Ces cadeaux qu’on n’emballe plus…

Noël à GenèveBien des magasins ne prennent plus le temps de faire de beaux paquets pour Noël. Une tradition qui se perd, au détriment du client.

Emballer les cadeaux de Noël? Les boutiques genevoises n’offrent pas toujours ce service.

Emballer les cadeaux de Noël? Les boutiques genevoises n’offrent pas toujours ce service. Image: Steeve Iuncker-Gomez

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Les nœuds, les rubans, les papiers chatoyants sont-ils au rendez-vous lors de nos achats de Noël? Après un rapide sondage auprès des 120 entreprises membres de la Fédération du commerce genevois, la secrétaire patronale Isabelle Fatton nous assure «qu’emballer les cadeaux pour les Fêtes est une évidence pour la plupart des enseignes, cela fait partie de l’accueil, du service, de l’image et aide à fidéliser le client». Pourtant, les boutiques genevoises n’offrent pas toutes ce service. Et peut-être même de moins en moins. Le client se retrouve souvent, vaguement désemparé, avec une pochette quelconque portant la marque de la boutique dont il vient de sortir.

La déception

Il y a bien sûr ceux qui, comme Sylvain, sont indifférents à cette situation parce que «ça fait vingt ans que je fais les paquets de Noël tout seul». Il choisit des papiers différents pour chaque membre de la famille, confectionne des paquets en forme de bonbon pour les enfants, utilise des feutres de toutes les couleurs. «Il m’est arrivé de retourner dans les magasins la veille de Noël pour choisir un nouveau papier d’emballage, j’avais envie de voir du jaune sous l’arbre de Noël, juste pour le plaisir de l’œil.»

Mais pour un tel orfèvre combien de maladroits, stressés et débordés qui tiennent malgré tout à offrir un cadeau joliment emballé? A eux, la déception en sortant des boutiques et le sentiment diffus d’avoir été floués. «Je trouve frappant et vraiment décevant que plusieurs magasins ne proposent plus d’emballages spéciaux pour Noël, déplore Jeanne, mère de quatre enfants. Avant, c’était la petite attention supplémentaire pour faire plaisir et dans un souci esthétique.» Coordinatrice de la section marketing et commercialisation visuelle des magasins de vêtements Esprit, Stefanie Maillard confirme que la chaîne confectionnait autrefois des paquets de Noël mais que ce n’est plus le cas. La décision, prise au niveau international, «est reconsidérée chaque année», précise-t-elle. Seul vestige de cette époque révolue: un ruban rouge pour les Fêtes. Même chose chez Kookaï: «Les clients nous le demandent bien sûr, explique la responsable, Sylvie Mégevand. Mais comme nos emballages habituels sont jolis, ils le prennent finalement assez bien.»

Et le Swiss made?

Diesel? Cyrillus? Même réponse. «En décembre, les soldes commencent et nous travaillons à flux tendu, indique Catherine Beaurain, responsable de ce dernier magasin. Il est très difficile de prendre le temps de confectionner des paquets de Noël.» Isabelle Fatton renchérit: «Offrir ce service amène certes une plus-value mais génère des coûts supplémentaires et oblige à être très bien organisé durant les moments de rush.» Bref, certains ne proposent pas ou plus des emballages de Noël en raison de soucis d’organisation et de coûts.

«On est toujours plus dans l’idée que le consommateur doit faire le travail à la place du distributeur et cela sans recevoir la moindre récompense, indique Robin Eymann, responsable du secteur politique économique de la Fédération des consommateurs. Les commerces de détail souffrent de la crise ainsi que de la concurrence des commerces en ligne et réduisent les coûts où ils le peuvent. Cela pourrait toutefois se retourner contre eux si la qualité supérieure du service suisse devient de moins en moins saillante.»

