Les larmes de Pedro et le métier des bénévoles

L'EscaladeRécit d'une journée de ferveur, du côté bénévole

La foule applaudit tout le monde lors de cette édition particulièrement chaleureuse.

La foule applaudit tout le monde lors de cette édition particulièrement chaleureuse. Image: Georges Cabrera

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

A croire que la moitié du canton a mis son réveil à l’aube. Une déferlante humaine converge vers les Bastions à 9 h déjà. La place Neuve est noire de monde, les passerelles d’accès sont prises d’assaut, des flux continus de spectateurs surplombant le site et les Bastions qui n’en finissent pas de se remplir. On n’a jamais vu une telle foule, compacte et fervente, à l’entame de l’Escalade.

L’épicentre se situe comme à chaque fois aux abords de la rue de la Croix-Rouge. Les courses s’enchaînent à un rythme soutenu, les bénévoles sont partout aux affaires. Ils dominent par la taille les poussines au départ. Meneurs d’allure, escorte rassurante et consolatrice.

Pedro, 8 ans, pleure seul dans son coin. Le numéro de téléphone familial inscrit derrière son dossard le ramène dans les bras de ses parents. Gros coup de doute. «Pourquoi tu ne veux pas courir?» lui demande la dame en chasuble jaune. Réponse entre deux sanglots: «Parce qu’il y a trop de monde…» On le comprend, Pedro. Les mots de sa mère lui arrachent un sourire: le voici au départ, à lever les mains au milieu de ses camarades sur la musique de Stromae.

Ambiance de feu, les mines endormies se réveillent d’un coup. La voix du speaker fédère les énergies enfantines, tout en distillant ses ultimes consignes: «Est-ce que vous avez tous vos lacets bien attachés?» Acquiescement collectif: «Ouiiiii!» La suite, martelée en boucle, sert à prévenir les chutes: «Courez droit devant vous, ne vous bousculez pas.»

Les filles ont le départ plus discipliné que les garçons, pressés d’en découdre, piétinant d’impatience au pied des footballeurs américains formant la classique, mais drôlement nécessaire, ligne de protection. A l’arrivée, les rivalités se sont décantées. Les meilleurs sont loin devant. Les perdants retrouvent les larmes de Pedro. Gros coup de blues pour certains.

Les bénévoles, une fois encore, jouent les accompagnants sensibles jusqu’à la distribution des cadeaux (un petit sac à dos plié dans une pochette flanquée du logo de la course) et des inévitables bananes, fermes dans leur mûrissement, jaunes et belles comme cet adolescent aux cheveux couleur pop qui a rejoint cette armée de volontaires.

Ils sont plus de 1000 aux affaires, déployés sur tous les fronts, chaque année l’Escalade raffine dans l’anticipation. On a l’impression qu’aucun poste n’a été oublié. Organisation vraiment remarquable.

Dans l’aire d’arrivée, ils se serrent la main, se congratulent, le verbe clair et délié. Une camaraderie supérieure, comme la catégorie dans laquelle ils viennent de courir. L’élite montre l’exemple, pendant et après l’effort. Ces coureurs-là, garçons et filles, ont survolé les débats, profitant à plein de la ferveur populaire qui n’a pas fléchi tout au long de la journée. A 18 h, au moment où les retardataires achèvent leur dernier tour, la manifestation sportive prend des allures de carnaval. Les costumés de la course de la Marmite envahissent la place Neuve. Des ailes leur ont poussé dans le dos, des méduses éclairées coiffent leurs têtes, les corps s’effacent sous des déguisements de toutes sortes. C’est joyeux, inventif et drôlement applaudi. Ils sont près de 3000 inscrits dans cette catégorie où seule compte l’imagination. En queue de peloton, une vingtaine de participants en fauteuils manuels ou électriques. Foyer Handicap a envoyé son équipe, plus de 60 personnes et accompagnants. Une belle image pour clore cette édition d’exception de la Course de l’Escalade (TDG)

Créé: 04.12.2016, 21h37

Articles en relation

Tadesse Abraham, héros moderne d’une Escalade de feu

Course à pied La 39e édition a réuni près de 40 000 participants et plus du double de spectateurs. Au cœur de cette formidable liesse populaire, le coureur genevois a tenu une fois encore le rôle principal. Plus...

«Parti de rien, j’ai gagné mon Escalade»

Série vidéo Après huit semaines d’entraînement suivi en vidéo, j’ai participé pour la première fois à la course. Retrouvez le récit et le dernier épisode de notre série: «Deux mois pour participer à l'Escalade». Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Fête de la musique
Plus...