Agencer la ville en alvéoles pour 800'000 âmes

Projets non-réalisés (3/8)Le plan directeur de 1966 réorganise l’agglomération: la Genève du IIIe millénaire sera fort dense et frisera le million d’habitants.

Le plan directeur 2015, dit plan alvéolaire, réalisé en 1966. Image: Département des travaux publics

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A l’horizon 2015, Genève, pôle central et dynamique de toute une région, rayonnera de par le monde. Soumise à une croissance démographique exponentielle autant qu’à un essor industriel majeur, l’agglomération devra loger quelque 800 000 habitants et adapter son tissu urbanistique aux nouveaux développements socio-économiques.

C’est à l’aune de ces hypothèses basées sur des projections statistiques – on admet que la population (alors 300 000 citoyens) augmentera de 10 000 têtes par an* – que le gouvernement genevois du début des années 1960, inquiet de l’exiguïté du territoire, crée la Commission d’urbanisme et la prie de phosphorer sur un nouveau plan directeur cantonal.

«Alvéoles» et voies express

L’étude, produite en 1966 sous la direction de l’architecte Marc-Joseph Saugey, propose de repenser la structure même de la ville. Elle organise l’agglomération en quatre «alvéoles» agrégées autour du centre historique, lequel conserve «sa fonction directrice et animatrice»*, et ceinturées par des voies express circulaires, priorité étant faite à la mobilité automobile, comme le veut l’idéologie dominante héritée du rapport Biermann sur la circulation (voir premier article de cette série). Le périphérique autour de l’alvéole centrale implique par ailleurs le projet d’une traversée de la rade.

Chaque secteur alvéolaire est organisé de façon hiérarchique, dans l’optique de lui conserver une dimension humaine: l’unité de secteur comprend les unités de quartier lesquelles englobent les unités de voisinage qui à leur tour enclosent les unités de résidence. L’ensemble est pensé selon le principe de la séparation des fonctions: on habite, on travaille, on se récrée et on circule sur des périmètres différents. «Ce concept se fondait sur la Charte d’Athènes de 1933, instiguée par Le Corbusier», explique Raymond Schaffert, ancien urbaniste cantonal.

Des zones industrielles sont prévues à l’extérieur de la cité; et les experts imaginent de développer un habitat très dense, dans l’idée de protéger les espaces verts. «Le plan proposait de loger 400 personnes à l’hectare, ce qui correspond à la densité d’un quartier moyen d’aujourd’hui, poursuit celui qui fut, dans les années 60 précisément, collaborateur du bureau d’études de la Commission d’urbanisme. L’enjeu était tout de même de caser 500 000 habitants supplémentaires en quelques décennies sur un territoire très compact.»

Car il n’est pas question de déclasser les zones agricoles à tout va. De ce point de vue-là, les jeux sont faits: le découpage entre espaces agricoles et terrains à bâtir remonte à 1952 et suit peu ou prou la ligne du plan directeur régional mis au point par Maurice Braillard seize ans auparavant. «L’essentiel des déclassements est intervenu en quelques années suite à la loi sur le développement de l’agglomération urbaine de 1957, explique Raymond Schaffert. Des logements ont ainsi pu être construits sur la couronne urbaine, comme à Meyrin, Lancy, Chêne ou Le Lignon.» Le mandat des auteurs du plan alvéolaire est donc clairement d’exploiter au mieux les terrains constructibles existants. Ou d’opérer un véritable bourrage des zones villas, c’est selon…

Enfin, pour permettre à tout ce petit monde de respirer, le rapport reprend l’idée des grandes pénétrantes de verdures conçues trente ans plus tôt*, reliant les parcs urbains aux zones rurales et propices à la promenade ou à l’implantation d’aires sportives.

Constat d’échec

Le plan directeur 2015 n’aura pas l’heur de plaire et sera abandonné. Il n’avait, de toute manière, qu’une valeur indicative. La Commission d’urbanisme constatera, en 1974, son échec, l’agencement de la ville en alvéoles se révélant inapplicable, surtout quant à la réalisation de voies express urbaines et au regroupement des activités dans des pôles.

D’après Raymond Schaffert pourtant, il constitue, avec le plan Braillard de 1936, l’un des deux grands projets urbains du siècle dernier. «Le principe de rééquilibrer le développement en construisant sur la rive gauche du lac ou le secteur de Vessy-Pinchat était très avisé, on devrait le reprendre, estime l’architecte-urbaniste. En revanche, c’est aussi de là que provient cette obstination genevoise à charger les zones villas sans empiéter sur l’espace agricole. Sans parler des 800 000 habitants: c’était clairement trop. Aujourd’hui, même en densifiant toutes les zones, on n’y arriverait pas!»

* «1896-2001 Projets d’urbanisme pour Genève», Ed. Georg, 2003. (TDG)

Créé: 19.07.2014, 08h49

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Plan directeur 2015

Plan directeur 2015 Schémas relatifs à l'étude parue en 1966

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