Un brin d’arc-en-ciel à l’Eglise

PortraitRencontre avec Adrian Stiefel, qui vient de créer la première antenne LGBT de l’Eglise protestante de Genève.

Adrian Stiefel pose à La Ferblanterie, où il aime s’installer pour rédiger son livre, toujours à la même table. 
LAURENT GUIRAUD

Adrian Stiefel pose à La Ferblanterie, où il aime s’installer pour rédiger son livre, toujours à la même table. LAURENT GUIRAUD

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Il a écrit quatre pages de notes. En anticipant les questions – en bleu – et en composant des réponses – phrases importantes surlignées en gras ou au Stabilo vert. C’est bien la première fois qu’on voit ça. «Je voulais me préparer un peu!» sourit Adrian Stiefel. Le quasi-quadragénaire s’y connaît en médias et communication, c’est son métier. Pour une fois, celui qui braque les projecteurs est braqué à son tour. Il vient de créer la première antenne LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) de l’Eglise protestante de Genève. Soit un groupe de partage et de soutien pour des jeunes de la communauté LGBT en recherche de sens et de spiritualité.

Adrian a demandé un temps de réflexion avant d’accepter l’interview. «Ce n’est pas rien de m’exposer ainsi, j’affirme aux yeux de tous mon homosexualité et ma foi. J’ai l’impression d’être mis à nu! Mais le temps est venu d’avancer à visage découvert.» Le Genevois au sourire lumineux et style soigné – chaussettes orange et cheveux ramenés en une tresse plaquée parfaitement exécutée – se raconte à vitesse mitraillette. Enfance à Genève, départ à 9 ans pour le Portugal – «Mon père a voulu changer de vie, on a élevé des chevaux dans une ferme!» –, retour en Suisse à 14 ans. Puis maturité artistique, école de chant et de théâtre à Londres, études de communication et cinéma aux Etats-Unis. «J’avais besoin de découvrir le monde!»

«Choisir entre identité et foi»

En 2000 – coup d’œil à ses notes – le revoilà à Genève. «Il fallait que je me retrouve au niveau personnel.» Car il vient de rompre avec l’Eglise, à laquelle il ne s’identifie plus. «A 15 ans, j’ai rejoint une communauté évangélique où j’ai trouvé des réponses à mes questions spirituelles. A ce moment, je ressentais déjà une attirance pour les hommes.» Mais son identité couleur arc-en-ciel s’avère «incompatible avec la doctrine enseignée, qui condamnait l’homosexualité et la considérait comme un péché, voire une déviance… J’ai cru pendant longtemps qu’on n’avait pas le droit d’être croyant et gay. J’ai prié et me suis battu pour essayer de changer mon identité. Découragé et en colère contre Dieu, qui ne semblait pas vouloir m’apporter la «guérison», j’ai compris qu’il fallait choisir. J’ai décidé de rester moi-même et j’ai quitté l’Eglise.» Il ajoute: «Mais je n’ai jamais perdu la foi. J’ai seulement arrêté pendant un moment de parler à Dieu…»

Manager, marathonien et écrivain

Aujourd’hui, si «le temps est venu d’avancer à visage découvert», c’est parce que le nomade assume pleinement qui il est. Après avoir enseigné l’anglais et officié au service de presse du festival Tous Ecrans et du Festival international du film sur les droits humains, Adrian possède désormais son propre bureau de conseils en communication. Il assouvit sa passion artistique en étant aussi manager et agent, pour un saxophoniste argentin de la scène électro ou un violoniste cubain. «J’ai toujours cru que je pouvais devenir ce que je voulais être et je termine toujours ce que j’entreprends!» C’est un coureur de fond au propre comme au figuré: il prépare son premier marathon.

Enfin, «après des années de combat mené seul», il a réussi à réconcilier foi et identité. «J’ai déconstruit les enseignements dogmatiques pour retrouver une virginité dans l’essence de ma spiritualité et j’ai compris que Dieu m’aimait tel que j’étais.» Cette réconciliation l’a amené à créer, il y a quelques mois, une antenne LGBT à l’Eglise protestante, dans le cadre du projet @LeLAB qui vise à mieux répondre aux besoins des jeunes en termes de spiritualité. «C’est un cadre pour vivre sa spiritualité quelle que soit son identité de genre ou sa confession religieuse.»

Toujours dans un souci de partage, «mais aussi une forme de thérapie», Adrian est en train d’écrire un roman qui mêle fiction et autobiographie. «Je voulais partager mon parcours et mes écorchures qui sont finalement celles d’un homme ordinaire…» (TDG)

Créé: 29.02.2016, 18h57

Bio express

1977 Naît à Genève.
1986 Part vivre dans une ferme au Portugal avec sa famille.
1996 Etudie le chant et le théâtre à Londres, puis la communication et le cinéma aux Etats-Unis.
2001 Enseigne l’anglais dans des écoles.
2004 Est responsable des relations médias pour le Festival international du film sur les droits humains, entre autres.
2015 Créé son bureau de conseils en communication. Il est aussi manager.
Novembre 2015 Lance une antenne LGBT à l’Eglise protestante de Genève.
22 mars Troisième réunion de l’antenne LGBT à la chapelle de Plainpalais à 19?h.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

La sécurité n'est plus le souci majeur des Genevois
Plus...