Chêne-Bougeries
Il allume onze feux sans être un vrai pyromane
«L’individu a délibérément bouté le feu à des locaux de déchets, des containers à ordures et des tas de détritus, tous se trouvant systématiquement à proximité d’habitations», précise le Tribunal correctionnel dans son calendrier des audiences de la semaine. Sur le banc des accusés, ce mardi 22 février, un homme de 61?ans, détenu depuis la fin de l’été dernier. Il est jugé pour huit incendies intentionnels et une tentative.
Les faits remontent à août 2010 et à juillet 2011. Deux périodes estivales à gratter la pierre d’un briquet. Aux objets que l’on jette s’ajoutent le mobilier et les parasols de terrasse, après l’heure de fermeture des établissements publics. Le mobilier a fondu, les baleines se sont tordues sous l’effet de la chaleur. A chaque fois, «l’intervention des pompiers a été nécessaire». Des départs de feu rapidement éteints; aucun d’entre eux n’a mis la vie d’autrui en danger. Bref, des incendies de «moindre importance» au sens du Code pénal.
Leur nombre désigne-t-il l’auteur unique qui les a commis comme un pyromane? La question, à défaut d’être plaidée, a été posée à l’expert-psychiatre. «Impossible de dire s’il présente un profil de pyromane, répond ce dernier, vu le manque d’informations concernant les passages à l’acte. Soit il les nie, soit il ne se souvient de rien.» Le déni, ici, éloigne de l’incendie pathologique, de ce besoin intense de mettre le feu, de cette obsession pour les images mentales qui en découlent.
Non, ce n’est pas vraiment un pyromane que l’on juge. Avant l’allumette que l’on craque, il y a l’alcool qui brûle le corps. Souffrant, le corps, handicapé par une maladie congénitale. La journée précédant le dernier feu, il boit une douzaine de pastis et plusieurs bières. La police le retrouve dans la nuit, endormi sur un banc public, à une centaine de mètres à peine de son forfait. «Dans ma mémoire, c’est tout blanc», glisse l’accusé, d’une voix caverneuse et fatiguée. Drôle d’image pour qualifier la fumée noire qu’il a provoquée.
Une figure mal aimée du quartier, rejetée de tous à force de chercher l’embrouille, un récurrent dont on ne sait trop que faire. Surtout lorsqu’il se met en rupture médicamenteuse et retombe dans l’ivresse colérique.
L’homme a été reconnu coupable de l’intégralité des chefs d’accusation et condamné à une peine d’ensemble de 24?mois, suspendue au profit d’une mesure thérapeutique en milieu fermé. Il retourne en prison se faire soigner. (TDG)
Créé: 23.02.2012, 07h30







