Architecture
Les Journées du patrimoine font revivre d’autres Genève
Par Etienne Dumont. Mis à jour le 09.09.2012 1 Commentaire
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Samedi 9 heures. Nous sommes près de cent à faire le pied de grue devant l’Hôtel de Ville. «C’est trop de succès», feint de gémir Anastazja Winiger-Labuda, chargée de faire découvrir au public les escaliers de la Vieille Ville lors des Journées du patrimoine. Il faut dire que notre cicérone n’use d’aucun artifice. Elle reste l’une des rares à ne pas se servir d’un micro, tandis que la petite troupe avance, encadrée par la Protection civile
L’Hôtel de Ville, avec sa fameuse rampe, passe encore. Le public entre en revanche au chausse-pied dans l’ancienne Maison Micheli, reprise par la Ville, comme dans les degrés de la maison Turrettini, où les curieux guignent les noms des habitants sur les boîtes aux lettres. Le parcours tient du cours magistral. Il faut dire que les Journées, à Genève, ne font pas défiler le public aussi vite que possible comme à Paris, mais qu’elles entendent donner des explications détaillées. Il y a beaucoup de mots, posés parfois sur très peu de chose.
Plusieurs participants se retrouvent juste après, sur la Treille, afin de suivre David Ripoll, qui dispose, lui, de sa «sono» comme une pop star. C’est l’occasion de vérifier que le public de ces Journées est blanc et presque uniquement francophone. Il s’agit bien là d’une régression vers le passé, en des temps où la population restait plus homogène. Notez qu’il y a toujours eu des va-et-vient. Turrettini et Micheli, cela sent tout de même l’Italie…
«J’ai hésité à demander aux gens de se déchausser et à leur bander les yeux», explique David Ripoll. L’historien a finalement décidé de ne pas reconstituer La parabole des aveugles selon Bruegel. C’était pourtant une bonne idée pour faire sentir aux Genevois «la métamorphose du revêtement de sol du caillou au ciment». Il n’y a pas de menus sujets. Une petite foule regarde tantôt l’orateur tantôt ses pieds. Il y en a même qui prennent des notes. Nous nous situons en pleine évolution des mentalités. «Le sol, lié à la propreté, illustre bien les divergences de tolérance des habitants selon les époques.»
Le temps de traverser la cité, toute la cité, et me voici aux Acacias, devant l’ex-Usine Sicli. «Un joyau architectural», dit bien la brochure offerte par les Journées. Dans les années 1970, Heinz Isler y a posé un voile (ou une voile) de béton. Enfin classé, l’édifice aérien a été racheté par l’Etat. Il aura son rôle culturel à jouer dans le nouveau quartier Praille-Acacias-Vernets. On espère juste qu’il sera alors mieux environné. Déjà peu visible de la rue, l’édifice se dresse au milieu de pouilleries architecturales. Et la nouvelle banque Pictet, en face, peut difficilement faire figure de chef-d’œuvre actuel.
C’est Isabelle Claden qui parle de cet édifice. Il lui tient à cœur. Elle maîtrise parfaitement le sujet, mais son discours passe mal. C’est là où l’on constate à quel point les Journées s’appuient sur le verbe. La chose se vérifie plus tard, à l’école Saint-Jean. Cette grande bâtisse vient de se voir restaurée; les clefs ont été rendues en août. Elle est belle. Philippe Beuchat en parle bien. Et puis cela change d’entendre parler favorablement du bâti de la première moitié du XXe siècle (l’école date de 1915). Les architectes s’intéressant au patrimoine, qui ne sont souvent pas des marrants, semblent atteints de jeunisme aigu. Rien n’existe pour eux avant 1950!
Après avoir suivi cette restauration exemplaire, pour ce qui est de l’enveloppe extérieure du moins, on peut recommencer le dimanche. Le rendez-vous est fixé devant une allée de la rue Bergalonne. Il s’agit cette fois de découvrir sous la houlette de Gil Chuat ce qui subsiste des entrées peintes en faux marbre ou à décor d’oiseaux. Il n’existe pas de patrimoine mineur. «Si vous saviez ce que j’aime mon appartement», explique une jeune locataire, passant devant nous par hasard. «Il y a les moulures! Les parquets! Tenez! Si vous n’étiez pas si nombreux, je vous inviterais bien chez moi.» (TDG)
Créé: 09.09.2012, 17h53
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La rédaction
1 Commentaire
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