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ELECTION AU CONSEIL D’ETAT (2/7)

Anne Emery-Torracinta, l’obsession du social

Par Sophie Roselli. Mis à jour le 22.05.2012 29 Commentaires

Jugée travailleuse mais peu rieuse, la députée socialiste espère donner une majorité de gauche au gouvernement

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Sept candidats le 17 juin

Le 17 juin, sept candidats, présentés par 22 partis et groupements, se disputeront le siège du Conseil d'Etat vacant depuis la démission de Mark Muller le 29 février dernier. Eric Stauffer a été le premier à se lancer dans la bataille. Deux autres candidats peuvent réellement prétendre accéder au gouvernement: la socialiste Anne Emery-Torracinta et le maire de Genève libéral-radical Pierre Maudet. Les quatre autres candidats sont Manuel Acevedo, sans parti patron d'une PME, Paul Aymon, dit le prophète, Alexis Roussel du Parti pirate et le Vert'libéral Laurent Seydoux.

Si vous avez manqué le début, cliquez sur l'image ci-dessus pour retrouver la chrono des événements depuis le début de cette année.

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BIO EXPRESS

Naissance: Le 17 octobre 1958 à Genève.
Vie privée: Se marie à 22?ans. Le couple a eu trois enfants.
Travail: Enseignante depuis 1978, elle dispense des cours d’histoire dans un Collège et Ecole de commerce. A obtenu en 2005 un certificat universitaire en management des institutions sociales.
Politique: Membre du Parti socialiste depuis 1984, elle entre au Grand Conseil en 2005. En 2009, elle se porte candidate à la candidature socialiste pour l’élection au Conseil d’Etat. Une autre femme est désignée, Véronique Pürro, qui échouera. Anne Emery-Torracinta attend son tour. La démission du conseiller d’Etat Mark Muller lui offre une nouvelle chance. Cette fois, le PS plébiscite sa candidature. Réponse du peuple le 17 juin. S.R.

LA PHOTO QUI A MARQUÉ SON ENFANCE: «Elle a été prise quand j’avais 3?ans et demi, dans le jardin de la maison natale de George Washington, aux Etats-Unis, où mon père se trouvait alors dans le cadre de ses études. La petite fille pleine de joie de vivre et dynamique que l’on voit me semble bien résumer tant mon enfance que la personne que je suis devenue. J’ai eu une enfance heureuse. J’en ai gardé le sens de la famille et le désir de prendre le temps de m’occuper de mes enfants et d’être proche d’eux, même si j’ai conservé une activité professionnelle et un engagement associatif. J’aime aussi cette photo car j’y retrouve cette volonté qui me caractérise de toujours vouloir aller de l’avant. Je crois que chacun peut et doit agir à son échelle pour changer les choses.» Propos recueillis par S.R.

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«Ah, vous êtes la fille…» Cent fois, elle a entendu cette phrase. Cent fois, elle a répondu avec fierté, jamais agacée. Quand Anne Emery-Torracinta part à la rencontre des Genevois, ils lui rappellent qu’elle tient sa notoriété de son père, Claude Torracinta, journaliste fondateur de l’émission phare Temps présent . Et un peu de sa mère, Claire, députée durant douze ans au Grand Conseil genevois. A 53?ans, Anne reste la «fille de». Entrée au Parlement sur le tard, la socialiste se lance dans la course au Conseil d’Etat pour succéder au libéral Mark Muller. Avec l’ambition de faire basculer la majorité du gouvernement à gauche. «Ce serait la troisième fois depuis 1933», aime à rappeler cette enseignante d’histoire. Son intelligence, sa maîtrise des dossiers, son honnêteté, sa ténacité sont loués à gauche comme à droite. Certaines de ces qualités peuvent virer aux défauts.

Epreuve de vie

Anne Emery-Torracinta, c’est l’égérie du social. Par conviction. Et un peu par la force des choses: l’aînée de ses trois enfants est autiste. Cette épreuve de la vie la pousse très tôt à s’engager dans le milieu du handicap. Depuis dix ans, elle préside la section genevoise d’Insieme, l’association de parents et amis de personnes mentalement handicapées. Dans ce milieu, on lui reconnaît un sens de l’altruisme, une éthique, une intégrité certaine. Cette ligne de conduite guide ses choix au Grand Conseil, où elle entre en 2005.

