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Self-défense

Les aînés genevois se forment contre les agressions

Par Isabel Jan-Hess. Mis à jour le 18.10.2012 2 Commentaires

Trop souvent victimes d’agression, les retraités apprennent à parer les coups ou à y répondre.

Image: Olivier Vogelsang/Tribune de Genève

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On entend rire de bon cœur depuis l’escalier déjà. Dans la salle du sous-sol de Cité Seniors, aux Pâquis, ce matin-là on apprend à se défendre. Douze femmes, entre 60 et 80 ans, suivent attentivement les conseils de Jean-Daniel et Sandra Pfund, professeurs d’arts martiaux à Genève. En quelques années, l’intérêt croissant des seniors pour ces cours de base modifie les comportements. Des séances de quelques heures qui leur permettent surtout d’adopter la bonne attitude en cas d’agression.

Si les personnes âgées sont une proie facile, elles n’en sont pas moins motivées à ne plus se laisser faire. «Ce n’est pas parce qu’on n’a plus 20 ans qu’on n’est plus capable de s’assumer», plaisante une participante. «On ne va pas se laisser faire comme ça, renchérit une autre dame, plus âgée, mais bien décidée. Il faut changer l’image des petits vieux faibles et apathiques.» Le ton est donné.

Par groupes de deux, elles apprennent d’abord à s’ancrer solidement au sol, pour absorber un choc. «La position des pieds est très importante, elle redéfinit l’équilibre, explique l’instructeur. En s’entraînant régulièrement, même des personnes ayant de la peine à se mouvoir peuvent spontanément se placer de manière à réagir sans tomber.» Après s’être gaiement poussées durant une dizaine de minutes, certaines participantes affichent déjà une meilleure stabilité.

Deuxième exercice, saisir la tête de son agresseur pour tenter de le surprendre, voire de lui faire mal pour l’obliger à fuir. Ensuite, ces dames s’entraînent à taper dans les parties «délicates» de l’instructeur, évidemment muni d’une protection. «Les gens doivent se débarrasser des codes moraux qui interdisent de frapper ou d’insulter, poursuit Jean-Daniel Pfund. Ils doivent répondre, tout en restant dans un principe de proportionnalité.» Une par une, les participantes frappent le plastique bleu placé entre les jambes de l’instructeur. Des coups d’abord timides. «J’ai peur de vous faire mal», avoue une femme à la corpulence importante, qui finit par se lâcher en envoyant un joli coup à son adversaire.

Savoir réagir et éviter les risques

Si l’aspect physique du cours est important, le principe de self-défense enseigné à Cité Seniors comporte aussi un volet préventif complet. «On apprend aux gens à éviter les situations risquées, explique Sandra Pfund Keller, monitrice de self-défense et de judo. Comment tenir leur sac, par exemple, et comment le remplir modérément en préférant un petit porte-monnaie à un gros portefeuille débordant.» Durant les prochains rendez-vous, les aînés apprendront aussi à ne pas exhiber de bijoux en or et comment se comporter devant un bancomat.

Si le bien-fondé de ces cours est reconnu, ils permettent surtout de rassurer des personnes en proie à un sentiment d’insécurité de plus en plus présent. Justifié? Les statistiques obtenues auprès de la police sont éloquentes. En 2011, par exemple, 8676 personnes de 65 ans et plus ont subi une agression physique ou matérielle à Genève. Les 70-79 ans représentent la majorité des victimes.

Parmi les participantes à ce cours, aucune n’a personnellement subi d’agression. Mais la plupart connaissent une victime. «Je sors toujours mon chien au bord de l’Arve, explique de son côté Françoise Huguel, 61 ans. Je croise souvent des gens en groupe. Ça me fait un peu peur. Je me dis que si j’apprends à me défendre, peut-être que je saurai réagir si un jour on essaie de m’embêter.»

