Récit d'un incendie destructeur au cœur des Pâquis

Fait diversA la tombée du jour, ce lundi soir à 20h, quarante pompiers sont encore sur place, à la rue de Monthoux. Ils font la chasse aux foyers résiduels et se préparent à tronçonner jusque tard dans la nuit la charpente calcinée de l'immeuble qui a pris feu peu avant 14h.

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Une place sinistrée élargie aux dimensions d’un quartier tout entier. Rouler aux Pâquis, ce lundi après-midi, on oublie. Trois rues bouclées, Monthoux, Fribourg et Neuchâtel. Au départ de chacune d’elles, derrière les kilomètres de rubalise déroulés par les agents municipaux, des centaines de badauds et autant de téléphones portables braqués vers la même adresse: un immeuble de tête, six étages, trois façades, deux entrées, sans compter une demi-douzaine d’arcades commerciales au rez-de-chaussée.

A 13 h 50, une habitante fixe son objectif en direction des combles. Des flammes sortent par plusieurs lucarnes, des «chiens assis» dans le jargon architectural, aménagés à la limite de la toiture. A 13 h 55, les vitres du niveau inférieur volent en éclats et d’autres flammes surgissent quasi simultanément. A 14 h, les premiers véhicules de pompiers arrivent par la rue de Lausanne.

Le feu dans le nez et les yeux

Ils sont partis de la caserne des Asters. En descendant la Servette, ils ont déjà le feu qui les attend dans le nez et les yeux. Une impressionnante colonne de fumée, noire, dense, véloce, qui pulse à la verticale au-dessus des Pâquis. Pour le chef d’engin, le signe clair qu’il y a une grosse activité incendie à l’intérieur du bâtiment.

Celui-ci a pris de l’avance sur ses contradicteurs, profitant des charpentes en bois, des planchers, des plafonds, des ouvertures multiples, liées au fait que l’adresse est en rénovation. Donc, à l’arrivée du convoi, l’embrasement s’est généralisé à deux étages. Les premiers éléments de toiture dégringolent le long des façades et s’écrasent au sol, après avoir rebondi sur les tentures-parasol des commerces. Chutes de matières incandescentes, par dizaines, dans un fracas continu interdisant de s’approcher, sauf à porter le casque du sapeur.

Il est partout, le sapeur, à 15 mètres du sol, dans la nacelle de l’auto-échelle, pour assurer l’extinction aérienne et préserver les immeubles voisins; dans les étages inférieurs, pour stopper la propagation du haut vers le bas, en veillant aux risques d’effondrement, en procédant aux contrôles dans les espaces accessibles, afin de s’assurer qu’il n’y a personne. Au plus fort de la bagarre, 35 hommes du SIS engagés, renforcés par la compagnie des volontaires de la Ville.

Tactique du surnombre

La tactique du surnombre est efficace, mais à l’usure, car la surface en feu à traiter est considérable. A 15 h 20, le commandant du SIS, Nicolas Schumacher, annonce que le feu est maîtrisé dans son avancée, mais que les foyers résiduels sont encore actifs en maints endroits. Il suffit de lever la tête, les flammes sont toujours visibles dans les moulures haut perchées, à chaque angle de la toiture comme dans les plafonds éventrés du cinquième étage.

Les informations recueillies sur le trottoir rassurent sans convaincre complètement. La levée de doute définitive ne se fera que lorsque les équipes pourront pénétrer au cœur du brasier, noyé notamment par les lances-canons qui crachent jusqu’à 2500 litres à la minute. A 17 h, le secteur est toujours inaccessible. On prend peu à peu la mesure des dommages collatéraux.

Une pluie de tuiles et gravats

Des voitures, garées pile sous les trois façades sinistrées, sont bonnes pour la casse. Elles ont reçu une pluie de tuiles, des segments de corniches, des poutres calcinées. Même traitement pour une dizaine de scooters. Le dégarnissage en règle ne passe pas par la goulotte montée sur la rue de Fribourg. Ce dévaloir industriel, enchâssé dans un échafaudage, indique le chantier en cours. Le feu a pris là-haut, où travaillaient une demi-douzaine de maçons et ferblantiers. Dans cette partie du bâtiment, des chambres d’hôtel en rénovation. Un départ de feu d’origine accidentelle, précise le commandant du SIS, sans détailler les circonstances exactes.

Le travail des enquêteurs de la PJ, présents en nombre avec leur brassard police. Un ouvrier a vu les flammes apparaître. Le temps d’aller chercher l’extincteur, elles mangeaient déjà la charpente. Commentaire d’un pompier instructeur: «Dans la première minute, un simple verre d’eau peut suffire à éteindre un début d’incendie; dans la deuxième minute, un seau d’eau est nécessaire; dès la troisième minute, c’est 1000 litres...» L’équivalent d’une citerne ou, si l’on préfère, l’arrivée providentielle d’une tonne-pompe. Aux Pâquis, ce lundi, il a fallu beaucoup plus que cela pour combattre un sinistre particulièrement violent et destructeur. Les dégâts, on l’imagine, se chiffrent en dizaines de millions de francs.

La nuit des grutiers et des bûcherons

A 19h30, une trentaine de pompiers sont encore sur place. Au rythme des relèves et des renforts, ils y passeront la nuit. Deux grosses grues sont annoncées pour 21h. Elles devront dégager la charpente, manutentionner ses parties principales pour les extraire du site, à mesure que les hommes du SIS tronçonneront les structures portantes, profondément affectées et rendues dangereuses pour les intervenants eux-mêmes. En parallèle, «nous continuons à faire la chasse aux foyers résiduels, poursuit Nicolas Schumacher. Des points chauds existent sous les tuiles et sous certaines parties en cuivre, avec à chaque fois des risques de reprise de feu.»

Infolecteur: Lucie Mertenat (TDG)

Créé: 08.05.2017, 20h10

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