C’est elle qui lance le combat pour obtenir la hausse des allocations familiales, son plus grand succès – le seul, médisent certains. En plus de ses multiples actions dans le domaine social, elle a, en deux législatures, siégé dans plusieurs commissions, dont celle des finances. Et s’est investie dans les dossiers importants de la réforme de la justice, de l’Université, de l’interdiction de fumer dans les lieux publics.

Exemplaire, Anne Emery-Torracinta? Pas toujours. Le fait d’avoir accepté en 2006 la limitation dans le temps de l’aide cantonale d’avance et recouvrement des pensions alimentaires «lui a été vivement reproché», glisse un membre du Parti socialiste. «Avec le recul, c’était une erreur, mais c’était la position soutenue par le groupe socialiste», admet-elle. Plus récemment, elle a critiqué la hausse de la subvention annuelle au CICR, s’opposant au PLR Renaud Gautier dans une violente passe d’armes. «C’est une monomaniaque qui croit détenir la vérité du social», fustige l’adversaire. «Dans un contexte où l’Entente avait systématiquement sabré dans le budget 2012, je trouvais cette proposition inappropriée», nous explique-t-elle. Question de principe.

Une dogmatique?

Le qualificatif de «dogmatique» lui colle à la peau. «A Genève, il y a une crise des dépenses, rappelle le libéral-radical Pierre Weiss. Avec elle, ce sera la crise au carré.» Sa possible élection fait craindre un blocage entre un Parlement ancré à droite et un gouvernement qui basculerait à gauche. Classée à la droite du parti il y a quelques années, aujourd’hui à l’ultragauche, l’intéressée s’en amuse.

«Elle représente la caricature de l’enseignante psychorigide qui n’accepte pas d’être contredite, tacle un autre député de droite. Comment pourra-t-elle négocier, alors qu’elle n’a aucune expérience dans un Exécutif ni même syndicale?» Rares sont pourtant ceux qui s’en prévalent avant d’entrer au gouvernement. Le doute porte sur sa capacité à travailler en équipe. Pas pour Emilie Flamand, présidente des Verts: «Il y a eu des clashs ponctuels quand nous étions toutes deux cheffes de nos groupes, mais pas d’incompatibilité.» Il y a «des arcs électriques» entre Anne Emery-Torracinta et le conseiller d’Etat Charles Beer, témoigne un socialiste. Le contentieux politique remonte à 2009. A l’époque, elle vise déjà le Conseil d’Etat. Le parti et le magistrat en place soutiennent Véronique Pürro, jugée plus expérimentée. A ce sujet, «il y a eu des discussions serrées, mais qui ont été réglées», répond avec diplomatie Charles Beer.

Aucune critique dans la bouche du chef de l’Instruction publique, bientôt en fin de mandat. «Elle est pragmatique, sait trouver des consensus, relève-t-il. Elle n’est pas de ces gens qui parlent avant d’avoir réfléchi. Pour l’avoir eue quelquefois en face de moi, je peux vous dire qu’elle sait négocier. Elle est aussi la seule à avoir une véritable carrière professionnelle derrière elle.» Certes, mais uniquement à l’Etat.

Sérieuse voire rigide

Silhouette élancée, visage carré, peu souriante en groupe – dit-on – le physique d’Anne Emery-Torracinta correspond au tempérament qu’on lui prête: sec et rigide. Un défaut relevé de chaque côté de l’échiquier politique. Mais pas sur le terrain, ni dans le milieu associatif, ni dans l’enseignement. En Commission des finances, elle reste souvent clouée derrière son ordinateur, sans lever le nez. «En politique, c’est important d’aller vers les autres», regrette une camarade de parti. Son trait de caractère se résume en un surnom: «La mégote», pour son côté «donneuse de leçons».