Laurence Posternak, médecin à la retraite, rentre souvent seule la nuit à la Servette. «Durant ma carrière, j’ai vu des gens démolis après des agressions, raconte-t-elle. Désormais, j’essaie d’éviter les endroits sombres, mais je n’ai pas toujours le choix. Ici, j’espère apprendre à ne pas paniquer si je devais être un jour victime d’une agression.» A 62 ans, Eveline Bommeli n’est pas encore à la retraite mais préfère anticiper. «J’ai vécu des années à Zurich, où l’on croise beaucoup de dealers et de petits caïds dans les rues, confie cette représentante, toujours en vadrouille. Je n’ai jamais eu de problème. Aujourd’hui, je vis au Petit-Lancy. Je suis beaucoup dans les gares et je rentre tard, ce qui m’incite à prendre quelques précautions. Ce cours en fait partie. Et je trouve que l’approche est bonne.» La police intensifie la prévention

Responsable de la Brigade d’éducation et de prévention, Jean-Michel Retfalvi dispense régulièrement des conseils aux personnes du 3e âge. «Nous axons notre travail sur la prévention, détaille le brigadier. Bien sûr, nous ne sommes pas opposés à ce que les retraités suivent des cours d’arts martiaux ou de self-défense. Mais notre approche est plutôt destinée à leur faire prendre conscience de la réalité de la criminalité actuelle.»

La brigade se rend sur appel auprès d’associations d’aide et d’encadrement des personnes âgées. «Nous intervenons aussi à Cité Seniors, poursuit le brigadier. Si certains participants sont enthousiastes, on remarque que d’autres retraités ne sont pas à l’aise avec la police et l’autorité qu’elle représente. Ils craignent parfois qu’on ne leur fasse la morale, alors qu’on est juste là pour les aider à adopter le bon comportement, afin de se prémunir le mieux possible contre les agressions.»

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La légitime défense doit rester proportionnelle

Se défendre, c’est bien; massacrer son agresseur est toutefois peu recommandé. Les participantes au cours de Cité Seniors s’interrogent sur les limites de la self-défense. «Si la police arrive et que je suis en train de crever les yeux de mon agresseur, c’est moi qui irai à Champ-Dollon?» Une autre retraitée explique avoir tenté de faire fuir un cambrioleur avec un bâton. «La police m’a assuré que si je l’avais frappé, c’est moi qui aurais été embêtée.»

Le Code pénal laisse en effet une marge d’interprétation au principe de légitime défense. Il indique que quiconque est attaqué a le droit de repousser son agresseur de manière proportionnelle. En résumé, la gravité de l’agression, les circonstances et la rapidité de la réaction sont prises en compte en cas de procédure. «La légitime défense ne donne lieu à aucune condamnation si elle est proportionnée à l’attaque, dans l’acte et dans le temps, explique Me Lorella Bertani, avocate pénaliste spécialisée dans l’aide aux victimes. En revanche, l’excès de légitime défense est punissable. C’est-à-dire que celui qui excède sera condamné, mais avec une peine atténuée. Et ce n’est que si l’excès de légitime défense, qui est condamnable, est dû à un état excusable que cela ne sera pas poursuivi.» La justice n’admet donc pas qu’une victime frappe son agresseur le lendemain de l’attaque. Mais si elle surprend un cambrioleur et, se sentant menacée, lui casse le nez pour le faire fuir, elle ne sera pas inquiétée. Par contre, si elle vide son chargeur sur le visiteur indélicat et non armé, le principe de proportionnalité n’est pas retenu. «Lors d’un arrachage de sac dans la rue, par exemple, on ne punit pas une victime si le malfrat qui l’a bousculée s’est blessé. Même s’il a trébuché suite à un croche-pied, poursuit l’avocate. En revanche, si la victime lui plante un couteau dans le ventre, elle pourra être poursuivie pour lésions corporelles.» Selon la pénaliste, la justice tient compte de toutes les circonstances. L’objectif principal n’étant pas de faire mal, mais de stopper et de mettre en fuite un agresseur. «Si pour éviter un viol, une femme blesse son assaillant pour se dégager, elle ne devrait pas être inquiétée, ajoute encore Me Bertani. La justice examine aussi si un état d’excitation ou de saisissement (ndlr: surprise) a pu conduire à la commission d’actes graves.» I.J-H. (TDG)

Créé: 18.10.2012, 07h28

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2 Commentaires

Bernard Giossi

18.10.2012, 08:51 Heures
Signaler un abus 22 Recommandation 0

et moi, je dis ... Allez-y les mémés! démolissez-les ... proportionnellement! Répondre


Zora Masé

18.10.2012, 11:51 Heures
Signaler un abus 10 Recommandation 0

Très bien. Répondre



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