Conjoncture
La place financière genevoise souffre, mais résiste
Par Philippe Rodrik. Mis à jour le 17.10.2012 4 Commentaires
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La place financière genevoise souffre. Les données recueillies par la fondation Genève Place Financière, auprès de 40 banques et 104 gestionnaires de fortune indépendants, le démontre sans aucune ambiguïté. Les marges fondent et le personnel (environ 20'000 personnes) en subit les conséquences.
La moitié des grands établissements (employant au moins 200 collaborateurs), reconnaissent un recul d’au moins 3% de leur bénéfice net au premier semestre 2012 par rapport à la même période un an plus tôt. Plus d’un tiers des banques, employant entre 50 et 199 personnes, avouent une baisse d’au moins 8% de leur résultat net. Les produits d’exploitation de près de 43% des sociétés de la première catégorie ont fondu d’au moins 3%. Une chute d’au moins 8% est observée dans plus d'un tiers des banques de taille moyenne.
Toujours au premier semestre, plus de 28% des grandes banques ont diminué leurs effectifs de 3% à 7%. La moitié de leurs consoeurs de taille moyenne (entre 50 et 199 postes à plein-temps) ont elle-même réduit leur personnel d’au moins 3%. Ces éléments rappellent nos informations sur les dégraissages effectués dans plusieurs banques du bout du Léman depuis l’automne 2011 : Union Bancaire Privée SA, HSBC Private Bank (Suisse) SA, EFG Bank European Financial Group SA ou BNP Paribas (Suisse) SA. Sans oublier plus de mille suppressions de postes annoncées par plusieurs banques à l’échelon national, mais n’épargnant pas la place financière genevoise : UBS, Credit Suisse ou Julius Baer & Co AG. Et ce n’est pas fini.
La moitié des grandes banques actives à Genève (au moins 200 collaborateurs) prévoit un exercice difficile l’an prochain. Un tiers des entreprises financières de dimension moyenne (entre 50 et 199 postes à plein-temps) se prépare à une année difficile. Et curieusement tout autant se félicitent déjà d’un bon millésime. Plus de 68% des gestionnaires de fortune indépendants, les plus durement frappés par la conjoncture actuelle, s’attendent à un exercice ardu.
Le président de Genève Place Financière, Bernard Droux, ne cède toutefois pas au misérabilisme : « Non, notre place financière n’est pas moribonde. Elle continue de prouver son dynamisme. Les masses sous gestion ont augmenté dans les banques de toutes dimensions. Et en bonne partie grâce à des apports d’argent frais. » D’importants flux d’argent frais seraient ainsi constatés en provenance d’Espagne, du fait de lourdes menaces pesant sur la pérennité de certaines banques de ce pays. «Mais il s’agit d’argent fiscalisé », s’empresse de préciser le secrétaire général du Groupement des banquiers privés genevois, Edouard Cuendet.
Cette petite phrase rappelle l’ampleur des défis à relever. « Notre branche se trouve en pleine mutation », confirme Bernard Droux. Nouvelles contraintes en gestion des risques, inflation des frais de compliance (mise en conformité) suscitée par l’essor des réglementations, demandes d’informations groupées et sans nom de client dans l’entraide administrative, puis développement de la fameuse stratégie de conformité fiscale (« Weissgeldstrategie »). Tant de choses ont changé au cours des trois dernières années.
Du coup, Genève Place Financière se mobilise à fond, comme l’Association suisse des banquiers, pour préserver un minimum de protection de la sphère privée des clients grâce à Rubik : ce fameux système d’impôt libératoire, perçu à la source et de façon anonyme sur les revenus de l’intérêt, les gains en capitaux et les dividendes. Et les résultats du sondage, publiés le 17 octobre par la fondation, révèlent combien ce dispositif constituera lui aussi une charge.
Près de 64% des grandes banques prévoient un impact défavorable de Rubik sur leurs résultats pendant les deux premières années d’application. La proportion des principaux établissements redoutant les effets de Rubik à long terme est exactement identique. Seule l’intensité de leur effroi diminue. Du côté des banques moyennes, deux tiers des sociétés estiment que leurs performances en gestion de fortune seront pénalisées à court terme par le futur impôt libératoire et tout autant à long terme. Un tiers d’entre elles prévoit même un impact supérieur à 10% à long terme. (TDG)
Créé: 17.10.2012, 16h09
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La rédaction
4 Commentaires
Oui de part leur mauvais comportement, les banques souffrent et sont maintenant obligées de se remettre en question. Et qui paie les dégâts, bien entendu les collaborateurs. Affligeant. Répondre
A voir comme la place financiaire genevoise fait l'autruche devant l'affaire HSBC/GPF en cours ne donne pas tellement d'espoir sur sa possible reconversion dans la nouvelle économie transparente qui est en cours. Répondre
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