Dans la confrontation verbale, cela se traduit par un ton «cassant», selon les hommes. Elle a de la «repartie», elle est «directe». Paroles de femmes. On reproche notamment à Anne Emery-Torracinta d’avoir manifesté son intérêt pour le siège sans respecter un délai de décence après la démission de Mark Muller. «Cela aurait été de l’hypocrisie, parce que je me préparais pour l’échéance de 2013», rétorque-t-elle, en vous regardant droit dans les yeux. Au classement des parlementaires réalisé en 2009 par la Tribune de Genève, ses pairs de gauche comme de droite l’ont tout de même désignée meilleure députée femme (4e sur 100) pour son travail sérieux, ses propos clairs et concis. Il y a du Martine Brunschwig Graf dans son style.

Un sens politique hérité

«La politique est une course de fond; Anne est une marathonienne», résume Ruth Dreifuss, ex-conseillère fédérale, amie de longue date de la famille Torracinta. L’entraînement a commencé dès l’enfance. Déjà sérieuse, plongée dans les livres, elle finit toujours dans les trois premières de la classe, se voit récompenser deux fois par un «prix d’honneur» remis à l’école publique, à Paris. C’est dans le Quartier latin que son père, alors correspondant pour la Tribune de Genève , a installé toute la famille. Celle-ci se trouve aux premières loges lorsque la contestation estudiantine éclate en mai 68. Ce chaos marque Anne, 10?ans, qui profite d’être libérée des cours pour interviewer les passants avec une copine: «Madame, vous êtes pour les étudiants ou pour les CRS?» L’anecdote, qui nous est livrée par sa mère, éclaire le futur parcours d’Anne.

Tentée par le journalisme dans son adolescence, elle devient professeur d’histoire. Mariée à 22?ans, maman à 23, elle fait face trois ans plus tard à l’autisme de sa fille. Elevée avec ses deux frères jusqu’à l’âge de 20?ans dans leur maison de Sézegnin, Delphine vit désormais dans la communauté d’Aigues-Vertes. Anne Emery-Torracinta a toujours mené de front sa vie privée, son métier et son engagement dans le milieu associatif. «Elle a le sens des responsabilités, les épaules solides», observe Claire Torracinta, qui distille les souvenirs sans rien perdre de son habileté politique.

Dans la famille, tout le monde en fait, à sa manière. Le mari, directeur au secondaire, a été conseiller municipal socialiste pendant dix ans. L’un des garçons, Clément, est membre des Verts. Même la fille, Delphine, siège au conseil des villageois. Le plus jeune, Valentin, 22?ans, étudiant en sciences politiques, se charge de sensibiliser la candidate aux réseaux sociaux. Peine perdue. La professeure au Collège et Ecole de commerce André-Chavanne, qui a mis entre parenthèses son métier durant deux mois, préfère mener une campagne traditionnelle.

A Bernex, il y a dix jours, le hasard fait qu’elle a croisé une ancienne élève. Une parmi les quelque 6000 côtoyés depuis 1978. «Vous avez réussi à rendre la géopolitique intéressante! lance la jeune mère de famille. Vous êtes la seule prof dont je me souviens du nom.» Sourire flatté d’Anne Emery-Torracinta. On devine dans son regard intense le souhait de voir les électeurs en faire de même le 17 juin. (TDG)

Créé: 22.05.2012, 10h17

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29 Commentaires

La menace intérieure pire que la menace extérieure.

23.05.2012, 10:51 Heures
Signaler un abus 12 Recommandation 0

Cette dame n'est pas conciliante pour un sou.Mettre le loup dans la bergerie le 17 juin prochain alors que Genève est déjà complètement bloqué par des recours à majorité d'associations ou de partis de gauche,c'est juste pas très sensé.Croire que paralyser le canton pour arriver à ses fins va apporter du bonheur aux Genevois, on le voit depuis longtemps,c'est loin d'être le cas.On est juste largué. Répondre


Empro Girod

23.05.2012, 10:57 Heures
Signaler un abus 10 Recommandation 0

Elle sera très compétente pour augmenter le nombre de fonctionnaires et noyer la société civil. Son père, Grand Maitre es manipulations nomenklaturistes nauséabondes, sera un bon conseiller, sorti par la porte, il revient par la fenêtre. Le fruit ne tombe jamais loin de l'arbre....Ca promet.... Répondre



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