Après dix ans, les antinucléaires mettent fin à leur veille quotidienne devant l’OMS

Mobilisation Une stèle a été érigée en l’honneur de ces militants, qui réclament la vérité sur l’impact sanitaire de l’énergie nucléaire.

Les manifestants antinucléaires ont brandi devant l’OMS des photos de victimes de l’accident de Tchernobyl.

Les manifestants antinucléaires ont brandi devant l’OMS des photos de victimes de l’accident de Tchernobyl. Image: Magali Girardin

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«Ce fut une belle aventure humaine! Elle va rester gravée ici dans le bronze.» C’est par ces mots empreints d’émotion que Paul Roullaud, l’instigateur du mouvement, a mis un terme mercredi à dix ans de veille quotidienne antinucléaire devant le siège de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pour l’occasion, une stèle commémorant cette décennie de mobilisation a été inaugurée avec le soutien de la Ville de Genève et en présence du conseiller administratif Rémy Pagani, qui a salué une «action héroïque». Le monument est placé tout en haut de l’avenue Appia, à l’endroit même où les militants ont inlassablement tenu leur vigie chaque semaine, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente, du lundi au vendredi, et de 8 heures à 18 heures, afin de réclamer la vérité sur l’impact sanitaire de l’énergie nucléaire.

Le poids du lobby nucléaire

Pour les membres de l’ONG Independent WHO (acronyme de l’OMS en anglais), l’OMS est coupable d’avoir toujours minimisé les conséquences sur la santé publique de l’accident nucléaire de Tchernobyl, puis de celui de Fukushima. L’organisation est accusée d’être inféodée au lobby nucléaire depuis l’accord de coopération signé en 1959 avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), ce dont elle se défend.

Mercredi, le 26 avril, date anniversaire de l’accident de Tchernobyl, une ultime veille a été organisée dix ans jour pour jour après la première. Pour l’occasion, une septantaine de personnes ayant participé à ces vigies tout au long de ces années ont manifesté en silence. Les protagonistes du mouvement ont décidé de poursuivre désormais leur combat sur un autre terrain. «Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour mettre la pression sur l’OMS, confie Paul Roullaud. Cela ne servait plus à rien de continuer sous cette forme. Et nous n’aurions plus eu les forces de le faire.» En effet, la plupart des membres actifs d’Independent WHO ne sont plus très jeunes. «Nous avons tous les cheveux blancs, certains d’entre nous ont été malades, nous ne pouvons plus tenir», confirme Alison Katz, une autre militante de longue date, ancienne employée de l’OMS. «Or, il n’y a pas de relève, il faut être retraité pour pouvoir passer ses journées ici.»

Pour autant, les antinucléaires ne déposent pas les armes. Ils continueront de défendre leur cause lors de conférences, de débats, ou via des films, des articles et des livres. «Notre action n’aura pas fait évoluer le comportement de l’OMS, mais elle aura contribué à le faire connaître, lâche Paul Roullaud en guise de bilan. Le chemin est long, mais j’ai le sentiment d’avoir accompli quelque chose de beau en venant ici témoigner de la souffrance des victimes du nucléaire.» Chaque année, cet agriculteur aujourd’hui retraité quittait sa ferme en Bretagne pour passer deux semaines à Genève, à assurer la vigie devant l’OMS. Le reste du temps, il gérait le planning des présences et trouvait des Genevois prêts à héberger les veilleurs. Car sur les 450 volontaires ayant tenu la vigie depuis dix ans, plus de 90% sont des Français.

Des débuts modestes

C’est en lisant le livre de Wladimir Tchertkoff «Le crime de Tchernobyl», dont des exemplaire dédicacés ont été remis hier à l’attention des dirigeants de l’OMS, que Paul Roullaud a l’idée de ces vigies. «J’ai été choqué par le comportement de l’OMS. Que des toubibs mentent aussi manifestement alors que leur mission est de protéger le public, c’est criminel. Je me suis alors dit que j’allais me planter devant l’OMS avec une pancarte.» Dont acte. Accompagné de Wladimir Tchertkoff et d’une troisième personne, Paul Roullaud manifeste devant le siège de l’organisation.

Puis, il mobilise son réseau de militants et le mouvement prend de l’ampleur. A Genève, il trouve rapidement du soutien, notamment auprès de l’association Contratom, qui a organisé hier une manifestation sur la place des Nations, après la fin de la vigie. «Je salue dix ans de courage et d’endurance de ces personnes qui, avec une infinie patience, ont monté la garde devant l’OMS et se sont confrontées à l’indifférence de celle-ci, lance la présidente de Contratom, Anne-Cécile Reimann. Droite dans ses bottes, l’OMS a toujours balayé les critiques. C’est maintenant à la résistance citoyenne de poursuivre le combat. Le lobby nucléaire est partout, nous aussi!»

En 2011, suite à l’accident de Fukushima, une petite brèche s’est ouverte à l’OMS et sa directrice générale Margaret Chan a longuement reçu les représentants d’Independent WHO. «Pure opération de communication», commentent certains. Mais d’autres gardent espoir, tel Philippe Lambersens, administrateur du réseau français «Sortir du nucléaire»: «A la longue, même les petits coups dans la cheville finissent par fissurer le colosse aux pieds d’argile.»

(TDG)

Créé: 27.04.2017, 09h19

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