Un Palais plus indépendant»

La professeure et ses étudiants avaient prévu de se rendre dans la galerie publique des droits de l’homme au bureau des Nations Unies, au-dessus de la grande salle de conférence, d’où on peut notamment assister au déroulement de séances du Conseil des droits de l’homme. Pour y accéder, il faut remplir un formulaire en ligne au préalable en indiquant les motifs de la visite. «Une démarche que j’ai entreprise, indique Liuhuang Li-chuan. Et nous avons reçu en retour l’autorisation de nous rendre dans la galerie.» Mais le jour J, aux contrôles de sécurité, l’autorisation ne suffit pas. Elle permet d’assister aux débats mais pas d’entrer dans le palais! Pour cela, il faut présenter un document d’identité. L’enseignante tend alors son passeport de la «République de Chine-Taïwan», avec lequel elle peut voyager dans plus de 100 pays. Refusé. Son permis de conduire international fera l’affaire. Mais les étudiants, eux, n’ont rien d’autre que leur passeport. «L’un des gardes nous a lancé: «Taïwan n’est pas un pays!» Et ils ont exigé qu’on présente un document émis par la République populaire de Chine, comme une carte de résident (ndlr: un permis spécial établi par les autorités chinoises pour permettre aux Taïwanais de voyager en Chine).» Ce qu’ils n’avaient pas. «Nous avons négocié pendant une heure, sans succès. Nous avons dû repartir.»

Depuis, Liuhuang Li-chuan ne décolère pas. «La galerie publique est censée être ouverte à tous! Ces agissements sont en totale contradiction avec les valeurs des Nations Unies. Cette organisation est le représentant et le défenseur des droits de l’homme, or elle les bafoue! D’autre part, ajoute l’enseignante, elle rassemble 195 Etats membres, comment peut-elle choisir de se plier aux exigences de l’un en particulier en faisant appliquer la politique du «One China policy» (ndlr: qui prône l’existence d’un seul gouvernement chinois et considère Taïwan comme une province)? C’est une honte. Le Palais veut décider de notre identité nationale, il n’est plus indépendant!» assène-t-elle encore, avant de demander: «Depuis quatre ans, nous avons toujours pu entrer. Pourquoi les règles ont-elles changé?»

Taïwan et le Kosovo recalés

Aux Nations Unies à Genève, on réfute toute modification récente. «Pour quelques rares événements organisés par des agences des Nations Unies dont les locaux se situent hors du palais, nous acceptons les badges délivrés par les organisateurs et un contrôle de passeport n’est alors pas nécessaire pour pénétrer dans notre bâtiment», indique Alessandra Vellucci, la directrice de l’information de l’organisme à Genève. Mais ce sont des cas très particuliers et, en règle générale, quiconque veut pénétrer dans le palais doit prouver son identité. «Il faut un document officiel produit par les autorités d’un pays. Une carte d’étudiant par exemple ne suffit pas, que vous soyez Taïwanais ou Suisse, précise la directrice de l’information. Et le document doit impérativement être émis par un pays reconnu par l’Assemblée générale, ce qui n’est pas le cas de Taïwan, tout comme du Kosovo et plus de 50 autres territoires.»

En marge de ce cas, des événements récents révèlent une diminution de la reconnaissance de Taïwan en tant que nation. La semaine passée, le Panama a rompu ses relations diplomatiques avec Taïwan au privilège de la Chine. A la fin de mai, celle-ci a fait pression pour que les représentants de Taipei ne participent pas aux travaux de l’Assemblée mondiale de la santé. Ils y étaient pourtant admis en tant qu’observateurs depuis 2009. (TDG)

Créé: 17.06.2017, 11h19

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