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Portes ouvertes

Les Archives déroulent l’histoire sur 28 kilomètres

Par Christian Bernet. Mis à jour le 05.11.2012

Les Archives ont ouvert leurs rayonnages samedi. Un condensé des hauts faits genevois et des petites misères populaires.

1/18 Genève, le 3 novembre 2012. Portes ouvertes aux archives d'Etat, dans le cadre de la Journée Suisse des archives. Visite guidée et exposition d'objet, de photos et de textes insolites. ©Pierre Albouy

   

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Caché derrière les canons, en face de l’Hôtel de Ville, il y a cet escalier si discret qu’il semble conduire à un espace réservé, fermé aux curieux. C’est là que se trouvent les Archives cantonales, qui ont pourtant les portes toujours ouvertes. Samedi, on y attendait les visiteurs de pied ferme dans le cadre de la Journée suisse des archives. Ici, pas de portes blindées, d’espaces aseptisés, de chambres confinées ni de contrôles électroniques. Les Archives sont à l’image de leur contenu. Un brin poussiéreuses malgré l’ordre impeccable, de grands rayonnages ouverts sous les charpentes et de vieux passe-plats pour descendre les ouvrages. A l’évidence, l’endroit est obsolète pour les trésors qu’il renferme, qui doivent se garder «aux siècles des siècles», comme le rappellent les archivistes. Mais ces misères d’intendance n’entament pas leur enthousiasme.

Très communicatif d’ailleurs. Les dizaines de visiteurs n’ont pas regretté cette virée dans le temps, comme cette archiviste italienne, envieuse devant toutes ces étagères. «Dans ma ville, deux seules suffisent…» A Genève, les Archives n’ont pas trop de 28 kilomètres de rayonnages, répartis sur plusieurs sites. «Et elles s’allongent chaque année de 500 mètres», indique Nathalie Fanac Huguenin-Elie.

Il y a bien sûr les traces de la grande Histoire. En 1762, le registre du Conseil condamne l’Emile de Rousseau «à être lacéré et brûlé». Ce qui n’empêche pas de retrouver l’Emile quelques rayons plus loin, comme pièce à conviction dans le dossier de son procès. «Mais les archives témoignent aussi des petits et grands drames du quotidien», relève Véronique Probst-Noir. Un registre fait état de Pernette dite Guérite, une enfant trouvée abandonnée par un matin d’hiver de 1747 près… d’une guérite.

Meurtre sanguinaire

Il y a l’horrible meurtre, en 1830, de M. Corbeau et de sa servante. Des dessins d’une frissonnante précision relatent ce sauvage assassinat dans la cuisine, les deux victimes baignant dans leur sang. «Cette scène de crime fournit de très bonnes indications sur l’aménagement des logis de l’époque», précise l’archiviste.

Genève a commencé à conserver ses archives en 1371. Le premier document est daté de 912 et fait état d’une donation de la comtesse Eldegarde. «Mais c’est un faux, relève l’archiviste cantonal Pierre Flückiger. Probablement écrit deux siècles plus tard et antidaté.» Une imposture peut-être motivée par le besoin de justifier des prélèvements fiscaux.

Les Archives conservent aussi quelques objets insolites. Comme le vélo de Jaccoud, ce brillant avocat accusé de meurtre il y a cinquante ans.

Au fond d’un couloir, on tombe aussi sur des ossements, découverts lors de travaux il y a quarante ans. «Certains disent que ce sont les os d’un saint», s’amuse Pierre Flückiger. Au pays de Calvin, ils végètent au fond d’une caisse en bois, dans l’indifférence générale. (TDG)

Créé: 05.11.2012, 07h59

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