Les communes appelées à l’aide pour enterrer une route

Genève-Sud L’Etat espère obtenir 10 millions de francs des municipalités concernées par le futur axe routier entre Pierre-Grand et Lancy-Sud.

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Après avoir cofinancé des lignes de bus, les communes pourraient contribuer à l’édification d’une route cantonale. C’est ce qui ressort des négociations en cours entre l’Etat et six communes concernées de plus ou moins près par le projet de liaisons Genève-Sud, une paire de nouvelles chaussées qui devraient relier la douane de Pierre-Grand à la jonction autoroutière de Lancy-Sud, sur l’évitement de Plan-les-Ouates via la route d’Annecy (voir notre carte). Motif? Les communes de Troinex et Plan-les-Ouates, dont le territoire serait sillonné par ce nouvel axe, ont des exigences, onéreuses, quant à sa discrétion.

Un tracé en surface reviendrait à 62 millions de francs, incluant la part genevoise de 35% au coût de la réfection par Berne de la jonction de Lancy-Sud, afin que toutes les destinations y deviennent possibles (lire aussi ci-contre). Une version entièrement enterrée atteindrait 167 millions. Au terme de pourparlers qui ont eu lieu entre l’Etat et les exécutifs communaux cet automne, un compromis semi-enterré à 111 millions est désormais privilégié, selon un document que la Tribune de Genève s’est procuré. La première liaison, sur le territoire de Plan-les-Ouates, bénéficierait de deux tronçons en sous-sol. La seconde, en terre troinésienne, en aurait trois. Il s’agit notamment de franchir des cours d’eau par la voie souterraine. A en juger par les graphiques, le résultat donne un profil de chaussée assez bosselé! «Le profil n’est pas bosselé, conteste Bassem Haddad, de la Direction générale du génie civil de l’Etat. Les pentes n’excèdent pas 3 ou 4%, ce qui est tout à fait dans les normes. Cet avant-projet n’a encore rien de définitif.»

Avant de présenter un projet de crédit au Parlement cantonal, l’Etat voudrait convaincre ces communes et quatre de leurs voisines de mettre la main au porte-monnaie. L’effort espéré de leur part totaliserait près de 10 millions de francs, dont une bonne moitié venant des deux communes hôtes. Des discussions ont eu lieu cet automne avec les magistrats communaux concernés. Reste à convaincre les conseils municipaux. Le ministre des Transports, Luc Barthassat, présentera notamment le projet ce jeudi aux élus de Plan-les-Ouates.

La crainte d’un précédent

Cette commune passe pour la plus réticente. «Je suis sceptique face à cet axe débouchant sur une autoroute déjà bondée, note Thierry Durand, magistrat chargé de la Mobilité. Notre plan directeur exige une route entièrement souterraine, notamment pour préserver le site de la Bistoquette, qui fait l’objet d’une protection fédérale pour la sauvegarde des batraciens. L’autre exigence est que cette nouvelle liaison ne soit pas connectée à la route de Saconnex-d’Arve, car cela risque de saturer notre réseau.»

Or l’Etat juge cette connexion nécessaire pour desservir le nouveau quartier de La Chapelle-Les Sciers. Selon lui, on pourra canaliser le trafic sur la nouvelle route grâce à la signalisation. Il précise que le dispositif inclura 1300 nouvelles places de parking relais.

Troinex désire ardemment cette liaison, susceptible de délester ses petits chemins de gros flux motorisés. «Mais nous ne pouvons pas accepter qu’elle se fasse en surface car elle traverse un site exceptionnel, le magnifique bocage d’Evordes, précise le maire, Guy Lavorel. Un compromis semble se nouer sur une tranchée partiellement couverte. Toutes les communes sont prêtes à participer, même si on craint que cela ne crée un précédent.»

«C’est un précédent, mais quand on a des exigences, il faut assumer», pondère Alain Walder, maire de Bardonnex. Une commune qui verserait jusqu’à un million, soit le cinquième de son budget. Mais elle cultive l’espoir de délester La Croix-de-Rozon d’un trafic étouffant. Carouge, dont l’Etat espère 1,6 million, souhaite voir la pression motorisée réduite sur son rondeau, et veut aussi préserver la campagne environnante, selon son maire, Nicolas Walder.

Solidarités des voisins

A Lancy, le magistrat Damien Bonfanti invoque la «solidarité» avec ses voisines pour verser un demi-million. Veyrier est sollicitée jusqu’à hauteur de 1,6 million. «Cela doit encore être discuté, car nous ne sommes pas Crésus, avertit sa maire, Sophie Lüthi. Nous avons de lourds engagements pour développer le quartier des Grands-Esserts. Si nous l’avons accepté, c’est aussi parce qu’on nous a promis cette nouvelle liaison.»

Et la France dans tout ça? L’extrémité méridionale de la liaison aboutit à 300 mètres de la frontière avec la commune haut-savoyarde de Bossey. Consultées en 2010, les collectivités tricolores se sont montrées critiques, craignant une «exportation des nuisances» sur leur sol et des soucis sur la route départementale qui longe le pied du Salève.

(TDG)

Créé: 10.01.2017, 18h42

D’un évitement à une pénétrante?

Cela fait des lustres que le canton de Genève projette un nouvel axe routier dans la partie sud de son territoire. Le réseau actuel, calqué sur des itinéraires historiques, est caractérisé par la convergence de plusieurs routes qui semblent toutes pointer vers le rondeau de Carouge. Les premiers projets visaient à offrir un moyen d’éviter le cœur de l’agglomération autrement qu’en déboulant dans de petites voies rurales ou des chemins résidentiels. En gros, leurs tracés reliaient le plateau de Vessy aux Palettes via Troinex.

Des oppositions ont eu raison des projets nommés voie Cottier puis route interquartier. Mais l’avatar actuel boude Veyrier. Il relie la frontière à la jonction autoroutière de Lancy-Sud, où seraient créés un accès en direction du centre-ville et une sortie pour le trafic qui en provient. L’Etat espère voir le tout mis en service en 2025, après trois ans de chantier.

«Je suis favorable à ce projet, car Genève-Sud ne dispose pas d’une véritable route pénétrante à l’image des routes de Chancy ou de Meyrin», s’enthousiasme ainsi Alain Walder, maire de Bardonnex. Mais c’est justement cette faculté d’offrir un accès au centre-ville plutôt qu’un moyen de l’éviter qui inquiète la gauche cantonale. «Le projet proposé n’a plus rien à voir avec un contournement de Carouge», s’agaçait le rapporteur de minorité écologiste Mathias Buschbeck lors du vote du crédit d’étude au Grand Conseil en juin 2014. Cela n’avait pas empêché le crédit de passer haut la main, grâce à une droite unanime (MCG compris) et quelques appuis à gauche.

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