Des escaliers grandioses ont été imaginés pour relier la haute et la basse ville

UrbanismeJusqu’en 1850, seuls trois escaliers reliaient la vieille ville. Il y en a aujourd’hui 19. Un ouvrage raconte l’émergence de cet élément architectural.

Ci-dessus, le projet de jardin en terrasse, à l’image des Jardins du Trocadéro à Paris, envisagé sous le Musée d’art et d’histoire par l’architecte Marc Camoletti.

Ci-dessus, le projet de jardin en terrasse, à l’image des Jardins du Trocadéro à Paris, envisagé sous le Musée d’art et d’histoire par l’architecte Marc Camoletti. Image: DR

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On le bénit quand il nous offre un raccourci, mais on le maudit dès lors qu’il nous fait suer. Il se construit de bas en haut mais il s’entretient de haut en bas. L’escalier est sujet aux paradoxes. Banal et étonnant à la fois, cet élément architectural unique a éveillé la curiosité de l’urbaniste genevoise Marie-José Wiedmer. Elle vient de lui consacrer un ouvrage collectif. Un chapitre entier est dédié aux marches qui relient la vieille ville à la basse ville, recensées pour la première fois. L’occasion aussi de se replonger dans quelques projets colossaux qui n’ont jamais vu le jour.

Dix-neuf escaliers

Dix-neuf. C’est le nombre exact d’escaliers qu’Alain Viaro, architecte et auteur du chapitre, a recensés autour de Saint-Pierre. A première vue, ils se ressemblent tous. Gris et en pierre. Fidèles à l’esprit calviniste. On dirait presque qu’ils font corps avec la colline. A croire qu’ils ont émergé avec elle.

On le sait pourtant, les apparences sont trompeuses. Le dicton vaut pour les marches genevoises. «Les escaliers de la vieille ville sont en réalité une invention récente, souligne Alain Viaro. Jusqu’en 1850, il n’y avait pratiquement que des rampes qui permettaient de monter sur la colline à cheval avec des charrettes.»

Trois passages font figure d’exception au début du XVIIIe siècle. La Pélisserie, la rue des Barrières et les célèbres Degrés-de-Poules, entre le bas du Bourg-de-Four et la cathédrale. Ces trois escaliers figurent déjà sur le plan Billon datant de 1726-1728. L’ancienneté des premiers se reconnaît à leurs larges marches adaptées au passage des chevaux. La construction a depuis été rénovée et la moitié du perron ajustée à notre foulée.

Route sous la vieille ville

Comment sommes-nous passés de trois à dix-neuf ouvrages aujourd’hui? «La démolition des fortifications s’accompagne dès le milieu du XIXe siècle d’un débat sur le désenclavement de la colline de la vieille ville», explique Alain Viaro dans l’ouvrage. Tout un tas de projets de rénovation pour ce quartier réputé insalubre voient alors le jour. De nouvelles voies de communication sont imaginées. Notamment un tunnel sous Saint-Pierre, entre la Fusterie et la place Neuve. «Nous n’avions pas peur de la folie des grandeurs à l’époque», plaisante l’auteur.

Entre 1910 et 1940, pas moins d’une dizaine de projets d’escaliers sont esquissés dans ce périmètre. «On a complètement revu l’accessibilité de la vieille ville», résume Alain Viaro. Certains plans sont grandioses. Comme derrière l’Alhambra. Des architectes projetaient d’y construire une descente monumentale avec une arche et une place en surplomb. «Il y avait à cette époque une volonté de faire de la vieille ville une forme d’acropole, détaille Alain Viaro. Comme la vue depuis la place Neuve offrait déjà une telle perspective, l’idée était de reproduire cela côté lac.»

«Jardins du Trocadéro»

Un autre projet d’envergure est envisagé au début du XXe siècle: un jardin en terrasse qui descend vers le lac depuis le Musée d’art et d’histoire. «Un peu à l’image des jardins du Trocadéro à Paris, illustre l’architecte. C’était une manière de mettre en valeur les bâtiments assez typiques des villes européennes.»

Mais à Genève, le projet ne se concrétisera pas. Comme pour la plupart des escaliers magistraux envisagés à cette époque, son coût est jugé trop onéreux. «Beaucoup de projets ont ainsi dû être fortement revus à la baisse», détaille Alain Viaro. Mais pour le Genevois, la raison financière n’explique pas tout. «Ces projets n’étaient pas dans l’esprit protestant, confie-t-il. Les instances politiques n’ont pas osé se lancer. Mais cela, aucun document ne permet de le prouver.»

____________________________________________________________ «L’escalier au fil du Rhône» Ouvrage collectif sous la direction de Marie-José Wiedmer.

(TDG)

Créé: 21.04.2017, 17h36

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