Ebola: rentrés d’Afrique, deux médecins racontent

EpidémieLa lutte contre le virus est épuisante, témoignent deux spécialistes des HUG. Revenus en février, ils reprennent peu à peu leur travail.

Alexandra Calmy et Manuel Schibler sont de retour après avoir lutté contre Ebola en Sierra Leone.

Alexandra Calmy et Manuel Schibler sont de retour après avoir lutté contre Ebola en Sierra Leone. Image: P. Ronga

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Alexandra Calmy et Manuel Schibler sont spécialistes des maladies infectieuses aux Hôpitaux universitaires de Genève. Ils ont passé le mois de janvier dans le centre Médecins sans frontière d’isolation des malades d’Ebola de Freetown, la capitale de Sierra Leone. Revenus le 1er février, ils ont été mis sous surveillance pour une durée de vingt-et-un jours et reprennent progressivement leur travail aux HUG. Tous deux ont revu leur premier patient mercredi.

Quel travail avez-vous effectué à Freetown?
Alexandra Calmy: La plus grande partie de notre travail consistait à soigner les patients atteints d’Ebola, dans les tentes qui leur étaient réservées. Une autre activité importante consistait à organiser et effectuer les consultations des nouveaux arrivants, et à confirmer ou infirmer le diagnostic de maladie à virus Ebola.
Manuel Schibler: Nous avons pris le relais d’autres médecins expatriés en arrivant et l’avons passé à d’autres à la fin du mois. Ces missions sont courtes parce qu’elles sont difficiles. Pour un médecin, le maximum est de six semaines.

Quelles mesures d’hygiène deviez-vous respecter?
M. S.: Pendant toute la mission, dès le moment où on met le pied dans le pays concerné, on applique la «no touch policy»: personne ne se touche. On ne serre pas la main au personnel de l’hôtel ni à ses collègues. On procède à de fréquents nettoyages des mains à l’eau chlorée. La majorité du matériel est à usage unique, donc jetable. Enfin, rien de ce qui entre dans la zone à risque ne peut en sortir, même un stylo. Après avoir pris des notes pour les dossiers médicaux, il fallait qu’une autre personne les prenne en photo, à distance.

Comment est organisé le centre MSF de Freetown?
A. C.: Ebola impose une logistique extrêmement impressionnante: plus de 400 personnes travaillent dans le centre afin d’assurer son fonctionnement, pour un nombre d’environ cinquante patients. Nous étions cinq médecins expatriés et 90 infirmières et aides-soignantes locales. Il ne faut pas oublier tous les autres corps de métier nécessaires à l’organisation de ce camp, notamment les hygiénistes, qui font un travail de l’ombre essentiel.

Quel travail assurent-ils?
A. C. et M. S.: Toutes les chambres ont un sol en dur. Les hygiénistes les nettoient chaque jour au chlore et brûlent tous les déchets souillés par les patients. Ils retirent aussi les corps des personnes décédées. C’est un travail extraordinairement difficile et éprouvant physiquement. Il y a des nuits avec quatre ou cinq décès.

Des patients que vous avez suivis sont décédés?
A. C.: La moitié. (Silence). Beaucoup de monde parle d’Ebola, mais la maladie reste mal décrite, méconnue. On ne sait pas quel est le meilleur moyen de soigner les patients. C’est un champ encore en friche et difficile à explorer. On est souvent dans l’inconnu, dans le doute. C’est extrêmement frustrant. Parfois, on est même en colère de ne rien pouvoir faire pour quelqu’un qui va mourir alors qu’il a 18 ans et qu’il devrait être en pleine santé.

Comment se passaient les contacts avec les patients?
A. C. et M. S.: Des infirmières locales nous aidaient à communiquer et nous avons appris les bases du créole local. Au début, la combinaison intégrale était un obstacle. D’une part, elle met un frein à une communication humaine et spontanée. D’autre part, quand on n’a pas l’habitude, il est difficile d’être à l’aise dans cette tenue. Mais je crois que nous avons réussi à dépasser cette barrière initiale. Une tente était équipée d’un couloir vitré, qui permet de communiquer avec notre visage à découvert. Nous pouvions aussi voir certains patients à l’extérieur en gardant une distance de deux mètres.

Quelles précautions prenez-vous depuis votre retour?
M. S.: On vit normalement, si ce n’est qu’on prend notre température deux fois par jour et qu’on surveille nos symptômes. Nous reprenons notre travail progressivement. J’ai vu mon premier patient mercredi, deux semaines et demie après mon retour.
A. C.: On se protège aussi de la grippe épidémique environnante: ses symptômes pourraient être confondus avec ceux de l’Ebola. A Genève, nous sommes surveillés et non mis en quarantaine, comme dans d’autres cantons (ndlr: en décembre, un médecin vaudois a été isolé vingt-et-un jours). C’est quelque chose que nous apprécions. Mais nous sommes suivis et nous nous surveillons pour ne pas être un danger pour la communauté. Je limite les contacts avec les malades, mais je vis ma vie à l’hôpital normalement. Cela consiste surtout à faire avancer des travaux de recherche et à organiser la gestion de notre équipe après une longue absence. Quelques patients que nous connaissons bien ont accepté des consultations dans ce contexte.

(TDG)

Créé: 19.02.2015, 19h46

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