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Commerce de proximité

Les dépanneurs jouent des coudes au centre-ville

Par Roland Rossier. Mis à jour le 17.09.2012 14 Commentaires

Les épiceries nocturnes poussent comme des champignons, aux Pâquis ou à Plainpalais

Barat al Gorohi dans son nouveau magasin de Plainpalais.

Barat al Gorohi dans son nouveau magasin de Plainpalais.
Image: Steeve Iuncker-Gomez

Un secteur en pleine expansion

Les syndicats veulent plus de transparence

Au moment où le Conseil des Etats doit, aujourd’hui, débattre des ouvertures des magasins, les dépanneurs commencent à représenter, à Genève, une véritable branche économique au sein du commerce de détail.

Mais il est difficile d’obtenir des chiffres en raison de la relative nouveauté de ce phénomène.

Les ouvertures et fermetures de shops se succèdent à un rythme élevé. «Il est de plus en plus rare de voir des exploitants suisses ou européens», note Nicolas Merlino, expert dans les remises de commerce chez Remicom. Spécialisé dans le commerce de détail au syndicat Unia, Joël Varone déplore les «zones d’ombre» qui entourent ce segment: «Ce domaine est en pleine expansion. Mais il est très difficile de vérifier qui, dans ces magasins, est salarié ou membre de la famille qui exploite. Depuis avril 2012, les employés d’un commerce qui en compte au moins trois doivent toucher un salaire brut d’au moins 3740 francs pour une durée maximale de 42 heures. Mais les contrôles sont pratiquement inexistants.»

Le syndicaliste aimerait en particulier «que les employés de ces magasins soient mieux protégés» et il constate que ces commerçants «se livrent souvent à une sous-enchère au niveau des conditions de travail». Joël Varone réclame davantage de transparence. Quant à Nicolas Merlino, il observe une forte rotation dans ce segment, un peu à l’image de celui des cafés-restaurants, où 750 arcades (sur 4000) changent chaque année. R.R.

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Vous cherchez des noix sèches ou des pistaches provenant d’Iran? Des bananes plantain séchées d’Equateur? Une bière colombienne ou argentine? Des sacs de riz thaïlandais pesant 25 kilos? Vous vous damneriez pour du poulet cuit à la vapeur puis frit, fabriqué au Pakistan, de la farine de manioc brésilienne, du jus de papaye? Tous ces produits s’arrachent dans les nombreuses épiceries qui ont surgi, comme des champignons, au centre de la ville, et en particulier dans les quartiers des Pâquis et de Plainpalais.

Selon le service du commerce, 171 échoppes nocturnes vendraient de l’alcool – jusqu’à 21 heures –, des boissons, des cigarettes et des produits alimentaires classiques ou exotiques. Et c’est avant tout grâce aux confortables marges dégagées par la vente des canettes de boissons gazeuses, mais aussi des bières et des alcools forts, que ces shops peuvent prospérer, faisant de plus en plus ressembler certains quartiers de Genève à ceux de métropoles comme Londres ou New York.

Ne comptant pas leurs heures, leurs gérants sont de moins en moins Suisses ou Européens. Les exploitants sont souvent originaires d’Afghanistan, comme Syed Haidari, qui s’occupe d’une arcade de 350 m2 à Plainpalais et vient d’ouvrir une autre épicerie aux Pâquis. Ou d’Iran, comme la famille Gorohi, qui vient de s’installer à Plainpalais. Ou du Bangladesh, comme Shaymal Khan, qui trône à la rue de Lausanne et gère aussi depuis quelques mois une autre boutique de dépannage alimentaire sur la route de Meyrin.

Commerçants polyglottes

Ces familles de commerçants gagnent leur vie en dépannant une clientèle de plus en plus internationale et friande de mets exotiques. Ou éprise d’alcool. «La moitié de mon chiffre d’affaires provient des boissons, dont l’alcool», précise Daryesh Gorohi. Pour Shaymal Khan, qui tient aux Pâquis une échoppe digne de la caverne d’Ali Baba, la vente d’alcool pèse pour un quart des revenus. Quant à l’affable Syed Haidari, il détaille: 20% pour l’alcool, 40% grâce aux produits alimentaires et environ 40% pour les cigarettes. «Mais, dans cet ultime cas, il s’agit d’un produit d’appel à faible marge», glisse-t-il. La vraie marge, c’est grâce à la vente de boissons gazéifiées qu’elle s’engrange: achetée 1 fr., une cannette part à 2 fr. ou 2 fr. 50. La marge est aussi confortable sur les alcools forts. Exemple: vodka ou whisky sont achetés 22 francs chez le grossiste, et revendus quelque 30 francs chez le dépanneur. Mais la concurrence est rude: les grandes surfaces peuvent casser les prix sur ces produits (voir notre graphique) .

