L’Aéroport éventre sa piste pour capturer les polluants

Environnement La construction d’un bassin de 9500 m3 enterré a démarré. Il permettra d’absorber les résidus de dégivrant qui contaminent la rivière.

Route de Colovrex, le chantier pour l'aéroport international de Genève.

Route de Colovrex, le chantier pour l'aéroport international de Genève. Image: Laurent Guiraud

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Depuis le bord de la route de Colovrex, on ne voit que ça: l’immense chantier qui s’est ouvert il y a quelques mois sur la partie Est de l’aéroport. La parcelle est littéralement éventrée, des mètres cubes de terre ont été excavés. Pas pour construire une nouvelle aile mais pour diminuer l’impact sur l’environnement de cette plate-forme industrielle qu’est l’aéroport.

Polluant dans la rivière

On pointe souvent du doigt l’infrastructure pour les pollutions qu’elle génère, en termes d’émissions de gaz à effet de serre mais aussi en termes de nuisances. On oublie parfois une pollution spécifique à l’automne et l’hiver: les produits dégivrants. En fonction des taux d’humidité et des températures, les avions sont aspergés avec du propylène glycol pour éviter toute formation de glace. Car la moindre pellicule de gel peut entraver le contrôle de l’engin (lire ci-contre).

Sur le tarmac, les surplus d’antigel sont rejetés dans un réseau d’évacuation, par un système de récupération canalisé en sous-sol, et rejoignent les autres eaux usées des bâtiments de l’aéroport (sanitaires, ateliers, etc.). Sur la partie est de la plate-forme, en revanche – la piste de décollage – les résidus de ce polluant s’éparpillent, sont emportés par la pluie et terminent leur course dans… le ruisseau du Vengeron. «Le propylène glycol n’est pas à proprement parler toxique et c’est une molécule biodégradable. Le problème est qu’en se décomposant, il consomme l’oxygène du milieu – le ruisseau – nécessaire à la vie de la faune aquatique», précise Denis Teuscher, chef de projets environnement à Genève Aéroport. A ce polluant s’ajoutent encore l’utilisation d’autres produits pour faire fondre le verglas au sol et ainsi maximiser l’adhérence des avions à la piste, notamment pour leur permettre de freiner dans les meilleures conditions à l’atterrissage.

Chantier à 25 millions

Alors pour récupérer au mieux tous ces résidus et réduire l’impact de la plate-forme sur l’environnement, l’Aéroport a lancé un important chantier fin juillet 2016 d’une durée de deux ans, pour un coût avoisinant les 25 millions. La parcelle accolée à la route de Colovrex accueillera un bassin de rétention enterré de 9500 m3, ainsi que de nouvelles canalisations.

«Actuellement, il existe déjà des canaux mais ces installations sont vieillissantes et sous-dimensionnées, nous voulons les rendre plus performantes, indique Bertrand Stämpfli, porte-parole de l’Aéroport. Avec ce nouveau système, les eaux polluées de la piste de décollage seront interceptées et le bassin disposera d’une connexion avec la station de pompage du Grand-Saconnex pour les évacuer vers la station d’épuration d’Aïre.»

Denis Teuscher ajoute: «Le bassin aura plusieurs fonctions: en hiver, il permettra donc d’intercepter les eaux polluées; en été, il servira à la gestion quantitative des eaux de pluie (en faisant effet tampon) afin de limiter les risques d’inondations en aval de l’aéroport ainsi que l’érosion du Vengeron; enfin, toute l’année, il permettra de réduire l’apport de particules en suspension dans la rivière et d’intercepter une éventuelle pollution accidentelle comme une fuite de kérosène en cas d’accident sur la piste ou des eaux d’extinction contaminées (lors d’exercices menés par les pompiers par exemple).»

Pourquoi l’Aéroport ne dispose-t-il pas de sa propre installation de purification des eaux? «La question s’est posée lors de l’étude du projet de bassin de rétention mais le traitement des eaux contaminées est compliqué et le Canton n’était pas favorable à cette idée, répond le chargé de projets. Il considère que les SIG sont les experts dans ce domaine et que ce n’est pas le métier de Genève Aéroport.»

(TDG)

Créé: 17.02.2017, 18h26

Le gel, un vrai danger

Qu’est-ce qu’un peu de givre sur un avion? C’est en réalité loin d’être une broutille… «En automne et en hiver, à cause du taux d’humidité dans l’air et de la température, nous devons faire face à des risques de givre sur les avions, explique Bertrand Stämpfli, porte-parole de l’Aéroport. Lors du décollage, l’humidité au sol se conjugue avec l’accélération et le refroidissement qui s’ensuit. Jusqu’à 10 centimètres de glace peuvent se former d’un coup!»
Cette pellicule gelée est dangereuse pour deux raisons, continue le porte-parole. «Elle peut figer des parties mobiles comme les volets des ailes ou l’empennage de la queue qui assurent la stabilité de la trajectoire. S’ils sont bloqués, on ne peut plus diriger l’avion.» Deuxième risque, et non des moindres: «On peut perdre les propriétés de vol. C’est la forme des ailes qui crée le phénomène physique permettant de faire voler l’avion. Le moteur donne une vitesse horizontale et une fois celle-ci atteinte, c’est un flux d’air sur les ailes qui permet l’aspiration et l’envol. Si la forme des ailes est légèrement modifiée, par des aspérités de glace par exemple, le phénomène d’aspiration est menacé.»

Pour éviter ces situations critiques, les avions sont donc aspergés avec du propylène glycol. «C’est un produit poisseux qui empêche le givre de se former. Son effet est toutefois limité dans le temps, entre vingt et trente minutes. Une fois l’avion en altitude, il fait plus froid mais il y a moins d’humidité, donc le risque de givre disparaît.»

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