A la grande mosquée, des jeunes se préparent au djihad

EnquêteUn Genevois de 20 ans, converti, a quitté sa cité pour partir en Syrie. Il côtoyait un groupe aux idées extrémistes qui fréquente la mosquée du Petit-Saconnex. Celle-ci se défend de fermer les yeux.

«Soit on lui a promis monts et merveilles, soit il a été menacé pour partir là-bas», confie la mère de D., parti en avril en Syrie. Le Genevois de 20?ans ne communique quasi plus avec ses parents, plongés dans l’angoisse.

«Soit on lui a promis monts et merveilles, soit il a été menacé pour partir là-bas», confie la mère de D., parti en avril en Syrie. Le Genevois de 20?ans ne communique quasi plus avec ses parents, plongés dans l’angoisse. Image: Georges Cabrera

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Des bougies consumées, des images de la Vierge posées sur la table du salon, et au centre, la photo d’un garçon mince, à l’allure branchée. Voilà quatre mois que le départ de D., 20 ans, obsède sa famille. Ce Suisse converti à l’islam a quitté au printemps sa cité genevoise pour se rendre en Syrie, avec une autre personne plus âgée, révèle l’enquête de la Tribune de Genève. Tous deux fréquentaient un groupe de jeunes radicalisés, liés à la mosquée du Petit-Saconnex. Or, nous avons appris que deux de ses trois imams sont fichés en France. Une note confidentielle de la police française datée du 18 août, en notre possession, sonne l’alerte. Le Service de renseignement de la Confédération (SRC) et la police judiciaire fédérale (PJF) ont lancé des investigations.

A lire:
  • Des fidèles dénoncent une gestion à la dérive
  • «J’étais chez des amis quand il m’a appelée pour me dire qu’il partait deux semaines en vacances au Maroc. Il m’a dit de ne pas m’inquiéter, qu’il m’en parlerait le soir même», raconte d’une voix cassée Carmen*, la mère de D. Ce soir d’avril, il ne l’a pas attendue, s’en allant dans la précipitation, sans prendre de vêtements, ni même sa brosse à dents. Ses précieux tapis de prière et sa djellaba blanche sont restés rangés dans sa chambre ordonnée, tapissée de livres sur l’islam. Majeur et sans emploi, D. vit chez sa mère, où il jouit d’une certaine liberté. «Je ne me suis pas inquiétée tout de suite parce qu’il a déjà fait des voyages à la dernière minute.» Catholique converti à l’islam depuis deux ans, D. a fait un pèlerinage en Arabie saoudite, à l’automne passé, et un séjour en Tunisie, en mars de cette année. Peu de temps après, il annonce donc s’envoler pour le Maroc. «J’ai reçu un premier message. Il disait qu’il faisait chaud, qu’il s’amusait bien.» Passé le 2 mai, plus de nouvelles.

    «Sa voix était morte»

    Très attentionné pour sa mère, D. ne répond toutefois pas à ses appels. L’inquiétude monte. Les parents tentent d’en savoir plus. Ils découvrent qu’il possédait trois lignes téléphoniques en Suisse. Grâce aux relevés obtenus auprès d’un opérateur, ils s’aperçoivent qu’il ne se trouvait pas au Maroc, comme il le faisait croire, mais en Turquie. En fait, il a choisi de partir depuis l’aéroport de Genève pour s’envoler directement pour Istanbul, selon nos informations. C’est la stupeur. «De la Turquie, on va en Syrie», s’angoisse son père, Jean-Luc*. D. aurait contacté un homme à Urfa, lieu de passage privilégié pour rejoindre la Syrie.

    Après trois mois de silence radio, son premier appel bouleverse ses parents. «Il m’a dit qu’il allait bien, mais sa voix était morte», lâche Carmen. Elle entend en toile de fond des personnes chuchoter. Peu loquace, D. justifie son long silence en prétextant avoir eu un problème. Son numéro indique «inconnu» et il refuse de dire où il se trouve.

    Peu après, le garçon envoie par Whats­App (application de messagerie) des dizaines de sourates du Coran à son père, lui dit qu’il travaille, en restant mystérieux. Ces éléments font craindre le pire à sa famille. «Pourquoi serait-il parti faire le djihad? Soit on lui a promis monts et merveilles, soit il a été menacé pour partir là-bas.» Sa mère se raccroche au fait qu’il détestait les armes et ne voulait pas faire l’armée. Elle se souvient de l’avoir questionné sur la guerre en Syrie. Sa réponse l’avait rassurée: «Les vrais musulmans ne font pas de mal à une mouche.»

