Le DIP veut mettre les directeurs des écoles primaires au pas

GenèveDepuis janvier, ces cadres sont obligés d’enseigner. Les récalcitrants s’exposent à des sanctions.

Engagez-vous qu'ils disaient, devenez des chefs... Pour faire appliquer la mesure, le DIP a amendé le cahier des charges des directeurs avec un paragraphe stipulant qu’ils doivent assurer une à deux heures hebdomadaires d’enseignement.

Engagez-vous qu'ils disaient, devenez des chefs... Pour faire appliquer la mesure, le DIP a amendé le cahier des charges des directeurs avec un paragraphe stipulant qu’ils doivent assurer une à deux heures hebdomadaires d’enseignement. Image: Guiraud (archives)

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C’est inscrit dans la loi depuis plus d’un an: les directeurs du primaire doivent consacrer une partie de leur temps à l’enseignement. Mais dans la pratique, il ne se passait rien. Cela va changer: depuis le début d’année, la loi est entrée en force et le Département de l’instruction publique (DIP) va s’assurer qu’elle soit respectée. «Nous avons effectivement pris des mesures pour que les directeurs enseignent», confirme Pierre-Antoine Preti, porte-parole du département.

En septembre 2015, le Grand Conseil valide une refonte de la Loi sur l’instruction publique (LIP) en ajoutant un article qui impose aux directeurs d’enseigner. Opposés à cet ajout, ces derniers saisissent collectivement la justice. Puis, fin décembre, 41 directeurs – sur 58 – font recours à titre individuel. Ces recours sont encore pendants mais aucun effet suspensif n’a été prononcé. Pour faire appliquer la mesure, le DIP a amendé le cahier des charges des directeurs avec un paragraphe stipulant qu’ils doivent assurer une à deux heures hebdomadaires d’enseignement ou d’«actions pédagogiques» face aux élèves. Soit des heures en classe – en co-enseignement, aux côtés du maître –, de soutien pédagogique, de devoirs surveillés, de remplacements ou tout autre intervention de transmission de savoirs.

Fournir un relevé d’heures

Et pour prouver que cette nouvelle exigence est bien appliquée, les directeurs devront noter leurs heures d’enseignement et les transmettre au DIP «à échéance régulière». C’est-à-dire? «C’est encore ouvert, répond Céline Merad-Malinverni, directrice des ressources humaines pour le primaire. Nous voulons un suivi mais ce sont des cadres supérieurs avec une certaine autonomie.»

Et la responsable de confirmer que les récalcitrants s’exposeront à des sanctions «car ils doivent se conformer aux attentes du poste et à l’obligation de la loi». De quelle nature? «La première étape sera un entretien de service. Les possibles sanctions ne sont pas encore définies. Nous devons étudier comment ce genre de cas – la non-application de l’entièreté du cahier des charges – a été traité pour d’autres collaborateurs de l’Etat afin d’appliquer une équité de sanction.»

Le député PLR Jean Romain, qui avait déposé une question urgente au Grand Conseil pour connaître le taux d’enseignement des directeurs, est plutôt satisfait par les mesures du DIP. Mais il émet quelques réserves sur la coopération des directeurs: «Avec leur deuxième recours, ils ne semblent pas être dans un esprit de respect de la loi… On ne leur demande pourtant pas d’enseigner à 50% mais seulement quelques heures. Leur résistance est disproportionnée! Le temps est venu de montrer un peu de bonne volonté.»

«Iniquité entre directeurs»

Les directeurs vont-ils cette fois se conformer à la loi? L’association des directeurs d’établissements du primaire (AGDEP) ne souhaite pas faire de commentaires tant que les procédures judiciaires sont en cours. Mais Daniela Capolarello, sa présidente, rappelle les raisons de leur opposition. «Le cahier des charges du directeur est déjà conséquent: suivi des élèves, responsabilité en matière de leur sécurité, interlocuteur pour les parents, garant de la qualité de l’enseignement. Il est aussi responsable de l’évaluation des maîtres, de l’affectation des postes et du suivi de carrière.» Elle relève encore: «Il existe une iniquité avec les directeurs des écoles du secondaire, à qui on ne demande pas d’enseigner. Pourtant, des directeurs du primaire dirigent des établissements de 800 élèves, soit davantage que certains cycles, avec plusieurs écoles disséminées sur différents sites!»

Laurent Vité, président du syndicat des maîtres du primaire (SPG), partage ces doléances: «On ne peut pas mélanger les rôles d’évaluateur et de collègue, or ce sera le cas si un directeur enseigne. Sa présence dans les classes est contre-productive et source de tensions, surtout dans les écoles où les relations entre le corps enseignant et la direction sont déjà crispées.»

(TDG)

Créé: 19.01.2017, 19h38

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