Le gérant est acquitté, l'Etat devra lui verser 2 millions

Affaire Madoff à GenèvePersonne ne pouvait déceler la fraude de l'escroc américain, estime le tribunal. L'Etat passera à la caisse.

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L’ex-directeur de la société genevoise Optimal Investment Services (OIS), qui a perdu 3 milliards de dollars investis par ses clients dans un fonds Madoff, a été acquitté par le Tribunal de police. La juge Alexandra Banna a estimé qu’il était impossible de détecter la fraude «sophistiquée» du financier américain.

Une gifle pour le Ministère public genevois et le procureur Marc Tappolet. Car non seulement le gérant de fortune de 55 ans est totalement blanchi, mais il reçoit aussi plus de deux millions de francs de l’Etat de Genève pour ses frais de procédure, sa perte économique et son tort moral.

La croisade la plus chère

Son avocat, Me Saverio Lembo, réagit: «Mon client est heureux de cet acquittement car il lui restitue, après sept ans de procédure, sa dignité, celle d’un homme honnête et intègre.» L’homme de loi relève au passage que «cette croisade idéologique coûtera plus de deux millions de francs au contribuable genevois».

La juge commence par écarter de la procédure l’unique plaignant, qui a perdu quelque 100 000 francs dans cette affaire. Elle souligne que le fonds lié au financier star de Wall Street était un fonds de nature «spéculative», destiné à des investisseurs «sophistiqués». Dans le prospectus qui leur était destiné, les risques étaient explicités. Ils étaient avertis qu’ils pouvaient perdre leur mise. Ces investisseurs-là devaient être «capables de prendre des risques».

Avant son arrestation, en décembre 2008, Bernard Madoff, fondateur du Nasdaq (le premier marché boursier électronique), jouissait «d’un grand prestige». La confiance à son égard était totale et celle qu’avait placée en lui le gérant de fortune genevois «légitime». Ceux qui pouvaient investir chez Madoff «se sentaient privilégiés». Aucun contrôle n’a jamais pu mettre en doute la «respectabilité» du financier américain. «On ne saurait reprocher au prévenu d’avoir choisi Madoff», conclut la juge.

La SEC (gendarme américain de la régulation des marchés) n’a jamais détecté de fraude malgré les mises en garde répétées de l’analyste financier Harry Markopoulos. Ce dernier affirmait que les rendements fournis par Madoff étaient impossibles sans escroquerie. Personne ne l’a écouté. La magistrate souligne encore une fois que la tromperie était indétectable car Madoff avait créé tout un système informatique pour déjouer justement les contrôles. La société OIS a, selon elle, respecté son devoir de «due diligence» (contrôle approfondi) à l’égard des investisseurs. Elle souligne que dès 2011, les juges espagnols sont arrivés aux mêmes conclusions, puisque OIS est liée au groupe bancaire espagnol Santander.

Pas de bonus démesurés

Le prévenu ignorait la fraude et n’a jamais touché de commissions de Madoff. Quant à son salaire et à ses bonus (de 3 à 4,7 millions par an), elle ne voit pas en quoi ils sont excessifs comme le prétend le procureur. Ils ont été fixés par le patron du prévenu, la banque Santander, «rien ne permet de dire qu’ils sont démesurés», affirme la magistrate. Elle ajoute: «Tout travail mérite salaire.»

Elle note que le prévenu a subi sept ans de procédure. Son nom et sa photo ont été affichés dans tous les médias. Il a été associé à l’escroc Madoff. Le procureur Tappolet a ordonné le séquestre de ses avoirs, cinq ans après son inculpation, pour faire simplement pression sur lui… Des «atteintes inutiles au crédit et à la vie familiale du prévenu».

Non seulement il sera acquitté, mais il recevra également 15 000 francs de tort moral ainsi qu’un million de francs pour ses frais de défense et un million supplémentaire pour son dommage économique. Des sommes avec intérêt à 5% dès 2012, qui seront versées par l’Etat genevois. «Mon client sait gré au tribunal de l’avoir entendu», indique pour finir Me Lembo, qui déplore «l’acharnement absurde» du procureur. (TDG)

Créé: 11.12.2015, 18h24

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