    Mais le comportement de D. a changé en l’espace d’un an, constate sa famille. Son attitude en classe a éveillé les inquiétudes. Ses notes ont dégringolé et il a perdu sa place d’apprentissage en décembre dernier. En parallèle, l’élève au parcours scolaire chaotique a appris de façon boulimique le coran et l’écriture arabe. Il se rendait avec assiduité à la mosquée du Petit-Saconnex, pour prier jusqu’à trois fois par jour.

    «J’ai téléphoné à l’un des trois imams pour lui dire que mon fils avait disparu et demander son aide. Il m’a dit qu’il ne le connaissait pas, que ce n’était pas son problème. Il m’a mal répondu», confie la quinquagénaire, les yeux rougis. La porte est restée close. Elle n’a pas insisté.

    Noyau de jeunes radicalisés

    Que s’est-il passé entre les murs immaculés de la plus grande mosquée de Suisse? Là-bas, D. est plus connu sous le nom d’Abdullah. Il côtoyait dans ce lieu de culte un groupe de jeunes en rupture, souffrant de problèmes sociaux ou familiaux, ressassant des idées extrémistes. Des pratiquants qui les ont remarqués désapprouvent leur comportement, comme ce Genevois de 28 ans: «C’est un noyau de jeunes, discrets et prudents. Ils viennent de Genève et d’Annemasse.» Ils seraient une vingtaine. «Ils sont en perdition. Ils disent qu’il faut faire la hijra, soit l’exode vers un pays musulman. C’est une catastrophe…» déplore-t-il. Cela fait du tort à l’islam, regrette un croyant plus âgé. «Dans ce groupe, il y a des Suisses convertis, des Tunisiens, des jeunes issus des Balkans. Ils ne parlent qu’entre eux. C’est difficile de les aborder, remarque-t-il. On a déjà entendu une de ces personnes dire qu’elle voulait se venger des mécréants, des infidèles. Il y a quelques mois, on les a vus regarder des vidéos de Daech sur leur téléphone, dans la salle de prière. Maintenant, ils communiquent avec leurs copains partis en Syrie, un Suisse de Genève, Abdullah, et un Français ou Tunisien, Ramzi.»

    Les deux voyageurs sont restés en contact avec des connaissances. Comme ce Suisse converti: «Tout le monde sait à l’interne de la mosquée qu’ils sont en Syrie! réagit-il. Je savais qu’ils étaient favorables aux idées de l’Etat islamique, mais je ne pensais pas qu’ils partiraient. Ils m’ont envoyé plusieurs messages il y a un mois, par WhatsApp, Abdullah a évoqué l’idéologie de Daech, le fait que la vérité se trouve davantage là-bas qu’ici. Quelqu’un a reçu des photos de lui, que j’ai vues, où il pose avec le drapeau de l’Etat islamique. Je ne sais pas ce qu’il fait en Syrie. Ramzi lui ne combat pas, il dit qu’il travaille.»

    Ce noyau de jeunes radicalisés dispose d’un accès facilité à la mosquée, contrairement à d’autres personnes, qui s’en plaignent. Des réunions se tiennent parfois dans la salle de prière quand elle est vide, ainsi que dans les sous-sols, où se trouve notamment une salle de sport. Celle-ci dispose depuis peu d’une entrée directe depuis l’extérieur. Cette discrétion recherchée suscite beaucoup d’interrogations parmi les fidèles.

    La salle de sport relève de la «filière jeune», «projet de soutien à l’orientation et à l’insertion professionnelle pour les jeunes de la communauté musulmane», indique le site Internet de l’institution. Son responsable? Un Français converti, engagé comme imam en 2012, qui se fait appeler A. C’est un pseudonyme.

    Des contacts avec Merah

    L’homme aux allures d’adolescent, ayant étudié de 2003 à 2009 à Médine (Arabie saoudite), se nomme en fait J.A. Nous avons appris qu’il fait l’objet d’une fiche «S», pour «Sûreté de l’Etat», rédigée par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) en France. Ce qui implique un suivi de son parcours, de ses fréquentations, notamment à travers des contrôles inopinés. Ouverte en décembre 2012, cette fiche évoque un «individu susceptible d’appartenir à la mouvance islamiste radicale internationale». En clair, J.A. est considéré comme une menace potentielle pour la sécurité de l’Etat français. Installé aujourd’hui à Ferney-Voltaire, dans le Pays de Gex, le Toulousain apparaît dans le dossier judiciaire de Mohamed Merah, auteur de sept meurtres en mars 2012 commis au nom d’Allah. Tous deux ont été en contact quelques mois avant les tueries. Le numéro de portable français de J.A. figure au moins à sept reprises dans la liste des appels entrants et sortants du téléphone de Mohamed Merah, emprunté à sa mère, selon un document que nous avons pu consulter. J.A. a conservé des liens avec Toulouse, où il se rend régulièrement.

