Face aux nouvelles menaces, la police s’équipe et revoit sa tactique

SécuritéPrincipale nouveauté: les gendarmes seront dotés de fusils d’assaut militaires et de casques balistiques protégeant des balles. La doctrine d’engagement a aussi changé.

Principale nouveauté: les gendarmes seront dotés de fusils d’assaut militaires et de casques balistiques protégeant des balles. La doctrine d’engagement a aussi changé.

Principale nouveauté: les gendarmes seront dotés de fusils d’assaut militaires et de casques balistiques protégeant des balles. La doctrine d’engagement a aussi changé. Image: Pierre Abensur

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La police genevoise entre dans une nouvelle ère. Celle qui voit des forcenés tirer dans la rue, des bandits armés jusqu’aux dents faire le coup de feu et des terroristes partir dans des délires sanguinaires. Si Genève est encore largement épargné par ces violences, il n’en est pas pour autant à l’abri. Raison pour laquelle les forces de l’ordre veulent s’adapter à ces nouvelles formes de violences.

Début juin, la police a obtenu du Grand Conseil un crédit de 5,5 millions de francs. Cette somme lui permettra de s’équiper pour faire face à ces menaces. Principale nouveauté: les gendarmes seront dotés de fusils d’assaut militaires et de casques balistiques protégeant des balles.

Ce nouvel armement n’est que la pointe de l’iceberg. La doctrine d’engagement a aussi changé et conduit les policiers, dans certains cas, à intervenir sans attendre pour éviter d’éventuels carnages.

Les rues seront-elles sillonnées par des policiers surarmés prêts à faire le coup de feu? «Non, l’image du policier ne changera pas», insiste Pascal Braihier, capitaine et chef des unités spéciales de la police. Casques et fusils resteront dans les voitures de patrouille. Ce policier expérimenté nous a expliqué ce qui va changer, en compagnie de Monica Bonfanti, commandante de la police, ainsi que de Guy Reyfer, directeur support et logistique.

1. Doctrine d’intervention

Une nouvelle doctrine d’intervention a été mise en place: celle du primo-intervenant. Jusqu’alors, en cas d’événement violent, la police bouclait le secteur et appelait les unités spéciales qui intervenaient. Ce mode de faire reste adapté en cas de prise d’otages, mais il ne l’est plus quand un forcené tire à tout va dans la foule. «Car plus le temps passe, plus il y a de morts», relève Monica Bonfanti. Dans ce cas, les premiers policiers arrivés sur place ont pour mission d’intervenir afin de neutraliser au plus vite l’assaillant. Pour justifier cette doctrine d’engagement «offensive», la police mentionne les actes terroristes, mais aussi des événements qui se sont passés à Genève, comme le hold-up de Thônex en 2011 durant lequel les voleurs ont tiré à la mitraillette et utilisé des explosifs. «Il y a trente ans, quand un braqueur était interpellé, il se rendait facilement, relève Pascal Braihier. Aujourd’hui, il est surarmé, entraîné, et n’hésite pas à tirer sur la police. Nous nous adaptons.»

Cette doctrine policière nécessite de former les forces de l’ordre. «Depuis trois ans, des modules de formation dits Amok sont dispensés», explique Pascal Braihier. Et la notion de primo-intervenant est censée désormais faire partie du bagage mental du policier de base.

2. Nouvelle arme: le fusil

Cette nouvelle tactique nécessite d’autres armes, estime la police. Aujourd’hui, le policier dispose d’un pistolet personnel et, dans la voiture, d’un pistolet-mitrailleur. «Ces armes sont efficaces jusqu’à 20 et 30 mètres, relève Guy Reifer. Au-delà, nous n’avons pas de moyen d’intervenir. Or, en cas d’attaque terroriste avec des explosifs, la zone de sécurité s’établit entre 50 et 80 mètres.» Le fusil d’assaut permet d’intervenir au-delà puisqu’il a une portée d’au moins 100 mètres.

La police prévoit l’achat de 150 de ces fusils, dès 2018. Trois cantons alémaniques ont déjà fait ce choix. A cela s’ajoute l’acquisition de 300 pistolets-mitrailleurs pour renouveler le stock actuel, vieux de quarante ans et considéré comme obsolète.

3. Meilleure protection

La police veut aussi mieux se protéger. Elle va acheter des gilets pare-balles de la dernière génération. «L’équipement actuel est obsolète et encombrant au point que des agents hésitent à les enfiler», relève Guy Reifer. Le nouveau modèle présente un gilet léger, auquel peut s’ajouter une couche adaptée aux situations extrêmes. La protection personnelle sera complétée par des casques balistiques. De plus, le crédit prévoit l’achat de dispositifs pour arrêter des véhicules dangereux (on pense au camion de Nice) ainsi que des containers blindés mobiles pour protéger les agents en intervention. La police va encore récupérer un vieux camion de la voirie pour transporter le matériel des unités d’intervention. Enfin, la panoplie est complétée par un système de drones.

(TDG)

Créé: 18.06.2017, 18h49

Le choix des munitions fait polémique

La munition susceptible d’être utilisée pour les fusils suscite la polémique, Ensemble à Gauche dénonçant l’usage de balles contraires au droit international (lire nos éditions du 12 juin). Il faut savoir que les fusils militaires utilisent des balles blindées qui ont pour but, en traversant les corps, de blesser plutôt que tuer, ce qui engorge les équipes sanitaires. Il existe aussi des balles à expansion qui, en s’ouvrant à l’impact, causent de blessures beaucoup plus importantes.

Pour ses pistolets et ses pistolets-mitrailleurs, la police genevoise, comme la plupart des polices cantonales, utilise depuis 2007 des munitions «à expansion contrôlée». «Celles-ci s’ouvrent légèrement à l’impact, mais beaucoup moins qu’une balle du genre Hollow-point», explique Monica Bonfanti. Cette munition a l’avantage de neutraliser la «cible», sans ressortir du corps avec le risque de blesser d’autres personnes. Elle réduit aussi les risques de ricochet. Quelles seront les munitions des fusils? Lors de l’étude du crédit au Grand Conseil, l’usage des balles expansives a été évoqué. En tous les cas, la munition intermédiaire telle qu’utilisée pour les pistolets n’existe pas pour les fusils. La police devra choisir entre balle blindée ou déformante. «Pour l’heure, le choix de la munition n’a pas été fait, assure la cheffe de la police. Nous ferons une pesée d’intérêts.» Et Pascal Braihier de renchérir: «En tous les cas, les fusils ne seront utilisés qu’en situation extrême et selon des règles d’engagement très précises.» EàG craint qu’en cas de tir manqué, ces balles fassent davantage de dégâts sur les civils.

Quant à la Déclaration de La Haye à laquelle se réfère EàG, elle a été signée en 1899. Selon Monica Bonfanti, ce traité concerne les Etats en guerre et non pas les polices cantonales. Elle ajoute qu’il a été établi sur la base de l’état des armes à feu il y a plus d’un siècle et de la compréhension rudimentaire de la balistique des plaies de l’époque.

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