Candidate au Conseil d'Etat (3/7)
Pierre Maudet, le météore politique qui agace
Par Olivier Francey. Mis à jour le 25.05.2012 26 Commentaires
Le grand débat
La Tribune de Genève organise un grand débat public le mercredi 30 mai à 20?h à Uni Dufour (auditoire U600, entrée libre) avec les sept candidats à l’élection complémentaire au Conseil d’Etat.
Chrono
L'interview
Sept candidats le 17 juin
Le 17 juin, sept candidats, présentés par 22 partis et groupements, se disputeront le siège du Conseil d'Etat vacant depuis la démission de Mark Muller le 29 février dernier. Eric Stauffer a été le premier à se lancer dans la bataille. Deux autres candidats peuvent réellement prétendre accéder au gouvernement: la socialiste Anne Emery-Torracinta et le maire de Genève libéral-radical Pierre Maudet. Les quatre autres candidats sont Manuel Acevedo, sans parti patron d'une PME, Paul Aymon, dit le prophète, Alexis Roussel du Parti pirate et le Vert'libéral Laurent Seydoux.
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Son réseau
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BIO EXPRESS
Naissance: 6 mars 1978 à Genève.
Vie privée: marié avec Catherine, avec laquelle il a trois enfants: Guillaume (5?ans), Ludivine (3?ans) et Amélie (1?an).
Travail: création d’une société spécialisée dans l’événementiel (1998-2007).
Politique: à 15?ans, il participe à la création du Parlement des jeunes en Ville, dont il devient le président. En 1999, il entre au Conseil municipal. Titulaire d’un master de droit européen à l’Université de Fribourg, il prend la présidence du Parti radical en 2005, puis accède au Conseil administratif en 2007 (Département de l’environnement urbain et de la sécurité). Il est réélu en 2011. Capitaine de troupes de sauvetage à l’armée, il est également président de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse. O.F.
LA PHOTO QUI A MARQUÉ SON ENFANCE «Cette photo a été prise au début des années 80, à Zuoz, le village natal de ma mère, dans le canton des Grisons. Elle me montre dans les bras de mon grand-père, décédé depuis, dans son étable au rez-de-chaussée d’une maison typiquement grisonne, en présence de ses moutons. Mon grand-père était agriculteur et postier du village en même temps. Il avait fait la Mob et en gardait un profond sens de l’engagement pour la collectivité, comme dans le cadre de son activité au bénéfice de La Poste. Peut-être est-ce grâce à lui que je cultive mon goût du civisme et du service public? Cette photo me rappelle également que j’ai eu la chance d’avoir une enfance heureuse et très entourée.»
Propos recueillis par O.F.
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Mots-clés
Véritable météore politique, Pierre Maudet ne suscite que deux sentiments: l’admiration ou l’agacement. Un chemin sans réelles fautes de parcours qui incite à rechercher des failles. Difficile d’en déceler chez ce Franco-Suisse propulsé «plus jeune conseiller administratif que la Ville de Genève ait connu», à seulement 29?ans, en 2007. «La bête politique» a certes connu des échecs, au Conseil national en 2003, où la droite perdit un siège, dans la fusion Vaud-Genève ou dans la non-réélection du conseiller d’Etat, lui aussi radical, Gérard Ramseyer en 2001 alors qu’il était responsable de campagne. Mais Pierre Maudet n’a pas essuyé de vraies défaites. Homme de consensus, il sait lâcher du terrain pour arriver à ses fins. Ce n’est pas par hasard qu’il survit aujourd’hui au sein d’un Exécutif majoritairement de gauche.
Les critiques
Le candidat, pourtant, peut agacer. Par sa méthode. «Bougrement intelligent, vif d’esprit ou habilement serpentueux», ses adversaires politiques reconnaissent néanmoins son talent. Lorsqu’il s’agit de le critiquer, les langues ne se délient qu’à l’intérieur de son propre terreau libéral-radical. Jalousie? Vieilles rancœurs d’un mariage forcé? Peut-être. Mais les reproches ne se font pas à visage découvert. Signe que le candidat dégage une certaine autorité?
