Une élève dans les pas de Frankenstein à Genève

TourismePour son travail de maturité, Augusta Dunsterville a publié un petit guide pour visiter la ville à travers l’histoire de Mary Shelley.

Augusta pose devant «sa» créature à Plainpalais. «Dommage qu’il n’y ait pas de plaque explicative pour raconter son lien avec Genève…»

Augusta pose devant «sa» créature à Plainpalais. «Dommage qu’il n’y ait pas de plaque explicative pour raconter son lien avec Genève…» Image: Georges Cabrera

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«Je suis né Genevois et ma famille est l’une des plus distinguées de la République.» Ces mots sont ceux de Victor Frankenstein. Lui et sa créature sont liés à la région. Parce qu’il a passé son enfance dans la cité, parce que c’est à Cologny que Mary Shelley a imaginé son roman; parce que Genève est le théâtre de la révolte de la créature. Alors qu’on célèbre le Bicentenaire de l’œuvre Frankenstein ou le Prométhée moderne, une collégienne a produit un guide pour visiter Genève dans les pas du savant. Il a été édité par la Fondation Bodmer.

Son nom pourrait être celui d’une héroïne de roman du XIXe siècle: Augusta Petronella Dunsterville. Mais elle est bien réelle, a 19 ans et est collégienne à De Staël. Pour son travail de maturité – projet de fin d’études – elle a mêlé littérature, histoire et tourisme. «Dans ma famille, on adore Mary Shelley. Lorsque j’ai su que 2016 marquerait le Bicentenaire de Frankenstein, j’ai pensé que c’était l’occasion de faire un travail autour de l’œuvre. Et éventuellement d’être publiée, c’était l’un de mes rêves, tout comme d’être tenniswomen!» rigole la pétulante étudiante.

L’idée d’un livret-guide s’impose: «En Angleterre, ça se fait souvent de visiter une ville à travers un personnage. Oxford est la ville d’Alice au pays des merveilles, Londres de Sherlock Holmes. Genève est incontestablement la ville de Rousseau. Mais aussi celle de Frankenstein, or peu de gens le savent. J’ai voulu montrer cette Genève-là.» Genève, ville de Frankenstein? «En 1816, c’est un refuge pour beaucoup d’intellectuels exilés, dont Lord Byron chassé d’Angleterre, notamment pour avoir eu une relation avec sa demi-sœur.»

Le Lord s’installe à Cologny, rejoint par le poète Percy Shelley et Mary Godwin, future Madame Shelley. «Le soir du 16 juin 1816, tous sont réunis à la villa Diodati, c’est là que tout commence.» Lord Byron lance un concours littéraire: chacun doit imaginer une histoire de fantôme. Un creuset pour Mary qui, les semaines suivantes, façonne son histoire de créature. Et invente un nouveau genre littéraire, la science-fiction.

Le comte de Falkenstein

La visite guidée imaginée par Augusta cible plusieurs lieux, dont la Vieille-Ville. «La famille Frankenstein faisait partie de la haute société genevoise, il est fort probable qu’ils y habitaient.» Elle présente le Collège Calvin, les fortifications qui agacent Victor – «la fermeture des portes m’avait rendu très fastidieuse ma résidence dans les murs de Genève» – ou encore le Tribunal. «Quand le frère de Victor est tué par la créature, c’est la servante qui est accusée, rappelle Augusta. Elle est mise au cachot dans la prison de l’Evêché puis meurt sur l’échafaud à Plainpalais. Je trouvais intéressant d’expliquer le fonctionnement de la justice à cette époque.»

La visite se poursuit à Cologny, puis à l’auberge de Sécheron dont il ne reste aujourd’hui que des dépendances dans le parc Mont Repos. Victor Frankenstein a été contraint d’y dormir, à cause des portes fermées. «En 1777, l’empereur Joseph II d’Autriche y est aussi descendu. Le livre des hôtes nous apprend qu’il voyageait incognito sous le nom de «comte de Falkenstein». De là à penser qu’il a inspiré Mary Shelley, qui y a aussi séjourné, il n’y a qu’un pas!»

Augusta présente encore le cimetière des Rois, «Victor va voir où reposent son frère et ses parents. C’est certainement au cimetière des Rois car c’était le seul de la ville jusqu’en 1850.»

«J’ai réalisé un rêve»

Pendant près d’un an, l’étudiante s’est plongée dans le livre de Shelley, a relevé les passages genevois, documenté l’histoire des lieux. Elle a pu compter sur «l’aide incroyable» des archives d’Etat – «je les adore!» – et du Département de l’aménagement pour élaborer les cartes. Une fois son guide terminé, elle a contacté une maison d’édition et Genève Tourisme. Sans succès. C’est finalement la Fondation Bodmer qui lui a proposé de le publier. Elle et Payot le proposent à la vente. Augusta conclut: «J’ai pris énormément de plaisir et j’ai réalisé un rêve!» (TDG)

Créé: 12.06.2016, 17h48

Célébrations

Pour fêter le Bicentenaire de l’œuvre, la Fondation Bodmer retrace sa genèse à travers une exposition à Cologny jusqu’au 9 octobre. Des conférences, des projections et des débats sont organisés en collaboration avec l’Université de Genève, la Fondation Brocher à Hermance, et les cinémas du Grütli.
Le programme sur:www.frankenstein.ch

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