Un policier est licencié pour ses frasques

Bavures Le fonctionnaire, estimant les faits prescrits, veut continuer à être payé.

Le dernier dérapage a eu lieu aux Pâquis, non loin du poste de police.

Le dernier dérapage a eu lieu aux Pâquis, non loin du poste de police. Image: Laurent Guiraud

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Depuis 2011, A. va de Charybde en Scylla. Ce gendarme en service a fracturé le bras d’un homme lors d’une interpellation et roulé sur le pied d’un sourd en partant sur une intervention. Pire: alors qu’il était en congé, il a frappé un prétendu dealer aux Pâquis. Condamné pour cela en 2014, il s’est vu signifier sa révocation, soit son licenciement, à l’issue d’une enquête administrative ouverte par le Département de la sécurité. Cette mesure rare, prise en août par le Conseil d’Etat, a été prononcée pour la fin de l’an dernier.

Il conteste son éviction

Mais le policier, défendu par Me Robert Assaël, ne compte pas en rester là. Il conteste son éviction en invoquant notamment la prescription: «Plus d’un an s’étant écoulé entre les faits et l’ouverture de l’enquête administrative.» Crédible? En attendant que les juges tranchent la question, le fonctionnaire a demandé à la Chambre administrative de suspendre sa révocation afin de continuer à toucher son salaire «en raison de profondes difficultés financières». Ce qui vient de lui être refusé dans un arrêt rendu avant les Fêtes. «Cette révocation est une sanction disproportionnée et injuste, s’indigne son avocat. Je me battrai jusqu’au Tribunal fédéral pour le démontrer, s’il le faut!»

Urgence et ivresse

A l’époque, l’acte d’accusation du Parquet reprochait en particulier à cet agent des Pâquis d’avoir frappé un présumé dealer devant un sex-shop du quartier chaud. Le tout en pleine nuit. Comme le relève l’arrêt de la chambre administrative, cette nuit-là, le prévenu buvait quelques verres dans le quartier avec des collègues. Son chef de groupe lui aurait ensuite proposé de prendre une dernière bière dans la cuisine du poste des Pâquis. Là, une patrouille est soudain réquisitionnée par la centrale d’alarme pour une intervention dans le quartier. Le gendarme, en béquille à cause d’une entorse, explique alors que «son instinct de flic» l’a poussé à se rendre sur place.

C’est dans ce contexte d’urgence et d’ivresse qu’il a frappé un homme. Interrogé, le chef de poste assure qu’il avait sommé le prévenu de ne pas aller sur les lieux de l’intervention. Il s’y est rendu alors que «j’avais le dos tourné», dit-il en substance. Un témoignage qui a pesé lourd dans le cadre de l’enquête pénale et administrative.

«Une femme se fait violer»

Cette affaire a eu lieu le 29 octobre 2013, soit le jour même où, ironie du sort, la justice punissait A. pour les deux épisodes précités, survenus en 2011 et 2012.

Les premiers faits remontent au 2 septembre 2011. Le plaignant, un quinquagénaire, est réveillé par des voix dans la rue au milieu de la nuit. Réalisant qu’une personne «spraye» le mur de l’immeuble, il descend et tente de maîtriser la tagueuse, qui hurle. Un voisin alerte la police en disant qu’une femme se fait violer dans la rue. L’homme est arrêté. C’est lors de cette intervention que le gendarme lui fait une clé de bras et lui fracture l’humérus.

Le 11 août 2012, le même policier est aux Fêtes de Genève. Soudain, il est alerté pour une intervention en prison. Il prend le volant d’un fourgon, klaxonne, roule au pas mais ne voit pas qu’il roule sur le pied d’un homme sourd, qui chute. Me Robert Assaël souligne néanmoins «la carrière irréprochable de son client»: «Il a reçu 28 félicitations notamment de sa hiérarchie. Durant la procédure, il a exprimé ses regrets à plusieurs reprises.»

(TDG)

Créé: 10.01.2017, 16h22

Des plaintes par dizaines

En 2013, 81 plaintes pour abus d’autorité ont été déposées à l’encontre de la police et 5 policiers ont été condamnés. En 2014, on comptait 73 plaintes pour le même motif. Soixante-huit d’entre elles ont fait l’objet d’un refus d’entrer en matière ou d’un classement.

Hier, un gendarme de 36 ans, reconnu coupable d’abus d’autorité et de faux dans les titres, réclamait son acquittement devant le Tribunal de police.

Les faits remontent à avril 2015. Un automobiliste est arrêté à l’intersection de la rue de la Fontenette et de la rue de Veyrier. A cause d’un feu rouge grillé (contesté), il reçoit une amende. Après quoi, le ton monte et, selon le conducteur, le gendarme lui crie de mettre les mains en l’air, le saisit par le col et le jette contre le capot de la voiture avant de le fouiller. Dans le véhicule, son épouse constate tout à coup avec frayeur que le gendarme sort une arme. Le couple, pour lequel «sortir un pistolet lors de l’application d’une amende ne correspond pas à l’image d’un pays civilisé», écrit à la cheffe de la police.

Puis le dossier arrive devant le procureur général. Dans son ordonnance pénale, Olivier Jornot ne retient pas l’utilisation de l’arme. Il condamne néanmoins le représentant des forces de l’ordre en soulignant que ses motivations relèvent «d’un exercice arbitraire de la puissance publique portant atteinte au droit des citoyens».

«Pourquoi avez-vous procédé à un contrôle alors que l’affaire était terminée?» lui demande la présidente du Tribunal de police. «Je me sentais menacé, répond le prévenu. Le conducteur vociférait et hurlait: «Je ne vais pas en rester là!» La juge: «C’est un gentil papy de 65 ans qui crie un peu sur la voie publique. Il vous dit quelque chose de tellement banal et vous vous sentez menacé? Pourquoi vous le fouillez? Qu’est-ce que vous cherchiez?» Le gendarme: «Un objet qui pouvait me nuire, me faire du mal, une arme…» Mais il n’a rien trouvé.

La juge: «Vous avez écrit dans votre rapport qu’il a repris le volant alors qu’il était «surmené». Pour vous, toute personne énervée est «surmenée»?» Le gendarme admet qu’il s’est trompé, l’homme n’a pas repris le volant après cet épisode. C’est son épouse qui a conduit. D’ailleurs, cet élément apparaît un peu plus loin dans son rapport. Son avocat, Robert Assaël, plaide l’acquittement de ce gendarme au parcours «sans faute». Le jugement sera rendu ultérieurement.
Catherine Focas

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