J’ai testé le docteur en ligne

Uberisation: épisode 4/6Sur Tondocteur.ch, on peut consulter un médecin par webcam.

En Suisse, il existe déjà des systèmes de consultation médicale en ligne.

En Suisse, il existe déjà des systèmes de consultation médicale en ligne. Image: Blend Images/Jose Luis Pelaez

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Allô docteur, bobo. Sortez vos webcams, on nous promet que la consultation médicale du futur, c’est sur le Web que ça se passera.

Aux Etats-Unis, l’application Heal permet aux patients de faire venir les médecins au bureau ou à domicile. En Suisse, rien de tel encore à notre connaissance. Mais il y a bien des fournisseurs de consultation médicale en ligne: l’historique Medgate, fondé en 1999, salarie ses médecins, qu’il forme à la télémédecine.

En revanche, le récent Tondocteur.ch, fondé en 2014 à Schwytz, s’appuie sur des médecins indépendants ayant leur propre cabinet. Ce service est remboursable par les assurances. Les utilisateurs peuvent recevoir sur leur smartphone ou leur ordinateur un certificat ou une prescription médicale. Les patients sont ensuite invités à commander leurs médicaments en ligne et à se faire livrer directement chez eux. Test.

Le prix

Les tarifs sont conformes aux recommandations officielles (TarMed), sachant qu’une téléconsultation, plus rapide (en moyenne douze minutes sur Tondocteur.ch), revient moins cher qu’une consultation en cabinet. A Genève, les dix premières minutes de téléconsultation sont facturées 25?fr.?57 (contre 34 fr. en cabinet). Un avis par écrit coûte en moyenne 105.50 fr. A ces tarifs, il faut ajouter des frais de service de 9?fr.?90, supportés par le patient.

L’inscription

Elle se fait très simplement par e-mail, il suffit ensuite de compléter un profil basique avec coordonnées et numéro de carte de crédit. A chaque connexion, nous sommes informés du nombre de docteurs en ligne disponibles pour téléconsulter par l’intermédiaire d’une webcam.

Le jour J

Le jour de notre test, il y a 65 docteurs en ligne, dont 17 généralistes, parmi lesquels un seul Genevois. La liste affiche les noms, une photo, les langues parlées, le tarif, la spécialité, le canton et la commune des médecins. Nous choisissons un généraliste neuchâtelois. Un message nous indique: «Tu es dans la salle d’attente… Le docteur est prévenu et va arriver.» Au bout de longues minutes, un deuxième message s’affiche. «Nous sommes désolés du temps d’attente et avons envoyé un SMS de rappel au docteur afin de lui rappeler ton attente. Selon notre expérience, certains docteurs sont plus rapides à répondre. Quitte cette salle d’attente et découvre les docteurs plus rapides ou demande une opinion médicale par écrit.» Nous quittons la salle d’attente virtuelle, mais le seul généraliste «rapide» disponible est au Tessin et ne parle pas français.

Après plusieurs essais infructueux étalés sur la semaine, il faut se rendre à l’évidence: on n’y arrivera pas. Nous nous reportons par défaut sur un «avis par écrit». Nous pouvons poser une question concernant un diagnostic, un traitement ou une opération. On nous demande notre âge, notre sexe, notre poids et des informations sur un éventuel tabagisme, une hypothétique allergie, un traitement en cours. Nous choisissons une question sur le traitement d’un rhume des foins, pour voir si l’on nous prescrira un corticoïde nasal. C’est un docteur fribourgeois qui nous répond de manière assez détaillée, cinq jours après. Il nous recommande notamment de «consulter un médecin pour asseoir le diagnostic d’allergie». ll nous conseille comme prévu de «remplacer les gouttes nasales habituelles par des sprays spécialisés de type Nasonex ou Avamys» mais ne nous fournit pas d’ordonnance. «Ces sprays doivent être malheureusement prescrits par un médecin, puisqu’ils contiennent un peu de cortisone.» En clair, il faut une téléconsultation, et pas un avis par écrit, pour obtenir une prescription.

L’envers du décor

Le site précise bien que «l’utilisateur est entièrement responsable de toutes les décisions concernant sa propre santé. Tondocteur.ch n’est pas responsable en cas d’erreur de diagnostic, d’un traitement incorrect et toutes les conséquences.»

Nicolas Emberger, responsable marketing, nous explique pourquoi nous n’avons jamais pu atteindre un docteur pour une téléconsultation. «C’est le médecin qui définit sa disponibilité. Le patient doit parfois attendre que le médecin se libère de ses obligations. Je vous le concède, le taux d’échec est élevé. Mais d’ici un à deux mois, nous allons proposer au patient de venir sur le site du docteur lui-même. On pense que ça motivera davantage les médecins.» Il réfute la comparaison avec Uber. «Tous nos médecins sont Suisses et reconnus par la FMH.» Tandis que Medgate sous-traite aussi ses services à des médecins allemands.

La préoccupation No 1 de ces pratiques pour Michel Matter, président de l’association des médecins genevois, «c’est l’usage des données. Voyez ce qui s’est passé avec le dossier médical en ligne en Valais: il a été ajourné pour des problèmes de sécurité. Ensuite, la télémédecine ne permet pas de faire une vraie anamnèse (ndlr: dialogue avec le patient sur l’historique de sa maladie) et auscultation. Si vous arrivez à montrer tout votre corps par webcam pour chercher un mélanome, bravo! Pour le patient hypocondriaque, ce sera sans doute très bien.»

A écouter aussi un épisode de l'émission Sonar de la RTS sur l'uberisation de la médecine et l'application SOS Médecins genevoise. (TDG)

Créé: 30.06.2016, 16h41

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