Le peuple a refusé le projet Nouvel. Que va-t-il se passer?

Votation sur le MAHL’extension du Musée d’art et d’histoire a été rejetée à 54,3%. La Ville s’oppose à une simple rénovation.

De, g. à dr., Jean-Yves Marin, directeur du MAH, et Sami Kanaan, magistrat en charge de la Culture, hier à l’Hôtel de Ville.

De, g. à dr., Jean-Yves Marin, directeur du MAH, et Sami Kanaan, magistrat en charge de la Culture, hier à l’Hôtel de Ville. Image: Pierre Abensur

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Le peuple a tranché: il a refusé à 54,3% le projet d’agrandissement et de rénovation du Musée d’art et d’histoire (MAH) par l’architecte Jean Nouvel. La facture de 132 millions de francs devait être partagée par la collectivité et des privés, dont le partenaire Jean Claude Gandur (lire ci-dessous). Il n’en sera rien.

Depuis ce dimanche, seul un élément reste inchangé: l’état déplorable du bâtiment de la rue Charles-Galland. Alors, quid du futur? «Il n’y a pas de plan B que l’on puisse sortir du chapeau. La seule rénovation sans extension n’est pas une option», a fermement affirmé hier Sami Kanaan, magistrat de la Ville en charge de la Culture, lors de la conférence de presse du Conseil administratif. «Je refuse un musée dans le formol. Ce bâtiment n’est plus adapté aux besoins muséographiques actuels. Nous voulons, pour demain, un musée du XXIe siècle.»

La rénovation? 80 millions

Lors de la campagne, les opposants avaient justement présenté leur plan B, consistant en une rénovation-extension par étapes. Leur solution? Rénover d’abord, en couvrant le bâtiment et en creusant sous la cour. Dans un deuxième temps, ils imaginent étendre le MAH dans le bâtiment des Casemates, occupé par la Haute Ecole d’art et de design, puis sous la butte de l’Observatoire.

Pour les magistrats concernés, ces hypothèses restent irréalistes. «Se contenter pour l’heure de rénover n’a aucun sens, confirme Rémy Pagani, chef des Constructions et de l’Aménagement. On estime que cela coûterait environ 80 millions de francs. Les privés, qui auraient donc participé à une partie de cette facture, ne sont plus là. Investir une telle somme, en maintenant un musée dans sa conception de 1910, ce serait simplement du gaspillage.»

Que se passera-t-il dans les jours à venir? «Le corps électoral a parlé. Notre rôle, c’est de repartir et de faire des projets, réagit Rémy Pagani. Nous allons nous asseoir autour d’une table pour définir un nouveau programme, avec les personnes qui voudront se joindre à nous. Je présenterai un crédit d’études et un concours sera mis en place.» Les opposants seront-ils conviés à la discussion? «Il y aura des consultations à mener, souligne Sami Kanaan. Certains sont catégoriques sur un plan B, mais notre intention est avant tout de réfléchir aux missions d’un musée du futur. Le bâtiment devra être à leur disposition. Malheureusement, les clivages sont importants.»

Déjà des dissensions

Et les dissensions ne se font pas attendre. «Il est indispensable que le projet de restauration démarre le plus vite possible, a indiqué hier Robert Cramer, président de Patrimoine suisse Genève, membre du comité référendaire. C’est de la responsabilité du Conseil administratif que d’entretenir ses monuments. Nous pouvons nous mettre autour d’une table. Mais la première chose que nous dirons, c’est que nous ne pouvons pas différer cette rénovation.»

Le bâtiment risque-t-il de devoir fermer? «Nous allons établir un état des lieux pour voir si cela doit être envisagé», précise Sami Kanaan. En ce qui concerne le calendrier, une feuille de route devrait être présentée d’ici à l’été. Pour le reste, une seule certitude: à Genève, les dossiers n’ont pas pour habitude d’avancer rapidement.


Un résultat qui ne surprend personne

Le dossier avait tout pour terminer en eau de boudin. Prenez un homme d’affaires milliardaire qui a construit sa fortune dans le pétrole, un partenariat public-privé suscitant les indignations, le soupçon d’une ingérence du privé dans les affaires publiques. Ajoutez le recours à un «starchitecte» aujourd’hui connu avant tout pour ses dépassements de budgets, des coûts de construction jugés aussi exorbitants que sous-évalués (!), un patrimoine dont on a assuré qu’il serait saccagé. Tant qu’à faire, mêlez-y des alliances politiques contre nature, des fronts éclatés, des membres de l’Entente sortis du bois pour crier leur opposition à un projet «mal ficelé». Et puis des suspicions sur un appel d’offres biaisé il y a dix-huit ans, un projet revu à la baisse pour tenter de fédérer, quelques jalousies entre collectionneurs – les œuvres de Jean Claude Gandur auraient habillé les murs du musée durant 99 ans. Résultat? Le non concernant l’extension du Musée d’art et d’histoire s’est imposé sans surprise dans les urnes hier. A 54,3%? La baffe aurait pu être plus monumentale.

Les opposants ont eu beau répéter se trouver dans la peau d’un David luttant contre Goliath, l’addition extraordinaire, unique peut-être, des oppositions sur ce dossier leur a conféré une force démesurée. Le doute s’est instillé jusque dans l’esprit des plus convaincus. Face à cela, comment faire rêver les Genevois? Les partisans ont espéré de la part de la population une mobilisation contre un immobilisme trop familier dans le canton. Ils ont espéré que l’enthousiasme l’emporte sur la suspicion. Eh bien, non. Il s’agira de repartir à zéro. Un peu comme en 2001, quand le projet de Musée d’ethnographie sur la place Sturm a été refusé par le peuple. Un nouveau projet est né et a été inauguré avec enthousiasme. Treize ans plus tard…

A. V. (TDG)

(Créé: 28.02.2016, 19h30)

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