Condamné pour tentative de meurtre au Luna Park de Plainpalais

Tribunal correctionnelLe prévenu et sa victime se sont embrouillés sur le manège des auto-tamponneuses. L'altercation s'est terminée au couteau. L’avocat de la défense plaidait l’acquittement. Récit d’audience.

Le condamné a passé une année et cinq mois de préventive à Champ-Dollon.

Le condamné a passé une année et cinq mois de préventive à Champ-Dollon. Image: Aldag

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Quand on lui demande pourquoi il fréquente le Luna Park, il répond: «Pour mettre un peu de gaieté dans ma vie.» C’est malheureusement la prison qui est entrée dans la vie de l’accusé, après un dernier tour de manège sur la plaine de Plainpalais, fin décembre 2015. Il se présente aujourd’hui devant le Tribunal correctionnel, entre deux gendarmes, après une année et cinq mois de préventive à Champ-Dollon, poursuivi qu’il est pour tentative de meurtre. L’homme est âgé de 27 ans. Il en paraît dix de plus. Il a laissé sa jeunesse sur les chemins de l’exil, quelque part entre la Turquie et la Grèce, après avoir fui les exactions de son pays, l’Afghanistan. Son adresse genevoise avant la prison : un foyer pour requérants d’asile. Des attractions foraines, il choisit la plus animée, celle qui accélère, à sa manière, énergique et frontale, les liens sociaux: les auto-tamponneuses.

Les voitures se tamponnent

La veille des faits, il est déjà entré en collision ludique avec des compatriotes parlant le persan dari, l’une des deux langues officielles de son pays d’origine. Lui a grandi en apprenant le pachtoune, du côté de Jalalabad, non loin de la frontière pakistanaise. L’échange de regards confirme la différence ancestrale. Les insultes pleuvent, rythmées par les pirouettes des voitures électriques qui se tamponnent mutuellement. On décide de s’expliquer hors de la piste, en se retrouvant vers le manège Breakdance, pas exactement conçu pour jouer les médiateurs. L’altercation monte d’un cran. Les gestes après la paroles. Oui, mais lesquels, et selon quel enchaînement? Leur qualification pénale s’oppose, dans une langue juridique cette fois commune: tentative de meurtre pour le Ministère public, légitime défense pour l’avocat du prévenu, Me Timothée Bauer, contestant la culpabilité de son client. On condamne ou on acquitte.

Rapport médico-légal

Avant cela, on discute longuement des faits reprochés et du rapport médico-légal qui en détaille les conséquences. Quatre marques sur le corps de la victime, dont «la vie n’a pas été mise en danger». Partie supérieure du tronc et une plaie de 2 cm sur les flancs, dans la région de la rate. Des coups de couteau, précédés d’un coup de poing sur le nez. Pour la partie accusatrice, le doute n’est pas possible : les intentions sont clairement homicides, «l’agresseur s’est acharné, il a mis six mois à reconnaître l’usage du couteau au cours de l’instruction, continuant à soutenir aujourd’hui qu’il n’était pas le sien, qu’il ne l’a jamais sorti de sa poche.» A qui appartenait ce couteau jeté et perdu ? On ne le saura pas. Aux yeux de son défenseur, les coups portés sont le résultat d’un «balayage défensif». La dynamique de l’embrouille remplit les conditions de la légitime défense. Un individu est encerclé par d’autres, il attrape au vol une arme blanche, l’agite devant lui pour écarter ses contradicteurs, les coups portés ne sont pas volontaires et nullement «pénétrants». Deux petits centimètres, c’est, si l’on veut, un plantage par inadvertance. «On est ici dans les lésions corporelles simples, l’absence de volonté de tuer est évidente; ce d'autant plus si on tient compte de la présomption d’innocence, vu qu'il existe au moins un doute sur le déroulement exact des faits.»

L'avis de l'expert psychiatre

Plaidoirie convaincue mais pas suffisamment convaincante: le Tribunal ne doute visiblement pas et s’en tient à la version des faits établis dans l’acte d’accusation. Il y a bien eu tentative de meurtre. En revanche, pour la fixation de la peine, il écoute largement l’avis de l’expert psychiatre qui précise que le prévenu «se trouvait plus proche de l’irresponsabilité que de la responsabilité moyennement réduite lors de son passage à l’acte.» Faute «notablement» amoindrie en raison d’un trouble de la personnalité et d’un trouble dépressif sévère. Lesquels troubles lui ont déjà valu un séjour à Curabilis. Le condamné, rongé par un sentiment de persécution quand il ne prend pas ses médicaments, ne veut plus aller dans cette «prison psychiatrisée remplie de fous qui hurlent». Il y retournera sans doute. Douze mois de privation de liberté, sous déduction des 494 jours de détention avant jugement. Liberté provisoire? Non, maintien en prison pour raison de sécurité et s’assurer de l’exécution de la mesure ordonnée de traitement institutionnel en milieu fermé. Commentaire de son conseil: «Je réserve la décision finale de mon client mais il est fortement probable qu’il fasse appel.» Il lui reste une semaine pour cela.

(TDG)

Créé: 07.05.2017, 19h04

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