Santé
Des médecins genevois se rebellent contre les patients «mystère»
Par Sophie Davaris. Mis à jour le 24.10.2012 8 Commentaires
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Evaluation déficitaire
Pour le président de la Fédération des médecins suisses (FMH), on n’y est pas encore. «La formation continue, ce n’est pas rien, mais ce n’est pas encore un contrôle de qualité, considère Jacques de Haller. Depuis trois ans, nous essayons de mettre en place des mesures à la FMH, mais le message n’est pas facile à faire passer.» S’il n’a pas de solution miracle à proposer, il déplore que ses confrères considèrent le fait d’être docteur comme une garantie suffisante. «Petit à petit, ils devront se faire à l’idée que l’évaluation n’est pas un piège mais un moyen d’améliorer le système de santé. On ne peut pas à la fois exiger des médecins étrangers des critères de qualité lorsqu’ils viennent s’installer à Genève et refuser d’évaluer ses propres membres.»
Alors, quelles pistes envisager? Le Royaume-Uni vient d’imposer aux médecins une certification tous les cinq ans. «En Suisse, cela susciterait bien des remous. Un examen tous les dix ans devrait suffire, imagine Jacques de Haller. Il faudrait bien en examiner le contenu pour que cette évaluation soit utile et ne représente pas une complication administrative supplémentaire.»
En Suisse, les médecins ne sont pas évalués. Une fois diplômés, ils sont tenus de suivre une formation continue. «Ils doivent obtenir 80 crédits par an – trente heures de lectures propres et cinquante heures en assistant à des colloques ou des congrès, validés par les sociétés de discipline.» D’après le médecin cantonal Jacques-André Romand, ces sociétés vérifient auprès de leurs membres qu’ils ont bien obtenu leurs crédits – au rythme de 5 à 10% de médecins contrôlés par an.
Est-ce suffisant? «Je n’ai pas d’avis absolu sur la question», répond le professeur Romand, qui estime que «de manière générale, le système marche bien. Les patients ne sont pas captifs: ils peuvent choisir leur médecin. Or, il me semble qu’une bonne relation avec ses patients et un bon suivi des dossiers importent davantage que le fait de connaître le 25e médicament pour l’asthme.» Toutefois, l’idée de l’évaluation fait son chemin, selon lui, au sein de la nouvelle génération de médecins, peut-être plus ouverte à la critique que l’ancienne. S.D.
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Une bonne idée pour certains, une intrusion insupportable pour d’autres. Plusieurs médecins du réseau Delta se sont indignés à l’idée qu’un patient fictif puisse se mêler à leur clientèle habituelle dans le but de révéler d’éventuelles lacunes dans leur prise en charge. Ils se sont opposés au projet jusqu’à ce qu’il soit abandonné.
Il y a quelques semaines, le Dr Marc-André Raetzo, fondateur du réseau Delta (qui regroupe à Genève environ 300 médecins et 80 000 assurés), informait ses membres genevois qu’ils pourraient recevoir, dans leur cabinet, la visite d’un patient «mystère» asthmatique. L’acteur ne déclarerait la vérité qu’à la fin de la consultation. But de la démarche: amener chaque médecin à remettre en question sa pratique et à l’améliorer, par le biais d’une autoévaluation que chaque docteur pourrait garder pour lui ou renvoyer au réseau de manière anonyme. Présentée en assemblée générale, l’idée n’a reçu aucune objection. Dans la pratique, il en est allé tout autrement.
«La Stasi»
Plusieurs voix se sont élevées pour s’indigner, par le biais d’e-mails collectifs. Une médecin: «Nous avons tous trop de travail, perdre du temps avec ce genre de consultation n’est juste pas admissible; il s’agit d’une pédagogie de maternelle (…) une ingérence déplaisante.» Un autre docteur décrit «un malaise certain», craignant soudain de «voir en [ses] patients asthmatiques des agents de la Stasi». Une consœur voit dans le patient acteur «potentiellement une menace, car il/elle va déceler d’éventuelles lacunes dans mon anamnèse et mes recommandations. Qu’est-ce-qui sera fait de mon évaluation? Qui va voir «ce que j’ai raté»? Quel usage en sera fait? Etc.» Un autre médecin dit ne pas comprendre la démarche, allant selon lui «un peu au-delà des limites d’une formation continue» à laquelle il «participe toujours avec plaisir».
Trois jours après, le Dr Raetzo prenait acte de cette opposition et enterrait son projet. Aujourd’hui, il refuse de parler d’échec et défend ses pairs. Selon lui, les médecins ne redoutent pas de se remettre en question, ce qu’ils font régulièrement dans les cercles de qualité, ces réunions où chacun explique devant ses confrères comment il fait face à tel ou tel problème dans son cabinet. «Les gens parlent de leurs erreurs, ce qui était impensable il y a encore quelques années. Ce qui les dérangeait avec le patient mystère, c’est l’idée que leur relation avec leurs patients en serait modifiée. A chaque fois qu’ils recevraient un malade asthmatique, leur attitude aurait été changée.»
«Pas une mauvaise idée»
Certains médecins voient la chose autrement. «Le patient mystère? Ce n’était pas une si mauvaise idée, considèrent deux membres du réseau Delta. C’est vrai que ce n’est pas très agréable de se faire évaluer, mais il faudra bien que l’on y arrive. Certains pensent qu’un médecin ayant eu son diplôme n’a plus besoin d’être évalué. Pourtant, il ne suffit pas de dire que l’on est bon, il faut pouvoir le prouver. La formation continue et les cercles de qualité, c’est bien, mais cela ne suffit pas. De toute façon, l’évaluation nous sera imposée un jour ou l’autre.»
Malgré l’abandon de son projet, Marc-André Raetzo se dit «très content» car il estime avoir atteint son but: amener les médecins à réfléchir et à changer leur pratique. «L’évaluation n’a aucun sens si elle n’entraîne pas un changement. En soi, le jugement n’est pas un moteur de changement. Moi, je veux que les gens s’améliorent, pas qu’ils soient cloués au pilori.»
(TDG)
Créé: 24.10.2012, 20h30
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La rédaction
8 Commentaires
Tiens tiens ! mais de quoi les médecins ont-ils peur ?! Dans tous les métiers, on se fait évaluer, pourquoi pas les médecins ?! On fait souvent de la résistance quand on a quelque chose à cacher....! Pas bon signe tout cela. Répondre
Je travaille à l'hôpital et ............ à bon entendeur ! Commençons déjà par un cours de langue française et un cours de quelques heures d'informatique ( outil utilisé aux HUG) et cela aidera à améliorer la qualité de la prise en charges patients , tout simplement! Répondre
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