Casse en ville: une figure de la police paie les pots cassés

GenèveUne enquête administrative est ouverte à l’encontre du numéro deux de la police en raison de nouveaux éléments.

Christian Cudré-Mauroux, chef des opérations de la police genevoise.

Christian Cudré-Mauroux, chef des opérations de la police genevoise. Image: Lucien Fortunati

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Coup de théâtre dans une pièce que l’on croyait déjà jouée. Un mois et demi après la nuit d’humiliation infligée aux autorités par une quarantaine de Black Blocs souillant les murs genevois pour défendre la culture alternative, un autre monument est visé. Christian Cudré-Mauroux, chef des opérations, numéro deux de la police, a été suspendu de ses fonctions, comme nous l’avons révélé hier sur tdg.ch. Le magistrat chargé de la Sécurité, Pierre Maudet, a confirmé dans la foulée, par communiqué, avoir ouvert une enquête administrative à son encontre, étant en possession de nouveaux éléments.

Que reproche-t-on au chef des opérations, qui n’était pas aux commandes le soir en question? Christian Cudré-Mauroux aurait eu connaissance au moins la veille de la manifestation du 19 décembre de renseignements détaillés sur son déroulement, sur le nombre de casseurs et même sur certains objectifs visés, dont le Grand Théâtre ainsi que le commerce d’Eric Stauffer, député du Mouvement citoyens genevois (MCG).

Une version qui questionne

Le haut cadre n’en aurait pas tenu compte pour adapter au préalable le dispositif policier. Plus grave, on reprocherait à Christian Cudré-Mauroux d’avoir passé sous silence ces éléments, après-coup. Ce samedi-là, «nous nous attendions à la même typologie» que celle des trois autres manifestations non autorisées survenues durant les six derniers mois, avait-il expliqué dans nos colonnes. Une version également livrée par écrit à la cheffe de la police, Monica Bonfanti. Dans son rapport final transmis à Pierre Maudet et présenté aux médias le 11 janvier, elle expliquait que le manque de renseignements constituait le problème de base de cette affaire. Raison pour laquelle 31 policiers avaient été engagés sur l’événement, alors qu’il en aurait fallu 120 pour encadrer ce samedi-là 400 personnes noyautées par des dizaines de casseurs. Au total, 65 commerces et 21 immeubles ont été touchés par des tags ou des bris de vitres. Aucune arrestation n’a été réalisée jusqu’à présent.

Pourquoi la version officielle explose-t-elle maintenant? Un policier a défendu le travail fait par le renseignement lors d’une séance en présence du conseiller d’Etat. Dès lors, Pierre Maudet a demandé derechef un rapport complémentaire à Monica Bonfanti, reçu le 30 janvier. Christian Cudré-Mauroux a ensuite été convoqué le 1er février. Contacté, l’homme fort de la police n’a pas répondu à nos sollicitations.

«Cette sanction est disproportionnée»

«C’est avec stupeur que nous avons appris sa suspension, réagit Marc Baudat, président de l’Union du personnel du corps de police. Cette sanction est disproportionnée et cela ressemble à une condamnation avant l’heure. Il va servir de bouc émissaire.» Même crainte de la part du député MCG Jean Sanchez: «Je n’arrive pas à croire qu’un officier de sa qualité, le plus expérimenté de la police genevoise, ait pu faire une erreur d’appréciation du renseignement. D’autant plus qu’il a toujours choisi de mobiliser davantage de policiers sur un événement, au cas où.» Christian Cudré-Mauroux avait d’ailleurs un leitmotiv: «Il faut montrer sa force pour ne pas avoir à s’en servir.»

La situation s’est crispée ces derniers mois. «La police est fortement mise sous pression pour limiter les heures supplémentaires, ce qui pourrait expliquer la volonté d’économiser les ressources», remarque Jean Sanchez, ancien numéro deux de la police.

Cette affaire révèle une crise plus profonde. «L’appréciation du risque reposait quasiment sur ses épaules. Il n’y a plus assez de cadres à la police. Elle souffre actuellement d’une désorganisation liée à la mise en place de la nouvelle Loi sur la police», estime ce détracteur de la LPol. Pour toutes ces raisons, Jean Sanchez espérait la création d’une commission d’enquête parlementaire, balayée par le Grand Conseil. L’analyse post-trauma revient finalement à la Commission de contrôle de gestion. Ses travaux ne seront pas suspendus pendant l’enquête administrative, expose sa présidente, Sophie Forster Carbonnier (Verts). (TDG)

(Créé: 05.02.2016, 10h14)

Un homme fort et expérimenté

La suspension de Christian Cudré-Mauroux suscite la stupéfaction. «C’est un homme intelligent, raisonnable et pragmatique, qui faisait son possible lors d’événements pour assurer la sécurité, éviter de provoquer les manifestants, rassurer la population et le politique», exprime Me?Pierre Bayenet, qui n’a pas l’habitude de ménager la police. Très expérimenté, ex-patron de la gendarmerie, devenu chef de la police par intérim durant la crise du G8, actuel responsable du Groupement de maintien de l’ordre de sécurité publique du concordat latin, le policier aurait déjà pu partir à la retraite à 59?ans, mais avait décidé de rempiler. «C’est un homme à la personnalité aussi forte que ses compétences sont élevées, exprime un proche du dossier. Ceci lui vaut inévitablement son lot d’inimitiés.» S.R.

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