La stratégie «Maudet» détonne sûrement, irrite parfois. Comme lorsqu’il bat la campagne à droite tout en menant une politique plus à gauche. Ou mène une politique de droite en gratifiant de lascifs clins d’œil l’électorat de gauche, comme lors des dernières élections au Conseil administratif. Quand ce n’est pas vers l’UDC, tantôt pestiférée, tantôt bienvenue si elle vote pour lui «parce que les voix n’ont pas d’odeur», dira-t-il sur les ondes d’une radio locale. Pierre Maudet veut gagner, qu’importe si le discours s’infléchit quelque peu.
Autre grief, n’user de son propre parti que pour servir des desseins personnels, à l’exemple du dépôt des listes. Pierre Maudet préfère placer en première position sa propre liste «L’action responsable pour Genève» que celle du PLR (en huitième place). Manque de tact à en croire les frémissements internes du parti.
Dernier reproche: celui de n’avoir même pas informé la magistrate chargée de la Police, Isabel Rochat, de l’aspect sécuritaire de son programme de candidat. «Pierre Maudet tire des droites et atomise ceux qui lui barrent le chemin. Sa carrière personnelle passe avant son propre parti», assène l’un des siens (libéral, toujours ayant requis l’anonymat), alors que d’autres préfèrent le voir comme quelqu’un qui «tire les autres avec lui».
Dans tous les cas, l’homme prend des initiatives, et les a prises tôt. Premier acte politique alors qu’il n’a que 11?ans: une lettre adressée au Conseil administratif pour solliciter la construction de rampes de skate-board. Quatre ans plus tard, alors que le Parlement des jeunes d’Onex a déjà vu le jour et qu’un autre émerge à Meyrin, Pierre Maudet participe à la création de celui de la Ville de Genève. Il en prendra la présidence pour le porter au niveau cantonal puis fédéral.
Première victoire pour le jeune Maudet, l’installation de distributeurs de préservatifs à 1?franc au sein des établissements scolaires du postobligatoire. «L’utilisation d’un seul préservatif suffit, les autres sont souvent utilisés comme des bombes à eau», argumente alors le collégien (titulaire d’une maturité classique, mention bien) dans les colonnes du Journal de Genève en 1994. Son flair politique est palpable.
Parmi d’autres «hauts faits», l’instauration de lignes de bus nocturnes ou encore la proposition d’«abandonner les mesures pénales envers les consommateurs et les dealers» de drogue, tout en s’attaquant aux «gros trafiquants». Position qu’il défendra en tant que rapporteur de commission. C’est aussi en tant que président de la Commission des finances du Municipal qu’il dénoncera le scandale du 25, rue du Stand. Quelques années auparavant, Pierre Maudet réunit 200?000 personnes sur la plaine de Plainpalais pour le passage au nouveau millénaire. Jamais avare en idées, souvent populaires, parfois audacieuses, à l’image de la proposition de fusion des cantons de Genève et de Vaud. Il essuiera là l’un de ses premiers revers cuisants. Ou encore de l’abandon de l’armée de milice, programme qu’il livre dans un petit fascicule de politique de sécurité suisse de 22 pages sous ce «modeste» intitulé: «Le vrai rapport».
Enfance sans aspérités
Une rencontre en Israël entre un père juriste vendéen (ex-séminariste jésuite mais converti au protestantisme) et une mère institutrice grisonne, voilà l’événement qui mettra au monde Pierre Maudet, il y a trente-quatre?ans. Avec son petit frère Ludovic (devenu médecin depuis, exerçant à Fribourg), il grandit à Champel. «Une éducation assez protestante, basée sur des valeurs comme la modestie, la pudeur et la franchise», déclare le cadet. Une enfance matricielle. Sans aspérités.