L’emballage, un message

L’apparence d’un cadeau est-elle anodine et la déception à cet égard frivole? «A travers l’emballage, on montre beaucoup de choses, considère Sandro Cattacin, professeur au Département de sociologie de l’Université de Genève. C’est un véritable message. On peut y lire la personnalité de celui qui donne, le temps et l’amour qu’il a consacrés au présent. Celui qui le reçoit ressent que l’on a pris l’affaire au sérieux.» Vendeuse à la papeterie Brachard depuis vingt ans, Laure emballe les étrennes que les clients ont achetées ailleurs: «J’accueille des clientes désespérées, elles ont acheté un beau cadeau et l’emballage n’est pas à la hauteur. Elles sont tristes de l’offrir comme ça. Elles veulent quelqu’un qui prenne le temps de l’emballer avec soin.» Mais le service – qui marche particulièrement bien cette année – a un coût: 6 francs pour un paquet simple et jusqu’à 40 francs lorsque le cadeau est grand ou compliqué…

L’attente des clients

La valeur de l’emballage soigné et gratuit, beaucoup d’enseignes la comprennent parfaitement. Directrice chez Bucherer, Sophie Dubuis considère que l’emballage de qualité fait partie du service, au même titre que l’accueil, la qualité du café, du champagne ou du vin chaud offert durant les Fêtes: «Le client doit avoir du plaisir pour en donner.» Boîtes, rubans, papiers: chez Globus, on ne lésine pas sur les emballages de Noël. «Nos clients attendent ça de nous», précise Dany Besson, manager de vente. Les files s’allongent également chez Manor. Un service d’emballage gratuit est proposé avant Noël avec des papiers créés pour les Fêtes. En décembre, quatre à cinq personnes (des étudiants bien souvent) sont engagées pour cette tâche.

Admirer puis détruire

Nicole Forzani, patronne de la petite boutique La Perspicace, à Plainpalais, se souvient encore des années où elle faisait venir des papiers et des ficelles en fibres naturelles du Japon ou du Tibet. «Qu’est-ce que c’était beau! Mais je me suis éreinté les mains et j’ai dû arrêter. Les clients l’ont regretté.» Aujourd’hui encore, elle cherche à confectionner des paquets originaux et soignés: «L’emballage, c’est la finition du cadeau, ça lui donne de la valeur.» Et peu importe en définitive que le papier choisi avec tant de soin soit déchiré sous le sapin. «J’adore le moment où l’emballage est détruit sans ménagement!» sourit Sylvain, l’as de l’emballage home made. Ce geste définitif fait partie de la fête. Le rituel est ainsi accompli jusqu’au bout. (TDG)

Créé: 23.12.2016, 08h42

Rituel né au XIXe siècle

C’est une innovation «à la fois matérielle et symbolique qui contribue à parachever la notion de cadeau de Noël: l’emballage, dont l’usage date de la fin du XIXe siècle», note la sociologue et ethnologue française Martyne Perrot dans son ouvrage Le cadeau de Noël, histoire d’une invention.

Auparavant, les cadeaux étaient donnés tout nus et sans chichis pour le jour de l’an. «L’invention du papier historié, de la cellophane et des rubans brillants et colorés, qui rencontrent un énorme succès, assure le développement d’une industrie florissante», explique la sociologue. Ce nouveau phénomène sera baptisé «gift dressing». «L’habit du cadeau» a commencé à marquer une intention particulière à l’égard du destinataire. Il permettait de ménager la surprise avant un dévoilement imprévu: «C’était vouloir accentuer l’émotion du cadeau lui-même.» Aux Etats-Unis, la nouvelle mode a même commencé à donner lieu à des «Christmas package parties», au cours desquelles on achetait aux enchères un présent bien emballé sans savoir ce qu’il contenait réellement. L’emballage, une mode liée avant tout à l’essor commercial des grands magasins. De part et d’autre de l’Atlantique, l’emballage devient un préparatif couru au point qu’il fait souvent la couverture des magazines féminins. «Dès lors, et à mesure qu’il se paraît d’une tradition nouvelle, arraché à l’usage des étrennes (ndlr: liées au jour de l’an) et soumis au rite de l’emballage, un objet neuf prenait forme: «le cadeau de Noël»! conclut Martyne Perrot. C.F.

«Le Cadeau de Noël, histoire d’une invention», Autrement, 2013

Articles en relation

Noël, un kit de croyances chrétiennes et païennes

Société L’imagerie de Noël est partout, des sapins aux crèches, en passant par le Père Noël. Des symboles qui mêlent religions et coutumes historiques. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Suisse: les séjours linguistiques aux Usa ont chuté
Plus...