Alors, pour survivre, ces petits commerçants travaillent comme des bœufs. Ils se lèvent tôt le matin, se couchent tard le soir. Ahmadi, qui exploite le Kaboul dans le quartier des Délices, jure travailler «dix-neuf heures par jour». «Je travaille entre 90 et 100 heures par semaine, cela doit représenter l’équivalent de 4 fr. de l’heure. Le voilà, notre secret», ajoute, en écho, Syed Haidari.

Aussi des cartes SIM

Enfin, ces petits commerçants peuvent aussi compter sur une autre poule aux œufs d’or. Ils s’associent à des opérateurs de téléphonie assurant des tarifs bon marché à destination de pays lointains. Le commerçant accepte de mettre de la publicité sur ses devantures, et d’écouler des cartes SIM. Pour une carte vendue 10 fr., le gérant empoche une commission de 3 fr.

Ces commerçants n’ont pas tout de suite débarqué à Genève. «Je suis venu en Suisse en 1994. J’avais alors 9 ans», précise l’Iranien Daryesh Gorohi, dont le père (sur la photo de gauche) habite Lucerne mais l’aide au magasin. Grâce à cette étape, ce gérant parle allemand et suisse-allemand. «Le français? Je l’ai appris ici, au magasin, en parlant avec les clients.» Quant à Shaymal Khan, il parle bengali, hindi, ourdou, anglais et français. Syed Haidari, aujourd’hui Genevois, a d’abord résidé en Valais, un canton qui lui rappelle toujours les montagnes afghanes.

Le marché des dépanneurs est largement contrôlé par les familles afghanes. «Nous devons être une quarantaine, estime Syed Haidari. Vous savez, les Afghans aiment le commerce. Mon père était déjà commerçant. Moi, j’aime acheter, vendre, parler avec les clients.»

«Vous n’y pensez pas!»

Il ne craint pas la concurrence, de plus en plus nombreuse sur Genève. Nicolas Bongard, attaché de direction au Département des affaires régionales, de l’économie et de la santé, estime à 171 le nombre d’épiceries de dépannage. Il précise encore que le nombre des commerces autorisés à vendre de l’alcool à l’emporter a augmenté de 11% de 2008 à 2012, passant de 818 à 908 unités. Mais, souligne Nicolas Bongard, «il ne s’agit pas d’une augmentation du nombre d’arcades en termes absolus, mais plutôt de l’évolution constatée auprès de commerces qui ont décidé de rajouter la prestation «alcool vendu à l’emporter» à leur catalogue de services offerts au public.»

Neuf inspecteurs sont chargés de surveiller ce segment. «La police du commerce vient pratiquement tous les jours pour vérifier que nous ne vendons pas d’alcool après 21 h», s’irrite un exploitant. Qui signale qu’il «vaut mieux que les jeunes achètent chez nous une bière à 2 fr. 50 plutôt qu’un pack de douze bouteilles dans une grande surface».

Vendre de l’alcool au-delà de 21 h? «Vous n’y pensez pas! Je ne vais pas risquer une fermeture de mon magasin pour une bouteille de vin!» réagit un dépanneur avant d’insister sur son rôle d’animation nocturne au sein d’un quartier difficile, celui des Pâquis. (TDG)

Créé: 17.09.2012, 07h41

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14 Commentaires

Roger Marendaz

17.09.2012, 10:56 Heures
Signaler un abus 23 Recommandation 0

Ressembler à New York ou Londres je ne sait pas... Essayons déja de ressembler à Zurich ou les magasins ferment en moyenne a 22h. Répondre


Pierre-Alain Gilliéron

17.09.2012, 10:39 Heures
Signaler un abus 19 Recommandation 0

Les « dépanneurs » font partie de l’hypocrisie. Il faut éviter de généraliser, mais il est impossible de ne pas voir que ces magasins posent problèmes, la distribution d’alcool le soir, essentiellement à des jeunes, participe grandement à la violence de rues et il n’est pas rare que rapidement il se fixe un lieu de deal à proximité. C’est vraiment la politique du bandeau sur les yeux. Répondre



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