Un péché mignon tout de même? «Les cigares, mais pas en public, et le whisky. Un single malt , pas un blend », lâche le candidat. On est loin des failles et des vices.
L’hypercommunicateur
Sur le terrain, le maire de la Ville apparaît même exemplaire lorsqu’un incendie frappe un immeuble de la Jonction en janvier dernier. Le magistrat de tutelle des combattants du feu interrompt alors ses vacances «en famille», relate Le Matin, pour soutenir ses troupes en uniforme. L’opération est réussie pour celui qui retrouve sa photo en pleine page du quotidien. «C’est ça, le style maudet.com », commente le conseiller municipal MCG Carlos Medeiros, non sans une pointe d’ironie. Pierre Maudet n’est pas «parfois» en campagne, il est «toujours» en campagne.
L’ubiquiste candidat se retrouve sur tous les supports. Sur le Net (réseaux sociaux, blogs, page personnelle), qu’il sait activer à la veille d’enjeux électoraux. Par le biais d’un tous-ménages polissé, prenant soin de mettre en évidence son alliance lustrée. Document par ailleurs téléchargeable en haute définition sur son site, tout comme les marque-pages, les cartes postales ou les 47 pages qui constituent son «livre blanc» de campagne. L’approximatif est abhorré. Le too much ? Un leitmotiv.
Cela ne lui suffit pas, c’est également un homme de réseaux (Lions Club, Vieux-Grenadiers, Compagnie de 1602) et, on l’a dit, de terrain. L’agenda du candidat est impressionnant. Il suffit de constater avec quelle régularité il écume les communes. Pour «rencontrer les Genevois», dit-il. D’accord. Pour humer ou prendre le pouls? Sans aucun doute, même si les mots que Pierre Maudet lance à L’Illustré en avril 2011 donnent une tout autre saveur à ses actions: «Les voix, j’irai les chercher avec les dents»! On le croit.
La diagonale du fou?
L’arithmétique électorale pourrait mettre à mal son mordant: les chances de Pierre Maudet de caresser le cuir d’un fauteuil de conseiller d’Etat sont aujourd’hui estimées comme inférieures de quelque six points de pourcentage à celle de sa principale rivale, la socialiste Anne Emery-Torracinta.
Amputée des voix du Vert’libéral Laurent Seydoux et du soutien – fierté éphémère – de l’UDC au candidat Stauffer, plombée par un mariage sans amour entre libéraux et radicaux, par une Isabel Rochat frondée par ses propres troupes et une démission gênante de Mark Muller, la convalescente droite genevoise se raconte aujourd’hui comme un roman de Shelley: en pièces détachées.
Pour autant, il est erroné de penser que Pierre Maudet part tête baissée dans le combat pour l’accession au Conseil d’Etat. Le radical de peau mais libéral de raison n’est ni sauveur ni fou. Il calcule. Même si l’homme espère tirer profit de ces électeurs inscrits sur les bulletins «sans nom de liste», tant pis s’il ne gagne pas aujourd’hui: il sait que le véritable enjeu repose dans le renouvellement de l’Exécutif genevois en 2013. «Parce qu’au final, qu’importe de perdre la bataille quand ce ne sont que les guerres remportées qui comptent», pourrait dire celui qui semble avoir conçu sa vie comme une droite. Tracée au Rotring acéré et à la règle inoxydable en acier. «Ma première maîtresse, c’est la politique», avoue-t-il. Limpide.
Le grand débat
La Tribune de Genève organise un grand débat public le mercredi 30 mai à 20?h à Uni Dufour (auditoire U600, entrée libre) avec les sept candidats à l’élection complémentaire au Conseil d’Etat. (TDG)
Créé: 25.05.2012, 09h02
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La rédaction
26 Commentaires
L'article le dit, un parcours sans fautes ! Pierre Maudet a su faire ses preuves en Ville de Genève. Il est maintenant temps qu'il passe à un niveau supérieur. Répondre
Un opportuniste pur sucre comme le 99% de ses confrères. Répondre
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