Des lanterneaux pour éclairer les fouilles de Saint-Antoine

Architecture Les lauréats du concours pour l’aménagement du site archéologique sont un bureau genevois, Atelier_Traces, et un espagnol, Estar.

<i>Lanterneaux</i> par le Genevois Philippe Ramseier d’Atelier_Traces, les architectes paysagistes de Saint-Jacques-de-Compostelle Stefano Ciurlo Walker et Aurora Armental Ruiz, du bureau espagnol Estar, et l’ingénieur civil lausannois Jean-François Kälin.

Lanterneaux par le Genevois Philippe Ramseier d’Atelier_Traces, les architectes paysagistes de Saint-Jacques-de-Compostelle Stefano Ciurlo Walker et Aurora Armental Ruiz, du bureau espagnol Estar, et l’ingénieur civil lausannois Jean-François Kälin.

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«Lanterneau, nom masculin qui désigne une petite cage vitrée au sommet d’un escalier pour l’éclairer par en haut.» Assorti d’un x pour le pluriel, le mot est désormais synonyme d’un nouveau projet de musée très réjouissant pour Genève, destiné à préserver et valoriser des vestiges archéologiques de première importance découverts sur le bastion Saint-Antoine, en face du collège Calvin.

Lanterneaux a valu au Genevois Philippe Ramseier d’Atelier_Traces, aux architectes paysagistes de Saint-Jacques-de-Compostelle Stefano Ciurlo Walker et Aurora Armental Ruiz, du bureau espagnol Estar, et à l’ingénieur civil lausannois Jean-François Kälin de remporter le concours d’architecture lancé par la Ville à l’initiative de Rémy Pagani le 23 août dernier.

Les lauréats ont été désignés hier parmi 91 candidats, à l’issue de trois jours de délibération à huis clos, par un jury sous la présidence de Marco Graber, concepteur du MEG. «Nous avons été séduits par la subtilité de l’approche architecturale, par la modestie et la sobriété du projet, ainsi que par une grande économie de moyens», commente Isabelle Charollais, vice-présidente du jury et codirectrice du Département municipal des constructions et de l’aménagement. Financé uniquement par la Ville, le concours a nécessité le vote d’un crédit de 1’230 000 par le Conseil municipal le 27 avril 2016.

Appel à la curiosité

Lanterneaux se compose de quatre constructions géométriques très simples, de dimensions différentes, qui semblent sortir de terre sur le bastion Saint-Antoine. Elles serviront de balises pour héler les passants et les inciter à glisser un œil à travers leurs ouvertures. Un appel à la curiosité, une invitation à découvrir ce monde caché sous nos pieds. Quatre phares qui, une fois n’est pas coutume, capteront la lumière du jour pour la braquer sur des pans d’histoire genevoise inscrits plus bas, dans les couches de terrain visitées par les archéologues depuis 2012 (lire ci-contre).

«Le thème architectural est particulièrement difficile, relève Isabelle Charollais, et impose de trouver une juste mesure entre magnifier un site d’une telle qualité et l’insérer dans l’environnement extrêmement délicat de la Vieille Ville. Il faut à la fois cacher et montrer, préserver et valoriser, protéger le patrimoine de la lumière et l’éclairer.» Au nom des lauréats, Stefano Ciurlo Walker explique que «les lanterneaux sont un moyen de mettre en valeur le patrimoine archéologique au cœur de la ville», une manière de focaliser l’attention du public sur le passé gaulois, romain, puis médiéval de Genève, «alors qu’en pénétrant sur le site, en bas, le visiteur aura une vision globale de cette strate de la ville».

Evocation des tombes

Extrêmement sobres, les lanterneaux font allusion à l’architecture funéraire et ne sont pas sans rappeler les mastabas de l’Egypte sous l’Ancien Empire. Une allusion pleine de sens, comme le rappelle Rémy Pagani: «Ce qui me touche particulièrement dans ces vestiges de Saint-Antoine, ce sont les tombes. Des Genevois qui ont vécu ici comme vous et moi sont enterrés sur ce site. Je trouve important de l’évoquer.»

Hommage aux défunts, mais aussi aux vivants. Le nouveau petit musée de Saint-Antoine s’inscrira dans le parcours culturel de la Vieille Ville et complétera l’offre de Genève. Une aubaine pour les touristes, et pour les habitants également. «L’aménagement paysager de l’espace public - les arbres, les matériaux, le sol - s’inscrit dans la continuité de la promenade Saint-Antoine, qui fonctionne très bien, lors de la Fête de la musique notamment», souligne Philippe Ramseier, architecte de l’Atelier_Traces primé.

Il faudra encore deux ans avant de mettre en œuvre Lanterneaux, puis dix-huit mois environ pour le bâtir. Les visiteurs, une cinquantaine au maximum à la fois, devraient pénétrer dans le nouvel espace muséal à fin 2020. Si tout va bien. Car pour l’heure, le financement du projet n’est pas complètement garanti. Les 12 millions que coûtera le nouveau musée seront en principe apportés par la Ville, l’Etat et par une Fondation privée dont la réputation de générosité n’est plus à faire. Mais, Rémy Pagani vient de l’apprendre, «Antonio Hodgers n’a pas réussi à convaincre ses collègues: l’Etat ne mettra pas d’argent dans ce projet». Il va donc falloir séduire les députés au Grand Conseil et se montrer convaincant: Lanterneaux représente un atout de choix pour Genève.

(TDG)

Créé: 27.02.2017, 18h59

«Aujourd’hui, je suis un archéologue heureux!»

Les architectes qui concouraient avaient pour mandat la mise en valeur d’«un gâteau archéologique exceptionnel», selon l’expression de l’archéologue cantonal Jean Terrier, d’«un patrimoine qui résume toute l’histoire de Genève et son évolution à travers son urbanisation». Il y a là des fosses remplies d’objets évoquant l’oppidum genavensis de la période gauloise (Ier s. av. J.-C.), un bâtiment romain, magasin ou entrepôt, dans lequel on vendait ou stockait du grain, datant du Ier s. de notre ère, des tombes paléochrétiennes remontant au IVe siècle déjà, les ruines d’une très grande église funéraire du Ve siècle consacrée à Saint-Laurent. Et pour terminer chronologiquement, l’empreinte des fortifications protégeant Genève du XVe au XVIIIe siècle, comme ce mottet de Saint-Laurent, une esplanade aménagée pour y installer des canons face à l’est, dont la terre a protégé jusqu’en 2012 les strates enfouies en dessous depuis des siècles.
«Aujourd’hui, je suis un archéologue heureux!» s’exclame Jean Terrier, cheville ouvrière des fouilles et ardent promoteur de leur mise en valeur. «3500 personnes ont déjà eu l’occasion de visiter le site. C’est de leur engouement qu’est venu le besoin de le valoriser.» Une pétition émanant des habitants de la Vieille-Ville avait en effet, en 2013, demandé la préservation du patrimoine archéologique. Elle l’a, selon toute évidence, obtenue.
P.Z.

Projets exposés au public


Tous les projets en lice lors du concours sont exposés jusqu'au 11 mars au Forum Faubourg, 6, rue des Terreaux-du-Temple. Visite commentée le jeudi 2 mars de 12h30 à 13h30.

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