    Un autre imam, plus âgé, intéresse les services de renseignements de l’Hexagone: le Français F.T. Egalement converti, il a réalisé de longues études coraniques de 1993 à 2008 à Médine, avant d’être engagé à la mosquée du Petit-Saconnex. Il l’a quittée plusieurs mois pour vivre avec sa famille en Jordanie, avant de revenir. Aujourd’hui, il vit également à Ferney-Voltaire. Les renseignements français tiennent aussi à jour une fiche «S» à son sujet. Son intervention dans l’émission Temps Présent du 30 avril donne un aperçu de sa philosophie. A la question: êtes-vous pour ou contre la lapidation? Il répond «joker». Etes-vous pour ou contre la polygamie? «Joker» aussi. Des propos qui dérangent bon nombre de musulmans de Genève. Il faut rappeler que la mosquée, gérée par la Fondation culturelle islamique de Genève, applique le rigorisme wahhabite saoudien, sous la tutelle de la Ligue islamique mondiale, depuis sa reprise en main en 2007 (lire ci-dessous).

    La mosquée semble agir comme un aimant sur les esprits extrémistes. Un Tunisien connu pour avoir distribué l’an passé des corans sur la place du Molard à Genève, considéré comme une menace pour la sécurité intérieure de la Suisse et expulsé en janvier, avait fait un passage remarqué au 34, chemin Colladon. «Je l’avais vu porter un T-shirt avec un pistolet dessus. Il parlait souvent avec les jeunes pour les convaincre de faire le djihad», raconte un témoin. C’est à la même adresse que deux jeunes du nord de la France, A.K. et A.E.M, ont choisi de débarquer en mai, juste avant de prendre l’avion à Cointrin, direction la Turquie. Interceptés, les candidats au djihad ont été renvoyés en Suisse, puis en France. Un juge du pôle antiterrorisme a placé l’un d’eux en prison.

    D’autres problèmes sont évoqués par un habitué des lieux, qui se plaint d’un laisser-aller: «Des groupes se rassemblent et donnent des cours sans l’autorisation de la fondation. On ne sait même pas de quoi ils parlent. Les gens entrent ici et font ce qu’ils veulent.»

    La mosquée suspectée

    La situation devient sérieuse, au point que la France s’y intéresse. La Direction départementale de la police aux frontières (DDPAF) de l’Ain a émis il y a dix jours une note confidentielle de quatre pages. Objet: «Informations concernant des lieux de cultes musulmans de la région genevoise fréquentés par des Français radicalisés susceptibles d’être liés à une filière de recrutement en Suisse.» Le service a recueilli des éléments confirmant plusieurs points de notre enquête. Comme le départ de D. «En mars 2015, il se serait entraîné dans un camp au sud de la Tunisie. (…) En mai 2015, D. est parti à destination de la Turquie, en compagnie d’un Français, un certain Ramzi, sans autre précision. Courant mai 2015, les intéressés sont passés en Syrie.» Pour la DDPAF, la mosquée du Petit-Saconnex est au cœur du problème. Elle «jouerait un rôle de premier ordre dans l’organisation d’une filière djihadiste qui recruterait et enverrait de jeunes Français et Suisses en Syrie. Un des personnages clés de la filière serait l’imam A. (…).» Il est aussi fait mention de A.R., qui «serait «l’instructeur» des jeunes «recrues». Côté suisse, le SRC et l’Office fédéral de la police (fedpol) ne font aucun commentaire.

    «On ne ferme pas les yeux!»

    Prompte à contacter la police genevoise pour lutter contre un problème de deal à l’heure de la prière, la direction de la mosquée ferme-t-elle les yeux sur des aspects plus embarrassants? Pire, organise-t-elle l’endoctrinement de jeunes? Ahmed Beyari, directeur général de la FCIG, ex-ambassadeur, écarte les critiques. Il a entendu parler d’Abdullah et de Ramzi. «Je ne sais pas où ils sont partis exactement. Alors pourquoi aurais-je dû appeler la police? Je ne peux les accuser de rien. On ne ferme pas les yeux! Il n’y a pas d’endoctrinement de jeunes. Nous ne pouvons pas contrôler les 2500 à 3000?personnes qui viennent chaque vendredi à la prière. Si certains vont en Syrie, ce n’est pas de notre responsabilité. On n’est pas dans la tête des gens.» Et d’assurer que la mosquée «lutte contre ces idées extrémistes». Comment? «Nous n’invitons pas de personnes extrémistes à faire des prêches. Le radicalisme, le terrorisme, c’est contre l’islam.» Il défend le travail des deux imams français, qui «conseillent les jeunes pour leur enseigner un islam correct». Contactés, ceux-ci, ainsi que le troisième imam, n’ont pas retourné notre appel.

