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Patrimoine dévoilé

Grand déballage en France: les Genevois pas emballés

Par Fabiano Citroni. Mis à jour le 16.04.2013 23 Commentaires

Après l’affaire Cahuzac, les ministres français veulent jouer la carte de la transparence. Hier soir, ils ont publié leur patrimoine. A Genève, l’opération ne convainc pas les politiciens.

Rémy Pagani, Emilie Flamand, Sami Kanaan, Céline Amaudruz, Ivan Slatkine et Béatrice Hirsch. Tous ces élus genevois, situés à gauche, au centre ou à droite de l’échiquier politique, se montrent très critiques ou assez sceptiques face au grand déballage du patrimoine des élus à la sauce française.

Rémy Pagani, Emilie Flamand, Sami Kanaan, Céline Amaudruz, Ivan Slatkine et Béatrice Hirsch. Tous ces élus genevois, situés à gauche, au centre ou à droite de l’échiquier politique, se montrent très critiques ou assez sceptiques face au grand déballage du patrimoine des élus à la sauce française.
Image: DR

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Les parlementaires doivent-ils dévoiler leur patrimoine?





Douloureux effeuillage des ministres français

Ministre de l’Environnement, Delphine Batho a gagné la course au membre du gouvernement français le plus pauvre. C’est elle qui présente le plus mince patrimoine avec quatre comptes bancaires d’un montant total de 16 601 euros et 89 centimes et des biens mobiliers assurés pour 93 700 euros. Elle n’a ni voiture ni appartement.

Cette compétition a été déclenchée par le président François Hollande qui, après l’affaire Cahuzac, a exigé que le patrimoine de ses ministres soit publié. Ils devaient donc apparaître parmi les moins nantis, compte tenu de l’impopularité des riches en France.

Le grand perdant est donc le plus riche, à savoir le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius avec son patrimoine de 6,07 millions d’euros constitué d’un appartement à Paris et de deux maisons en province.

Cette publication n’est qu’un premier effeuillage d’un douloureux strip-tease, de nombreux ministres ayant craint d’être jetés en pâture. Mercredi, le gouvernement discutera d’un projet de loi qui étendra aux parlementaires et aux présidents des collectivités territoriales l’obligation de rendre public leur patrimoine.

Ce projet suscite la colère de maints députés et sénateurs – angoissés à l’idée d’être pris en flagrant délit de richesse – à droite mais aussi à gauche. Ainsi, le président socialiste de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, s’est-il élevé dans Le Figaro contre cette mesure: «Déclarer, contrôler, sanctionner, c’est de la transparence. Rendre public, c’est du voyeurisme.»

Les députés de l’opposition de droite, l’UMP, ont des mots particulièrement durs à l’égard de cette divulgation. Henri Guaino, l’ancienne «plume» du président Sarkozy, envisage carrément de quitter la vie politique si ce projet de loi est voté. Le président de l’UMP Jean-François Copé adopte le même ton et refuse de dévoiler son patrimoine, sauf si la loi l’y contraint: «Pauvre France! On va créer une échelle de Richter des élus les plus riches.»

Toutefois, plusieurs députés de l’UMP, dont François Fillon, ont publié leur patrimoine sans y être encore obligés. Faut-il y voir une expression de la vertu ou une manœuvre des partisans de Fillon pour mettre en difficulté leur ennemi interne Jean-François Copé?

Les Français semblent apprécier cette transparence puisque selon les sondages entre 63 et 77% d’entre eux l’approuvent.

Jean-Noël Cuénod, Paris

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Combien vaut la maison du premier ministre français, Jean-Marc Ayrault? Quel ministre a acheté un appartement à Paris d’une valeur de plus de 2,5 millions d’euros? Quel membre du gouvernement roule en Peugeot 407? Trouver la réponse à ces questions est un jeu d’enfant. Depuis hier soir, une simple visite sur le site Internet du gouvernement français permet de découvrir le patrimoine des 37 membres du gouvernement et du premier ministre. Une opération de transparence décidée au plus haut sommet de l’Etat pour restaurer la confiance entre le monde politique et les citoyens après l’affaire Jérôme Cahuzac – l’ancien ministre du Budget, démasqué pour avoir caché de l’argent dans notre pays.

Alors qu’en Suisse, les parlementaires fédéraux ne sont tenus de dévoiler que leurs liens d’intérêt, à Genève, ce grand déballage tricolore n’emballe personne. Les plus pondérés des treize politiciens qui nous ont répondu se montrent «dubitatifs». Les plus excessifs dénoncent une opération «ridicule et grotesque». «Mettre les élus à poil ne résoudra pas les problèmes des Français, estime Ivan Slatkine, chef du groupe libéral au Grand Conseil. François Hollande fait diversion au lieu de chercher à comprendre la raison pour laquelle les gens fuient le fisc.»

