Justice genevoise
Bras de fer autour des millions du clan Abacha
Par Catherine Focas. Mis à jour le 11.10.2012 1 Commentaire
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Plus de 300 millions de francs bloqués à la banque Warburg au Luxembourg. A qui appartiennent-ils? Dans quelles poches aboutiront-ils? Après la condamnation d’Abba Abacha à un an de prison avec sursis la semaine dernière (qui fait l’objet d’un recours), l’enjeu est maintenant financier. Mais aussi moral. Pour le procureur Zanni qui demandait ce jeudi matin que la somme soit séquestrée et rendue à la République fédérale du Nigeria, il s’agit de montrer que le crime ne paye pas. A ses yeux, il ne fait aucun doute que l’ex-dictateur du Nigeria, Sani Abacha, ses deux fils, Abba et Mohammed, ainsi que toute leur famille ont formé une organisation criminelle.
Leur but, selon Dario Zanni: faire sortir le plus d’argent possible du pays, notamment de la Banque Centrale et le disperser dans divers comptes à l’étranger. Pour le procureur, il s’agit d’une organisation criminelle «pratiquement classique», formée du cercle familial, du cercle de ressortissants nigérians, puis du cercle des ressortissants étrangers. Dans ce dernier cercle d’ailleurs, plusieurs personnes ont été condamnées à Genève pour blanchiment d’argent et, parfois, soutien à une organisation criminelle. «La famille Abacha n’apparaissait jamais en première ligne, un système d’écrans était mis en place.» Selon le procureur, le tribunal n’a pas d’autre choix que de confisquer cet argent qui est le produit d’un crime.
13 ans de procédure
Pour Me David Bitton, l’un des avocats du Nigeria, un arrêt du Tribunal fédéral de 2005 a déjà dit que le clan Abacha était une organisation criminelle. Il serait aujourd’hui «hérétique» de prétendre qu’elle ne l’est pas. Toutes les ficelles du métier ont été utilisées, selon lui, pour piller et blanchir. «Abba Abacha, qu’on présente comme le Bourvil de ce dossier a donné cinq identités différentes.» Il a ouvert des comptes, transféré de l’argent, discuté avec les banquiers. L’avocat rappelle que depuis 13 ans que cette procédure «occupe la justice genevoise», pas un seul document ne prouve que les sommes colossales ont été gagnées de manière honnête.
300 millions au Luxembourg
Les avocats qui représentent les diverses sociétés de la famille Abacha s’opposent vigoureusement à cette restitution. Ils ne veulent pas que les 300 millions du Luxembourg soient rendus au Nigeria comme l’ont été dans le passé les 700 millions qui se trouvaient dans les coffres helvétiques. Me Patrick Hunziker conteste la qualification d’organisation criminelle. Or, dit-il, s’il n’y a que des actes de blanchiment retenus à l’encontre d’Abacha, ceux-ci n’ont pas été commis en Suisse, et le tribunal genevois n’est donc pas compétent pour décider de la confiscation des fonds se trouvant au Luxembourg.
Le Tribunal de police rendra son jugement ultérieurement. S’il décide que l’argent doit être séquestré, les sommes seront, dans un premier temps, restituées à la justice genevoise. Celle-ci gardera un certain montant pour ses frais de procédure et rendra le reste au Nigeria. (TDG)
Créé: 11.10.2012, 17h42
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La rédaction
1 Commentaire
Voilà typiquement le rôle des paradis fiscaux comme Genève : permettre aux dictateurs, aux mafieux et aux fraudeurs de planquer leurs milliards. A quand la fin de la complicité Suisse dans ces injustices et ces crimes ? Répondre
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