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Emploi

Les Hôpitaux universitaires de Genève refusent de promouvoir les frontaliers

Par Olivier Francey. Mis à jour le 15.02.2012 378 Commentaires

Bernard Gruson veut rétablir l’équilibre entre frontaliers et résidents genevois aux postes de responsable d’unité de soins

Bernard Gruson, directeur général des HUG: «Sur les 165 responsables d’unités de soins, 110 d’entre eux sont des frontaliers.»

Bernard Gruson, directeur général des HUG: «Sur les 165 responsables d’unités de soins, 110 d’entre eux sont des frontaliers.»
Image: Olivier Vogelsang (archives)

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Michel Charrat, président du Groupement transfrontalier européen, parle de discrimination. (Image: Lucien Fortunati (Archives))

Que pensent les présidents de parti de cette mesure?

Sans surprise, Eric Stauffer (MCG) approuve cette préférence de résidence. «L’analogie peut être faite avec les engagements. Il faut d’abord regarder sur le marché local, puis national et enfin européen. Je vais même plus loin. Chaque fois qu’il y a des frontaliers aux ressources humaines, il y a prépondérance d’engagement de frontaliers.»

Quant à Yvan Rochat (Verts), il avoue ne pas comprendre le besoin même d’avoir à communiquer sur ce genre de pratique. «Un peu de bon sens. Ceux qu’il faut nommer, ce sont les cadres les plus compétents, un point, c’est tout!»

«Intéressant, soutient Alain-Dominique Mauris (PLR). La mesure de favoriser des locaux prend son sens en période de crise économique. Mais attention aux effets pervers. Un Genevois forcé à s’exiler en France voisine pourrait en pâtir. Il faut donc réévaluer cette pratique le moment venu.»

Un point d’interrogation que soulève également Céline Amaudruz (UDC): «Tout dépend si l’on parle de pendulaires ou de frontaliers…»

«Absolument délirant», rétorque René Longet (PS) lorsqu’il en prend connaissance. Il qualifie le signal politique envoyé de mauvais, «surtout que le lieu de résidence n’a rien à voir avec la compétence des collaborateurs et que cela n’aboutira qu’à monter les uns contre les autres». (Image: Laurent Guiraud (Archives))

C’est un discours particulièrement explosif qu’a tenu vendredi dernier Bernard Gruson, directeur général des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Selon nos informations, alors qu’il s’adresse aux hauts cadres de l’administration de l’établissement lors d’une séance régulière d’information, le directeur déclare qu’il faut dorénavant éviter de nommer des frontaliers aux postes de responsable d’unités de soins. Une mesure qui détonne alors qu’au moins 40% des collaborateurs des HUG doivent effectivement traverser la frontière pour se rendre à leur travail. Certains cadres présents à cette réunion se déclarent par ailleurs «surpris», voire «franchement choqués» par la teneur des propos.

Contacté, Bernard Gruson assume et explique ce qu’il considère comme un devoir. «Je constate que sur les 165 responsables d’unités de soins, 110 d’entre eux sont des frontaliers. Certains collaborateurs qui résident à Genève s’en sont plaints. J’ai donc décidé de privilégier un retour à l’équilibre. Pour tout engagement, ce sera ma priorité. Ce n’est absolument pas de l’ostracisme, mais mon rôle de dirigeant d’arbitrer les insatisfactions.» Cette politique risque-t-elle de déplaire aux collaborateurs frontaliers? «Oui, je le sais, mais il en va de la cohésion sociale au sein de l’entreprise.»

Pour son directeur, il n’y a pas de lien entre cette annonce et la volonté du gouvernement genevois d’engager prioritairement des chômeurs. Une mesure prise en mai dernier – qui consistait à vérifier si un chômeur pouvait occuper un poste de travail à repourvoir avant de délivrer un permis de travail à un frontalier — et élargie seulement en décembre au Grand Etat (Services Industriels de Genève, Transports Publics Genevois, Hôpital cantonal ou encore aéroport). Pour Bernard Gruson, le message est clair: «A compétences égales, je souhaite que l’on désigne prioritairement des responsables d’unités de soins résidents du canton.»

Discrimination

Reste que les paroles du patron du premier hôpital universitaire de Suisse ne sont de loin pas passées inaperçues. Le SSP, syndicat majoritaire au sein de l’établissement, ne se prononce pas pour l’heure, «même si certains e-mails émanant de la direction ont déjà circulé parmi les militants». Lesquels se réuniront ce mercredi soir pour statuer sur d’éventuelles actions, annonce Corinne Beguelin, secrétaire syndicale. La réaction se veut plus tranchée du côté du président du Groupement transfrontalier européen (GTE), qui parle de discrimination. Michel Charrat ne comprend pas cette mesure: «Nommer des gens en fonction de leur lieu de résidence, c’est ignorer les qualifications professionnelles, c’est une absurdité! C’est aussi sanctionner les Genevois qui peinent à se loger ici. De plus, comment un cadre nommé de cette manière compte-t-il se faire respecter de ses subalternes? Il s’agit là d’une épuration.»

Dernier point, la légalité de la pratique. Pour le directeur du Département du droit du travail à l’Université de Genève, Me Gabriel Aubert, «définir le lieu de résidence comme critère pour des postes qui ne touchent pas aux tâches régaliennes de l’Etat m’inspire les plus grands doutes». (TDG)

Créé: 15.02.2012, 07h28

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378 Commentaires

Dominique Aigroz

15.02.2012, 11:15 Heures
Signaler un abus 34 Recommandation 0

Discrimination envers les frontaliers? Je rêve! Et qui se préoccupe de la discrimination contre les Suisses? Ne valons-nous pas au moins autant que ces gens? A quand une décision aussi courageuse au CHUV de Lausanne et dans les Hôpitaux Régionnaux? Mais je crains que le secteur hospitalier ne soit pas le seul à souffrir de discrimination anti-Suisses... Chapeau bas M. Gruson!! Répondre


Dark Blue

15.02.2012, 11:32 Heures
Signaler un abus 32 Recommandation 0

Est-il normal que des postes-clés à l’État (pas seulement aux HUG donc) soient occupés par des français alors que nous avons pléthore de personnes compétentes au chômage (et pas seulement des profiteurs, n'en déplaise à certains!). Il y a une politique de copinage assez nauséabonde. Et ce sont les mêmes qui critiquent et crachent dans la soupe. Répondre



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