«Laver plus blanc que blanc»

«Le président Hollande lance une opération mains propres. Il veut laver plus blanc que blanc, confie Christina Meissner, cheffe du groupe UDC. Mais dévoiler le patrimoine ne donne aucune indication sur la probité d’un ministre. Pendant quinze ans, je me suis privée de vacances et j’ai investi 600 000 francs dans ma maison. Ça ne dit rien de moi pour autant!» Présidente de l’UDC, Céline Amaudruz abonde dans ce sens: «Je me moque de savoir si un ministre a un tableau de valeur dans son salon. J’attends de lui qu’il gouverne correctement. Cette opération est grotesque.»

«Une fuite en avant»

Et elle est dangereuse, selon Charles Selleger, chef du groupe radical. «Que dévoilera-t-on après le patrimoine? Le bulletin de santé et l’orientation sexuelle? Les données personnelles ne disent rien de l’action politique. Les décisions de François Hollande sont mystérieuses pour les Français. Et incompréhensibles pour les Suisses.» Président du PLR, Alain-Dominique Mauris dénonce «la fuite en avant» du président Hollande, qui essaie de rattraper «la trahison d’un ministre. Mais cette mesure absurde ne sert à rien si ce n’est à satisfaire la curiosité des gens.» «Curiosité malsaine et démarche démagogique», ajoute Vincent Maitre, chef du groupe PDC.

Plusieurs politiciens pensent que le président français est «à côté de la plaque». Béatrice Hirsch, présidente du PDC, estime ainsi que si François Hollande veut prouver que le cas Cahuzac est isolé, «il devrait alors coller le fisc aux fesses de tous ses ministres». Pour elle, cette opération de transparence montre surtout que la gauche française «a un problème avec l’argent. Dans ce pays, on dirait que ça fait sale d’être riche.»

«Acte symbolique»

Conseiller administratif socialiste en Ville, Sami Kanaan tente de prendre de la hauteur et rappelle que «dans un contexte de méfiance, cet acte est symbolique». Le magistrat ne le soutient pas pour autant: «Ce strip-tease intégral n’est pas utile. L’important n’est pas d’être riche ou de ne pas l’être, mais de respecter les règles.» Problème, on peut dévoiler son patrimoine tout en fraudant le fisc: «S’il était encore ministre, Cahuzac aurait fourni des données mais n’aurait sûrement pas fait état de son compte caché, relève Romain de Sainte Marie, président du PS. Cette opération vise à jouer la carte de la transparence, mais elle risque de passer pour de la poudre aux yeux, hélas.»

Maire de Genève, Rémy Pagani (Ensemble à Gauche) y voit surtout «une intrusion radicale dans la sphère privée. Pour moi, les affaires politiques s’arrêtent au seuil de ma porte.» Respectivement présidente et cheffe du groupe des Verts, Emilie Flamand et Sophie Forster Carbonnier sont plus nuancées. Les deux élues se disent favorables à plus de transparence en politique. «Mais dévoiler le patrimoine ne semble pas la mesure la plus pertinente. Faire la lumière sur le financement des partis paraît plus judicieux. Les citoyens ont sûrement envie de savoir si des partis reçoivent de l’argent des assureurs, par exemple. Cette transparence pourrait expliquer certaines prises de position sur l’assurance maladie.» (TDG)

Créé: 16.04.2013, 07h44

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23 Commentaires

Albert Campion

16.04.2013, 09:18 Heures
Signaler un abus 74 Recommandation 1

Ils déclarent à peu près tous des vielles voitures. Sans doute vrai, parce qu'ils n'ont absolument pas besoin de voiture personnelle ! Ils ont voiture avec chauffeur fournis par la république et utilisables en tout temps. J'imagine qu'il en va de même pour le reste de leur biens. Un peu comme le pape, qui ne possède rien, absolument rien, mais qui vit luxueusement. Bref, du pipo. Répondre


Marguerite Favre

16.04.2013, 08:35 Heures
Signaler un abus 55 Recommandation 9

Pour que les déclarations soient "crédibles" il faudrait que les ministres mariés sous le contrat de séparation de biens, dévoilent également les biens des épouses ! Trop facile de tout mettre au nom de l'épouse et dire..moi. ? mais je possède...3x rien ! Répondre



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