    Au cœur d’une histoire qui les dépasse, les parents de D., épuisés par leurs questions sans réponses, s’expriment dans l’espoir de «faire bouger les choses». D. se trouvait sur les écrans radars de la police depuis la fin de l’année passée, a appris son père. «Pourquoi ne lui a-t-on pas retiré son passeport? Pourquoi ne l’a-t-on pas empêché de prendre l’avion?» interroge-t-il. Pour Carmen et Jean-Luc, les «autorités suisses traînent» et «la police manque de moyens». «Je ne dors plus, je rumine, s’exaspère Jean-Luc. Je veux partir là-bas.» En Syrie, pour rechercher son fils. Carmen, elle, oscille entre culpabilité et désespoir. «Je crois le voir partout. Je ne peux plus rester à la maison, j’étouffe ici, confie-t-elle. L’islam est une belle religion. Je n’ai pas de haine, je ne sais pas qui détester, peut-être moi-même.» Alors pour se rassurer, elle brûle des bougies et a truffé son appartement de cactus. «Il paraît qu’ils absorbent les malheurs.»

    * Prénoms d’emprunts et identités connues de la rédaction



    Des fidèles dénoncent une gestion à la dérive


    Les critiques contre la fondation qui gère la mosquée du Petit-Saconnex s’accumulent depuis la crise de 2007.

    C’est un lieu très respecté par les communautés musulmanes, et pourtant, la grande mosquée de Genève suscite le malaise depuis des années, en raison de ses jeux de pouvoir, son opacité, sa vision rigoriste. La situation s’aggrave avec un phénomène de radicalisation de certains fidèles, selon notre enquête. Au cours de trois mois de recherches, une vingtaine de musulmans de tous âges ont accepté de répondre à nos questions, inquiets de voir cette institution à la dérive. Ils requièrent l’anonymat, craignant des ennuis ou des sanctions de l’Arabie saoudite, qui délivre les visas pour le pèlerinage à La Mecque.

    Rupture

    Emanation des musulmans de Suisse, la grande mosquée de Genève, inaugurée en 1978, a toujours été soutenue financièrement par l’Arabie saoudite. Sa reprise en main en 2007 s’est déroulée avec fracas: quatre employés ont été licenciés. La dernière crise remonte à 2012, lorsqu’un imam libyen a été remercié. Il était accusé d’avoir frappé un fidèle et traité des Marocaines de traînées. Aujourd’hui, «il n’y a aucune entente entre les employés de la mosquée. C’est un panier de crabes», observe un connaisseur. Ahmed Beyari, directeur général de la Fondation culturelle islamique de Genève (FCIG), qui gère la mosquée, est sous le feu des critiques, pour son laisser-aller et ses absences remarquées. «Ce n’est pas vrai, je viens tout le temps à la mosquée», rétorque-t-il.

    Imams

    Trois imams officient à la mosquée. Ils ont été désignés par la FCIG, avec le blanc-seing de la Ligue islamique mondiale, à La Mecque. Actuellement, deux Français convertis sont chargés des prêches, tandis qu’un Algérien a été mis sur la touche depuis un an, sans que l’on en connaisse les raisons.

    Prêche

    «Les imams ne sont pas du tout en phase avec la réalité que les musulmans vivent en Suisse. Il nous faut des personnes plus ouvertes, pas des rigoristes», soupire un quinquagénaire marocain, qui refuse de s’y rendre depuis deux ans. La prière du vendredi n’a pourtant pas perdu de son attractivité. «Beaucoup viennent ce jour-là pour faire leur devoir et repartent aussitôt.» Un Tunisien père de famille, lui, parle d’un acte militant: «Je tiens à y aller pour ne pas laisser certaines idées gagner du terrain.» Aucun dérapage n’est pourtant signalé dans les prêches. Le 14 août, l’un des imams français a même dénoncé le terrorisme. «C’est du jamais-vu», réagit avec surprise un habitué.

