Les émissions de lumière ne cessent d’augmenter

EnergieMalgré les nouvelles technologies et les efforts consentis en matière d’éclairage public, les émissions de lumière sont en constante hausse.

Genève la nuit. A l’exception de quelques pharmacies, les enseignes et les vitrines des commerces sont unanimement éclairées, les publicités scintillent et les lumières de certains bureaux restent allumées.

Genève la nuit. A l’exception de quelques pharmacies, les enseignes et les vitrines des commerces sont unanimement éclairées, les publicités scintillent et les lumières de certains bureaux restent allumées. Image: Lucien Fortunati

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Il suffit de déambuler dans les rues du centre-ville la nuit pour se rendre compte de l’ampleur du phénomène. Alors que les douze coups de minuit ont sonné et que les badauds se font rares, Genève brille de mille feux. Et pas seulement durant les fêtes de fin d’année. A l’exception de quelques pharmacies, les enseignes et les vitrines des commerces sont unanimement éclairées, les publicités scintillent et les lumières de certains bureaux restent allumées.

En Suisse, les émissions de lumière ont ainsi augmenté de 70% depuis les années 90. Cela se voit. «La pollution lumineuse est en constante augmentation», observe Olivier Pavesi, responsable de l’unité éclairage et mobilier urbain connecté des Services industriels de Genève (SIG). Ce constat, l’ingénieur l’a fait en analysant les résultats du projet «La nuit genevoise vue du ciel», première cartographie nocturne du canton. Publiée en 2015, elle a été réalisée grâce à des vols de nuit. «Les clichés montrent que les nuisances lumineuses sont extrêmement importantes et visibles», déplore-t-il.

Potentiel de réduction

La lumière artificielle nocturne ne complique pas seulement le travail des astronomes, contraints de s’exiler toujours plus loin des villes pour observer les étoiles. Elle a aussi des effets sur la santé humaine (troubles du sommeil ), la biodiversité et l’environnement, comme le montrent de nombreuses études (lire ci- contre). Côté positif, l’impact de l’éclairage nocturne en matière de sécurité est souvent mis en avant. «Qu’il s’agisse des enseignes lumineuses des commerces ou de l’éclairage à l’intérieur des bâtiments, le potentiel de réduction est gigantesque», poursuit Olivier Pavesi, rappelant que près de 20% de la consommation électrique du canton est dévolue à de l’éclairage nocturne. «Si les enseignes étaient éteintes entre minuit et 6 heures du matin, les économies d’énergie seraient de l’ordre de 50% à 60%», calcule l’expert des SIG.

Projet de loi en 2014

En France, les bâtiments, les vitrines et les enseignes doivent être éteints dès 1 h du matin par mesure d’économie d’énergie. La loi, entrée en vigueur en 2013, n’est pas toujours bien appliquée. Certaines communes suisses, dans les cantons de Vaud, de Fribourg ou encore du Tessin, ont pris des initiatives similaires visant à supprimer l’éclairage «inutile».

Genève aussi y a pensé. En 2014, un projet de loi ficelé par des députés socialistes proposait de limiter l’éclairage nocturne des bâtiments non résidentiels entre 1 h et 6 h du matin ainsi que les procédés de réclame lumineux. «La majorité de droite du Grand Conseil s’y est opposée», se rappelle le député Vert François Lefort. Il se demande pourquoi «on ne stocke pas plutôt cette électricité au lieu de la gaspiller».

Les représentants des milieux économiques et touristiques étaient, eux, venus dire en commission pourquoi ils ne voyaient pas d’un bon œil ces limitations. Les positions n’ont pas changé. «Ne pas illuminer une ville donne l’impression qu’elle est morte», note Blaise Matthey, directeur de la Fédération des entreprises romandes. Philippe Vignon, directeur de la Fondation Genève Tourisme & Congrès, renchérit: «Dans un contexte de concurrence exacerbée entre les villes européennes et de commerces en difficulté, Genève doit renvoyer l’image d’une cité animée et attractive.» Les deux hommes admettent toutefois que le «bon sens» devrait prévaloir quand les rues se vident.

Des efforts consentis

Tout n’est pas si noir. De nombreux efforts ont été consentis ces dernières années. «Les grandes entreprises, notamment dans le secteur industriel, ont pris conscience du problème et ont agi en conséquence», assure Blaise Matthey. De manière globale, la consommation d’électricité est en baisse dans le canton. Celle liée à l’éclairage public a diminué de 24% entre 2008 et 2014. Les technologies ne cessent de s’améliorer. Peu à peu, l’éclairage dynamique (en fonction de la fréquentation) se met en place. Quatre mille communs d’immeubles ont été assainis, des détecteurs de mouvement installés. Les très gourmandes lampes à vapeur de mercure ont été remplacées par des LED. Et l’expert des SIG Olivier Pavesi de conclure: «Il s’agit d’initiatives qui ne coûtent pas cher, qui sont extrêmement simples à installer et qui permettent d’obtenir des gains considérables.» (TDG)

Créé: 26.12.2016, 16h33

«L’éclairage nocturne a plusieurs effets néfastes»

Arnaud Zufferey est le coordinateur pour la Suisse romande
de Dark Sky Switzerland, organisation qui s’engage depuis vingt ans déjà pour la réduction de la pollution lumineuse.

En quoi l’éclairage nocturne pose-t-il problème?

L’éclairage nocturne a de multiples effets néfastes. En premier lieu, il a un impact sur la santé humaine. Plusieurs études ont montré que la lumière artificielle engendre des troubles du sommeil. Une partie de la production d’hormones dans le corps humain dépend de l’alternance entre le jour et la nuit. Or, ce contraste a tendance à s’estomper.

La lumière artificielle a également des effets sur l’environnement et la biodiversité.

Hélas oui. La disparition croissante de l’obscurité nocturne déséquilibre les écosystèmes. Les oiseaux migrateurs nocturnes sont perturbés dans leurs déplacements. D’autres animaux qui se reproduisent uniquement de nuit ne parviennent plus à le faire. Les lampadaires attirent des insectes nocturnes, tels que les coléoptères, qui deviennent ainsi des proies faciles. A l’inverse, les chauves-souris peinent à se nourrir. Quant aux plantes, elles fleurissent plus tôt et peuvent être victimes du gel.

Dark Sky Switzerland a été fondée par des astronomes amateurs. Ou faut-il aller si l’on veut observer le ciel et voir les étoiles?

Il faut s’éloigner le plus possible des villes. Aller à la montagne par exemple. De nombreux observatoires situés en plaine ont dû fermer leurs portes ces dernières années en raison de la pollution lumineuse. Selon une récente étude américaine, 80% de la population mondiale et 60% des Européens ne peuvent plus voir la Voie lactée.
T.A.

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