    Jeunes

    «Certains jeunes, qui ont déjà des idées radicales, interprètent mal le discours des imams en prenant les versets coraniques au pied de la lettre», regrette un pratiquant de 28 ans. La question de la responsabilité des imams se pose. Un jeune Suisse observe: «Il y a toujours eu des personnes aux idées extrémistes qui gravitaient autour de la mosquée. Avant 2007, un contrôle social s’exerçait. Il n’existe plus.» Son père déplore une dérive: «La radicalisation de certains nous inquiète parce que nous ne voulons pas que la Suisse devienne comme la France où les musulmans sont un problème. Si la mosquée ne clarifie pas les choses, elle va s’attirer les mêmes ennuis qu’en France.»

    Finances

    Le manque de transparence gêne nombre de nos interlocuteurs. Lorsque des musulmans questionnent la direction sur la destination des dons, la réponse est évasive. Idem lorsqu’ils cherchent à en savoir plus sur la démarche d’un Saoudien qui vient plusieurs fois par an pour collecter des fonds auprès des fidèles. «Notre comptabilité est très claire. Il y a des gens qui lancent des rumeurs. Une fois par mois, nous collectons de l’argent pour les réfugiés de la Syrie et parfois pour les Palestiniens», se défend Ahmed Beyari. Il faut savoir que depuis la création de la FCIG, ses comptes n’ont jamais été vérifiés par les autorités suisses. Pourtant, toute fondation de droit privé est soumise à une surveillance fédérale ou cantonale. Pascal Couchepin, alors conseiller fédéral, avait promis en 2008 que l’Autorité fédérale des fondations se pencherait sur son cas. C’est finalement l’Autorité genevoise de surveillance des fondations et des institutions de prévoyance qui a reçu le mandat… en novembre dernier. S.R.

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    (Créé: 28.08.2015, 07h15)

    Mots-clés

    «Ce n’est pas un cas d’autoradicalisation»

    Genève n’est pas épargné par la radicalisation des jeunes, au vu des éléments recueillis. Nous avons soumis le cas du jeune D., parti en Syrie, à Jean-Paul Rouiller, directeur du Centre genevois d’analyse du terrorisme.

    Qu’est-ce qui vous frappe dans le profil du Genevois D., parti en Syrie?

    Dans l’éventail des profils de voyageurs du djihad que nous connaissons, D. est un cas particulier. Son processus de radicalisation montre que tout son parcours semble fixé dans une communauté soigneusement délimitée. Son utilisation des réseaux sociaux est à l’image de ce qui précède: rare et réservée. Il n’y a ni volonté ni intention prosélyte. C’est là un changement notoire avec plusieurs cas antérieurs connus et répertoriés.

    Que dire sur la façon dont D. s’est radicalisé?

    Ce n’est pas un cas d’autoradicalisation. Le milieu dans lequel il a baigné est un détonateur. Dans ce «microcosme», le sport joue un rôle prépondérant, comme ce fut le cas à Winterthour ou à Toulouse au moment de l’affaire Merah, en 2012. Les services de renseignement français soulignaient alors dans une note que «la mouvance salafiste toulousaine s’engageait dans une action militante de base visant à investir le tissu associatif culturel, éducatif et sportif». Le parcours de D. illustre bien ce mode de faire. Ce qui laisse penser que certaines villes suisses se trouvent aujourd’hui dans une position similaire à celle de villes françaises il y a trois ans.

    Comment analysez-vous la situation au sein de la mosquée du Petit-Saconnex?

    Plus que la mosquée, ce qui frappe c’est l’utilisation ciblée, délibérée, d’une infrastructure précise par des individus qui sont au clair quant à leurs motivations et aux méthodes employées. Le cas de D. interpelle sur le contrôle – ou l’absence de contrôle – exercé par les responsables de cette mosquée sur certains espaces qu’ils gèrent et mettent à disposition.

    Comment expliquer que D., qui se trouvait sur les écrans radars de la police il y a plusieurs mois, n’ait pas été empêché de partir?

    Pour répondre, il faudrait avoir une idée de ce que les services de renseignement savaient à l’époque. Ne disposant pas de cette information, je renverrai à un cas récent: le Ministère public de la Confédération a fait arrêter un jeune à l’aéroport de Zurich, alors qu’il s’apprêtait à partir en Syrie. Mais il n’a pas été mis en détention car on n’avait rien à lui reprocher. Il faut rappeler qu’en Suisse, le Code pénal limite la possibilité d’agir de manière préventive.
    Propos recueillis par S.R.

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